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analyse

Un accord modeste, pour parer à un Brexit imminent

Le négociateur européen Michel Barnier ©Photo News

L'accord commercial entre l'UE et le Royaume-Uni permettra de sauver les meubles le 1er janvier. Mais il comporte des lacunes, et l'implication du Parlement européen reste faible.

L'encre de l'accord commercial à peine séchée se pose la question des pertes et gains. Tant l'Union européenne (UE) que le Royaume-Uni se déclaraient satisfaits du texte final, un document de plus de 2.000 pages réglant dans les grandes lignes les relations futures entre les deux zones. L'accord est historique en ce qu'il règle pour la première fois un divorce entre l'Union et un de ses États membres. Mais il reste modeste à bien des égards.

Le Premier ministre Boris Johnson, pressé de jouer au "père Noël" aux yeux de son pays, estimait jeudi avoir remporté la bataille. Le négociateur britannique David Frost aurait obtenu, selon lui, 43% de gains sur les questions essentielles, tandis que son homologue européen, Michel Barnier en aurait obtenu 11% seulement. Ces chiffres ne reflètent que le sentiment britannique, et l'UE s'est abstenue de jouer ce jeu partial.

Une chose est certaine, le Royaume-Uni a fait d'énormes concessions en matière de pêche afin de se garantir un accès libre de droits de douane et de quotas au marché européen. Sans cet accord, le Royaume-Uni aurait perdu beaucoup plus que l'Europe. Les Britanniques exportent 47% de leurs produits vers le continent, quand l'UE n'écoule que 8% de ses marchandises de l'autre côté de la Manche.

Les négociateurs britanniques se targuent d'avoir obtenu l'exemption de droits de douane pour des produits comportant jusqu'à 40% d’éléments d'origine étrangère, un acquis pour les producteurs automobiles Toyota et Nissan exportant en Europe des milliers de véhicules fabriqués au Royaume-Uni. Mais en réalité, le Premier ministre britannique voulait une part plus importante.

"L’Europe avance et peut regarder vers l’avenir, unie, souveraine et forte."
Emmanuel Macron
Président de la République française

L'UE est parvenue à imposer au Royaume-Uni des exigences de concurrence loyale et la création d'un mécanisme d'arbitrage, deux éléments indispensables au maintien d'un niveau de concurrence satisfaisant pour les entreprises européennes.

L'Europe des Vingt-Sept est aussi parvenue à garder son unité au fil des négociations, en grande partie grâce au travail de Michel Barnier, et c'est bon signe pour l'avenir. "L’Europe avance et peut regarder vers l’avenir, unie, souveraine et forte", a déclaré le président français Emmanuel Macron après la conclusion de l'accord.

Ce traité commercial contribuera aussi à maintenir les accords de paix en Irlande du Nord, conclus en 1998.

Les relations commerciales préservées

Au final, l'accord permettra surtout aux entreprises européennes traitant avec le Royaume-Uni de préserver leurs relations commerciales. La question intéresse au plus haut point la Belgique. Le gouvernement d'Alexander De Croo va l'analyser en détail avec les entités fédérées, mais son premier avis était favorable.

"Au bout du compte, une seule chose est vraiment cruciale à mes yeux: protéger au mieux les intérêts économiques belges.
Alexander De Croo
Premier ministre belge

"Au bout du compte, une seule chose est vraiment cruciale à mes yeux: protéger au mieux les intérêts économiques belges. Nous devons protéger nos entreprises belges contre la concurrence déloyale britannique. Selon les premières informations, cet accord semble nous donner cette garantie cruciale", a déclaré le Premier ministre. Selon lui, des garanties sont également offertes aux pêcheurs belges.

D'importantes lacunes

L'accord commercial présente de sérieuses zones d'ombres. La vitesse à laquelle il a été conclu, dans une matière nécessitant d'ordinaire des années de négociations, pose question. Il ne règle en rien les relations futures entre l'UE et le Royaume-Uni en matière de défense, d'affaires étrangères et de questions sociales.

Sur le plan démocratique, le processus de ratification est à l'extrême limite du possible. Le Parlement européen, "informé" durant les pourparlers, n'a pas encore donné son feu vert. Pourtant, l'accord entrera en vigueur dès le 1er janvier, avant que l'assemblée n'ait pu le ratifier.

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