Un plan de relance historique en Allemagne

La coalition gouvernementale dirigée par Angela Merkel est parvenue mercredi à un accord sur un plan de relance de 130 milliards d'euros. ©EPA

Les partenaires de la coalition au pouvoir - chrétien démocrates et sociaux démocrates - se sont mis d’accord sur un plan de relance de 130 milliards d’euros pour soutenir une économie aux abois.

Le plan dont a accouché le gouvernement allemand à l’issue de 21 heures de négociations est sans équivalent au sein de la zone euro. Berlin va consacrer 130 milliards d’euros sur deux ans à la relance de son économie. Fruit d’un compromis entre les conservateurs et les sociaux démocrates, le plan comporte deux volets de relance de l’offre et de la demande.

"Le plan doit être adopté maintenant, car nous voulons rendre une perspective d’avenir aux prochaines générations", a souligné Angela Merkel, qui a promis que malgré le contexte, chaque jeune à la recherche d’une entreprise pour entamer une formation professionnelle duale pourra bénéficier d’une formation, alors que le taux de chômage a grimpé à 6,3% en mai et que 11 millions de salariés sont en chômage partiel. "Nous avons un plan de relance économique, un plan pour l’avenir et bien sûr, nous nous occupons en plus de notre responsabilité pour l’Europe et de la dimension internationale", a ajouté la Chancelière.  

Principales mesures

Parmi les principales mesures, on note la baisse du taux de TVA de 19 à 16% jusqu’à la fin de l’année (le taux réduit passe de 7 à 5%) qui devrait coûter 20 milliards aux finances publiques, selon les calculs du ministre des Finances Olaf Scholz.

Les familles moins favorisées recevront une prime unique de 300 euros par enfant, mesure phare du parti social démocrate. Les particuliers bénéficieront d’une baisse du coût de l’électricité. Les communes - premier investisseur public dans le pays avant la crise - bénéficieront d’un programme d’allègement de leur dette. Par contre, les partenaires de coalition ont repoussé à septembre la décision de prolonger ou non l’allocation de chômage partiel. 

Rien pour les voitures polluantes 

Grande perdante de la négociation, l’industrie automobile, secteur vital pour l’économie allemande avec 800.000 salariés, n’obtient pas la prime à la casse pour laquelle ses lobbyistes avaient âprement bataillé. L’achat d’un véhicule à moteur diesel ou essence ne sera pas subventionné par le gouvernement, comme cela avait été le cas après la crise de 2008-2009. Cette mesure avait alors largement permis à l’Allemagne de renouer avec la croissance. Le secteur, entaché par le scandale des moteurs diesel truqués, a depuis perdu de son lustre, notamment face à l’économie "verte", jugée plus porteuse d’avenir.

16%
de TVA
Le plan prévoit notamment une baisse du taux de TVA de 19 à 16% jusqu’à la fin de l’année (le taux réduit passe de 7 à 5%).

Les sociaux démocrates, qui s’opposaient à toute subvention des voitures polluantes, se sont imposés sur ce point face aux ministres-présidents du sud du pays, où sont concentrés les constructeurs. Seul l’achat de véhicules respectueux de l’environnement sera subventionné. La prime à l’achat d’un véhicule électrique ou hybride sera ainsi doublée, et passe de 3.000 à 6.000 euros. L’État investira en parallèle 2,5 milliards d'euros dans le développement du réseau de bornes de rechargement pour les véhicules électriques et les investisseurs prêts à développer de nouveaux sites de production de batteries pour l’automobile pourront compter sur de nouveaux soutiens de l’État. 

Dans la même veine, l’accord prévoit le soutien à l’installation de chauffages respectueux de l’environnement dans le bâtiment, avec une augmentation du budget alloué à cette subvention, et le développement des nouvelles technologies. "Nous voulons sortir avec élan de cette crise", a souligné le ministre des Finances Social démocrate Olaf Scholz.

Un plan qui ne fait pas l'unanimité

Le plan de relance présenté mercredi soir vient s’ajouter aux 750 milliards d’euros déjà adoptés en mars. "Nous pouvons faire tout cela parce que nous avons économisé au cours des dernières années", a rappelé Olaf Scholz, qui devra tout de même souscrire de nouveaux crédits sur le marché. 

"Une prime à l’achat de nouvelles voitures ne bénéficie qu’à ceux qui vont bien et ne permettra pas de répartir équitablement le coût de la crise."
Oliver Holtemöller
Vice-président de l'institut IWH de Halle

L’adoption du plan avait été précédée de vifs débats dans le pays, portant notamment sur le calendrier. "De mon point de vue, nous n’avons pas besoin d’un plan de relance de la conjoncture maintenant, alors que nous de disposons ni de vaccin ni de médicament contre le coronavirus et que l’épidémie peut repartir à tout moment, estime ainsi l’économiste Oliver Holtemöller, vice-président de l’institut IWH de Halle. Tant que l’épidémie peut repartir, les consommateurs vont surveiller leurs dépenses et la restauration et l’hôtellerie continueront de souffrir."

Le principe des "subventions-arrosoir", bénéficiant à tous y compris aux ménages épargnés par la crise, est également critiqué, alors que l’épidémie de coronavirus risque d’accroître encore davantage les inégalités sociales dans le pays.

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