edito

Un accord vital pour l'Europe

Journaliste

Vérolée par l'inflexibilité des États "frugaux", Pays-Bas en tête, la négociation avait pris l'allure d'une nuit sans fin. La crise du coronavirus était venue alourdir l'exercice. Au final, Charles Michel a marqué des points.

Le président du Conseil européen Charles Michel ne cachait pas sa joie, ce mardi au petit matin, après la conclusion d'un accord sur le plan de relance et le budget à long terme de l'UE. On le comprend. Depuis son investiture, le budget 2021-2027, bloqué de toutes parts, lui pesait. Au point de ternir son aura, après l'échec d'un premier sommet en février. Vérolée par l'inflexibilité des États "frugaux", Pays-Bas en tête, la négociation avait pris l'allure d'une nuit sans fin. La crise du coronavirus était venue alourdir l'exercice. Au final, Charles Michel a marqué des points.

La négociation fut épique. Dans une atmosphère surréaliste, masqués et distants, les Vingt-Sept sont restés confinés à négocier durant cinq jours avant de franchir la ligne d'arrivée. En de nombreux points, le sommet évoque celui de Nice, où les Quinze avaient conclu après 90 heures de pourparlers. L'accord n'était pas parfait, mais il sauvait l'Union du naufrage alors qu'elle s'apprêtait à introduire l'euro et à s'élargir aux pays de l'Est.

Pour la première fois de leur histoire, les États européens vont s'endetter ensemble pour relever les plus touchés d'entre eux par une crise.

L'accord de ce mardi n'est pas idéal. Mais il est vital pour l'Europe, qui détient enfin son budget pour les 7 prochaines années. Pour la première fois de leur histoire, les États européens vont s'endetter ensemble pour relever les plus touchés d'entre eux par une crise. Cela valait bien des discussions approfondies.

De marchandages, diront certains. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et les "frugaux" furent plus soucieux de leurs acquis nationaux que de soutenir leurs partenaires en détresse, alors que les pays du nord sont les premiers à bénéficier de la monnaie unique et du marché intérieur. Ils ont échoué dans leur tentative de soumettre au veto les programmes de reprises des États en difficulté. Leur insistance fut humiliante, comme si les leçons de la crise grecque n'avaient pas été entendues.

L'accord, hélas, ne répond pas à toutes les attentes des Européens. La politique climatique, la recherche scientifique, les fonds de cohésion et la PAC ont été rabotés.

Ceci étant, l'Europe a retrouvé son unité au bout de nuits de tractations. C'est ainsi que cette institution supranationale unique au monde se construit. Pierre après pierre. Sans céder à la tentation autocrate, en vogue ailleurs dans le monde. Les Européens, si souvent lassés des débats de l'UE, ne devraient jamais oublier que tel est le prix de leur liberté.

Lire également

Messages sponsorisés