Un an après sa victoire, Alexis Tsipras est au bord du gouffre

©EPA

Au moment même où il doit mettre en place des réformes très douloureuses et très contestées, le gouvernement d’Alexis Tsipras voit sa popularité chuter à une vitesse vertigineuse.

Ses cheveux grisonnants contrastent avec son regard et sa minceur d’adolescent. À 45 ans, Nicos Rompapas est à la tête de sa société de logiciels informatiques, SMARTL, depuis près de 4 ans. Assis dans son tout petit bureau au centre d’Athènes, il semble à la fois cynique et confiant. Cynique, car "l’économie de ce pays est morte et je doute qu’elle se relève dans les années qui suivent".

"S’il présente la réforme des retraites au Parlement, notre gouvernement tombera."
Giannis Mihelogianakis
député de syriza

Confiant car "depuis deux mois, j’étudie activement la possibilité de m’installer à Chypre qui, malgré ses problèmes, reste un Etat qui comprend le fonctionnement de l’économie réelle". Ayant ouvert sa boîte en 2012, au cœur de la crise, en 2013 et 2014, il trouve de nombreux nouveaux clients, et engrange des bénéfices, certes modestes, mais suffisants pour faire vivre sa femme et ses trois jeunes enfants. Cependant, la dynamique a changé en 2015. "L’imposition du contrôle des capitaux fut le coup de grâce, pour nous comme pour l’ensemble de l’économie…", résume-t-il.

Les plus démunis

Pour Themis Liberopoulos, la réalité est bien différente. Assis sur un banc de la place centrale du quartier populaire d’Ilion, cet ex-ouvrier dans une usine qui a fait faillite en 2011, fait grise mine. À 47 ans, il est comme sa femme: au chômage depuis plus de 5 ans. Devenu adulte au beau milieu de la crise, son fils de 21 ans n’a jamais réussi à décrocher un emploi.

©Bloomberg

Pour eux, Syriza a tout changé: son arrivée en tête de la région d’Attique en 2014 fait qu’on leur reconnecte l’électricité. Sa victoire au niveau national, leur permet "de retrouver un peu de dignité" en leur donnant accès à partir de juillet, via la "carte de nourriture", à 130 euros de courses mensuelles au supermarché. "Tout cela aurait dû être mis en place pour les gens comme nous depuis très longtemps. Pourtant, seul Syriza l’a fait. Pourquoi?", demande-t-il, non sans une certaine colère. "Sans eux nous serions tous les trois en train de mendier".

Contestation sociale

Cependant, quoi qu’en pensent les plus démunis, l’application des mesures prévues par l’accord conclu avec les créanciers du pays le 13 juillet 2015, pourrait bien être fatale pour Syriza. Déjà, les hausses d’impôt mises en place ces derniers mois ont fait grincer beaucoup de dents dans une société déjà exsangue. La réforme des retraites que le gouvernement sera obligé de mettre en place afin de recevoir la prochaine tranche d’aide sera cruciale. Mais, les pensions ayant déjà été réduites à 11 reprises ces cinq dernières années, la pilule est amère…

Les signes d’une crise politique majeure sont désormais omniprésents. Depuis une semaine, les agriculteurs grecs bloquent les artères principales du pays, afin de protester contre cette réforme, ce projet de loi prévoyant également de tripler leur niveau de cotisations. Certains de leurs responsables syndicaux ont même pris en otage le ministre de l’Agriculture pendant près de 12 heures mercredi dernier. La troisième grève générale en 4 mois est prévue ce 4 février, à l’appel de l’ensemble des syndicats du pays.

Popularité en chute libre

Facteur aggravant, depuis décembre, tous les sondages le confirment: avec à peine 35% d’opinions favorables, la popularité d’Alexis Tsipras est en chute libre et Syriza est désormais nettement distancé par les conservateurs de Nouvelle Démocratie dans les enquêtes d’opinion.

Plus grave encore, dans les couloirs du Parlement grec, des rumeurs de près d’une trentaine de défections au sein du parti, lors du vote de la réforme des retraites, se font persistantes. Et aucun parti de l’opposition ne compte voter en faveur de celle-ci. Comme l’a résumé Giannis Mihelogianakis, député de Syriza, sur la chaîne de télé Mega: "S’il présente la réforme des retraites au Parlement, notre gouvernement tombera." La crise grecque se terminera-t-elle un jour?

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés