Ultimatum pour Angela Merkel

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L’avenir de la coalition est suspendu à une réunion des instances dirigeantes de la CSU bavaroise ce lundi, sur la question des migrations. Angela Merkel devrait sortir affaiblie de cette crise.

L’Allemagne traverse une crise politique sans précédent. La fragile coalition entre les conservateurs et les Sociaux-démocrates semble sur le point d’imploser, non pas à cause d’un différend entre CDU et SPD mais pour cause de conflit existentiel sur le dossier des migrations entre le parti Chrétien-démocrate et son allié bavarois, le très conservateur parti chrétien-social CSU. L’avenir de la coalition est suspendu à une réunion lundi des instances dirigeantes de la CSU à Munich.

Une conférence de presse de la chancelière est prévue à 14h à Berlin.

L'enjeu

La direction de la CSU se réunit ce matin à Munich avec l'objectif d'autoriser son président Horst Seehofer, également ministre fédéral de l'Intérieur, à défier Angela Merkel en imposant les refoulements aux frontières par décret. S'il passait immédiatement à l'acte, la chancelière n'aurait d'autre choix que de le limoger, ce qui provoquerait l'éclatement de la coalition au pouvoir depuis seulement trois mois et probablement de nouvelles élections.

C'est la journée où le destin d'Angela Merkel et celui du gouvernement se décident.
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Les conservateurs bavarois doivent décider d’accorder ou non deux semaines de temps supplémentaires à Angela Merkel pour tenter de trouver – comme elle l’espère – une solution européenne à la crise migratoire, d’ici le sommet européen prévu fin juin. L’aile la plus radicale du parti conservateur bavarois, veut autoriser, dès maintenant, le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer également président de la CSU, à adopter par décret son "masterplan migration". Ce texte de 63 articles est largement validé par la chancelière Merkel, à l’exception d’une clause sur la reconduite à la frontière de tout migrant sans papiers ou déjà enregistré dans un autre pays de l’Union européenne. Merkel est convaincue qu’une telle mesure, outre sa faible base juridique, aggraverait la crise au sein du continent. S’il décidait de faire cavalier seul, Seehofer mettrait fin à la coalition.

"Pendant des années, Angela Merkel a humilié la CSU, freinant toutes les mesures phare voulues par les Bavarois, analyse aujourd’hui le magazine Der Spiegel sur son site internet. Maintenant, la CSU se venge. Dans leur fureur, les Chrétiens sociaux montrent de quoi il s’agit pour eux: ni de l’Europe, ni de l’Allemagne, mais du seul pouvoir en Bavière." La CSU, fragilisée sur ses terres par un résultat catastrophique aux élections législatives de septembre, redoute un raz de marée de l’AfD, le parti d’extrême droite qui a le vent en poupe, aux élections régionales du 14 octobre et ne chercherait qu’à préserver sa majorité absolue à la tête du Land.

Pendant des années, Merkel a humilié la CSU. Maintenant, la CSU se venge.
Der Spiegel
Magazine allemand

Qu’elle parvienne ou non à sauver sa majorité, Angela Merkel sortira affaiblie de cette crise inédite, alors que 86% des Allemands se disent favorables à l’accélération des expulsions de migrants déboutés du droit d’asile, selon un sondage de la chaîne de télévision publique ARD.

De fait, le "style Merkel" – "négociations sur le long terme, recherche de compromis, puis imposition du compromis à un partenaire épuisé", comme le décrit un diplomate en poste à Berlin – semble atteindre ses limites, dans une ambiance de fin de règne.

L’échec de la tentative de former une coalition "jamaïcaine", avec les libéraux du FDP en début d’année, a déstabilisé Angela Merkel. "Le style Merkel ne fonctionne plus comme il y a dix ans, poursuit le diplomate, notamment auprès des jeunes politiciens."

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