Un nouveau drone de la discorde entre Washington et Téhéran

L'USS Boxer, le porte-avion américain qui aurait abattu le drone iranien. ©EPA

Trump a affirmé que l'armée américaine avait abattu un drone iranien au-dessus du détroit d'Ormuz. L'Iran dément. En coulisses, Washington et Téhéran n'excluent pas de négocier.

C'est le dernier incident en date dans une région sous haute tension. Les Etats-Unis - par la voix de Donald Trump lui-même - affirment avoir abattu jeudi un drone iranien qui s'était approché d'un navire américain dans le détroit d'Ormuz. Cet appareil iranien se serait approché dangereusement d'un navire américain, après avoir ignoré de multiples appels à s'éloigner, et aurait donc été abattu. D'après le président américain, l'approche de ce drone était "la dernière des nombreuses actions provocatrices et hostiles de l'Iran contre des navires opérant dans les eaux internationales".

L'Iran dément cette version. Interrogé lors de son arrivée au siège de l'ONU à New York, le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a affirmé n'avoir "aucune information sur la perte d'un drone". De son côté, le ministre des Affaires étrangères adjoint iranien Abbas Araghchi a estimé dans un tweet que les Etats-Unis ont pu abattre "un de leurs propres" drones au-dessus du détroit d'Ormuz. 

Escalade entre Washington et Téhéran

Quoi qu'il en soit, les incidents se multiplient entre les deux puissances dans cette partie du monde particulièrement sensible et par où transite un tiers du pétrole acheminé par voie maritime sur la planète. 

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. ©AFP

La rivalité entre les deux pays s'est accentuée après la sortie, en mai 2018, des Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien qui avait été conclu en 2015. Depuis, Washington a rétabli des sanctions, empêchant notamment l'Iran d'exporter son pétrole, qui ont fait plonger le pays en récession. Depuis mai, Téhéran a commencé à s'affranchir de certains de ses engagements pour, dit-il, forcer ses partenaires à prendre des mesures garantissant ses intérêts et permettant de préserver l'accord.

Ce bras de fer avait notamment donné lieu, le 20 juin dernier, à la destruction par l'armée iranienne d'un drone américain. L'appareil se trouvait, selon Téhéran, dans son espace aérien, ce qu'ont contesté les Américains. Quelques heures plus tard, Donald Trump affirmait avoir annulé à la dernière minute des frappes de représailles.

En mai, des actes de sabotage avaient visé quatre navires autour du détroit d'Ormuz et en juin deux attaques d'origine inconnue avaient visé deux pétroliers - un japonais et un norvégien - au large des côtes iraniennes en mer d'Oman. Les Etats-Unis, qui accusent l'Iran d'en être responsable, ont renforcé leur présence militaire dans la région.

Escorter les pétroliers? 

Quelques heures avant le nouvel incident survenu jeudi, les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran, ont annoncé avoir arraisonné le 14 juillet dans le détroit d'Ormuz "un tanker étranger" et son équipage soupçonné de se livrer à de la "contrebande" de carburant. Le guide suprême iranien Ali Khamenei avait annoncé deux jours auparavant que son pays répondrait "au moment et à l'endroit opportuns" à l'interception, le 4 juillet, d'un pétrolier iranien par les autorités britanniques, au large de Gibraltar.

Dans ce contexte plutôt tendu, Washington cherche à former une coalition internationale pour escorter les navires de commerce dans la région. Le chef du commandement central américain Kenneth McKenzie s'est engagé jeudi à agir "énergiquement" pour assurer la sécurité du transport maritime dans le Golfe lors d'une visite sur une base aérienne en Arabie saoudite, grande rivale de l'Iran dans la région.

Vers des négociations?

Donald Trump se dit ouvert à la renégociation de l'accord nucléaire avec l'Iran. ©AFP

Mais, malgré la multiplication des incidents, les deux parties semblent ouvertes à d'éventuelles négociations. Selon le Guardian, le chef de la diplomatie iranienne, qui se trouvait jeudi au siège de l'ONU, a proposé des inspections immédiates et plus complètes du programme nucléaire iranien en échange d'une levée des sanctions par Washington.

Donald Trump a suggéré, pour sa part, que la pression américaine sur l'Iran pourrait conduire à l'ouverture de négociations. "Tout ce que nous voulons, c'est un accord juste. L'accord qui avait été conclu était mauvais", a déclaré le président américain à la presse. "On peut faire quelque chose très vite, ou on peut prendre notre temps. Je ne suis pas pressé"

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