Alors que l'Union européenne est en pleine crise existentielle, ses dirigeants réclament des larmes et du sang.

"Je pense qu'il est plus facile de trouver un gouvernement pour la Belgique qu'un accord pour un budget européen" avait ironisé le Premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte au début du sommet européen sur le budget. Vingt-quatre heures plus tard, c'était l'échec. L'ironie est facile, le courage politique, c'est autre chose.

Faut-il blâmer, comme certains furent tentés de le faire, le président du Conseil Charles Michel? Ce serait ignorer le travail de fond entrepris par l'ancien Premier ministre belge en amont des négociations. Et son investissement pour rapprocher des positions inconciliables. Ce serait, surtout, lui rejeter une faute incombant à l'intransigeance des États les plus riches d'Europe.

L'Autriche, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et même l'Allemagne sont venus à Bruxelles avec la ferme résolution de bloquer toute proposition de compromis. Ils réclament un budget à 1% du revenu national brut de l'UE. Alors que l'Union européenne est en pleine crise existentielle, ses dirigeants réclament des larmes et du sang

1%. Le chiffre est aussi efficace que modeste. Et révélateur du manque d'ambition européenne de ces États. S'ils vantent leur credo européen sur la scène internationale, rentrés chez eux, ils en trahissent l'idéal en le vidant de ses moyens. A ce stade, un accord n'est possible qu'en sacrifiant des politiques essentielles pour l'avenir comme l'espace, la défense voire la recherche scientifique.

Sans moyens suffisants, l'Europe ne peut fournir le contrepoids aux grandes puissances en expansion comme la Chine et la Russie. Sans armée européenne, les dirigeants de l'Union la privent de force de conviction face aux conflits qui menacent ses frontières. Sans budget suffisant pour le climat, ils empêchent l'Europe d'être compétitive dans les nouvelles technologies. Et ils ne répondent pas aux demandes des Européens.

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