Un feu vert du Parlement britannique très incertain

Jeremy Corbyn, leader du principal parti d'opposition (Labour), a déjà dit qu'il rejettait le nouvel accord. ©EPA

Le Parlement britannique devra se prononcer samedi sur l'accord conclu entre le Premier ministre Boris Johnson et les Vingt-Sept sur le Brexit. Labour et LibDem rejettent l'accord. Le parti unioniste nord-irlandais DUP avait déjà marqué son opposition dans la matinée.

Après la conclusion de l’accord entre Downing Street et l’Union européenne, la balle est dans le camp du Parlement britannique, qui se prononcera samedi. Il avait rejeté trois fois l’accord précédent conclu par Theresa May.

Sachant que les partis d'opposition Labour et LibDem ont déjà annoncé qu'ils rejetaient l'accord intervenu ce jeudi, sa ratification par le Parlement britannique semble déjà compromise. D'autant que les voix du Democratist Unionist Party (DUP), qui ne compte pourtant que 10 députés, seront cruciales.

L’hiver dernier, le parti nord-irlandais avait refusé le backstop de l’accord conclu le 25 novembre 2018, par crainte de rester indéfiniment bloqué dans l'Union douanière. Il avait entraîné les Brexiters durs dans son sillage.

Maquillage juridique

Derrière un maquillage juridique, les concessions de Johnson séparent de fait l'Irlande du Nord du Royaume-Uni et condamnent le DUP à perdre son influence.

Que va faire le DUP? L’accord qui vient d’être obtenu par Boris Johnson avec l’UE semble encore moins acceptable pour lui. Et il a déjà dit dans la matinée qu'il rejetait l'accord qui étaient en train de se dessiner.

Les mots de l’ancienne Première ministre Theresa May, en mars 2018, donnent une certaine légitimité à la résistance du parti nord-irlandais. Elle avait indiqué qu'"aucun Premier ministre ne pourra jamais accepter" de "nuire au marché commun britannique et à son intégrité constitutionnelle en créant une frontière réglementaire et douanière en mer d'Irlande."

Derrière un maquillage juridique, les concessions de Johnson séparent de fait l'Irlande du Nord du Royaume-Uni et condamnent le DUP à perdre son influence. Ce qui comporte des risques, au regard par exemple d’un sondage de Lord Ashcroft réalisé en septembre, selon lequel 95% des Unionistes nord-irlandais préféraient rester membres du Royaume-Uni plutôt que de rejoindre une Irlande réunifiée.

Parti affaibli

Le parti dirigé par Arlene Foster est déjà sujet à un affaiblissement chronique. Il n’a pas remporté les élections nord-irlandaises de 2017 avec la majorité, une première. Le gouvernement est également suspendu depuis plus de deux ans. Le DUP risque clairement d’être en minorité face au Sinn Féin (en faveur de l’unification irlandaise et pro-européen) sur le mécanisme de consentement.

Même sans les voix du DUP, d’un strict point de vue arithmétique, le gouvernement minoritaire de Boris Johnson pourra obtenir les 320 voix nécessaires et faire passer son accord d’extrême justesse. Mais, le Labour et LibDem ont donc déjà dit qu'ils voteraient contre. Et de nombreux conservateurs – notamment ceux de l'influent European Research Group – sont prêts à s’aligner sur les volontés du DUP et risquent donc fortement de faire perdre Johnson.

Les pressions politiques et économiques seront intenses dans les prochaines 48 heures, tant face à Downing Street que sur le plan intérieur. 

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