Un Sommet européen focalisé sur la crise

Aujourd'hui, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept se réunissent en Sommet à Bruxelles. Au menu: la crise espagnole, la gouvernance économique et la régulation financière.

Le Sommet de clôture de la présidence espagnole de l’Union européenne se tient aujourd'hui à Bruxelles. L’Espagne sera au centre de toute l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept. Ou plus particulièrement, sa situation financière. Cela ne veut pas dire que l’on ne parlera pas d’autre chose à ce Sommet qui se déroulera exceptionnellement sur une seule journée (au lieu de deux). Il y sera en effet également question de gouvernance économique, de régulation financière et de la stratégie "UE 2020".

La crise espagnole

Les autorités espagnoles et européennes ont beau démentir sur tous les tons et dans toutes les langues qu’aucun plan d’aide à l’Espagne n’est élaboré pour l’instant, la rumeur prend de l’ampleur. Madrid a admis cette semaine que les banques espagnoles éprouvaient des difficultés à se refinancer sur les marchés de liquidités, accroissant au passage la nervosité des marchés financiers qui l’ont obligé à augmenter les rendements annoncés sur sa dernière livraison d’obligations du Trésor à 12 et 18 mois. Mercredi, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker est même monté au créneau pour défendre le pays, en affirmant que "les marchés financiers ne devraient pas commettre l’erreur de dresser un parallèle entre la Grèce et l’Espagne".

Mais la presse allemande et la presse espagnole n’en démordent pas: un plan d’aide européen serait en préparation (via le fonds d’urgence créé par la zone euro), avec la participation du Fonds monétaire international (FMI). Il s’agirait d’octroyer à l’Espagne une ligne de crédit de 200 à 250 milliards d’euros. La visite de Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI ce vendredi à Madrid n’a évidemment pas de quoi faire taire la rumeur alors que le parlement espagnol a adopté aujourd’hui une vaste réforme du marché du travail, le genre de mesures régulièrement prônées par le Fonds en échange d’une aide financière.

Gouvernance économique

C’est précisément les crises traversées par des pays comme l’Espagne, la Grèce, le Portugal ou l’Irlande qui ont (re)mis le dossier de la gouvernance économique européenne sur la table. Les Vingt-Sept devraient endosser aujourd’hui une vaste réforme de cette gouvernance, à commencer par une refonte du Pacte de stabilité et de croissance prévoyant notamment de nouvelles sanctions pour les mauvais élèves et la présentation préalable des budgets nationaux à la Commission européenne et aux autres Etats membres. Lundi, la France et l’Allemagne ont déjà accordé leurs violons. Le président français Nicolas Sarkozy a par exemple abandonné l’idée d’un gouvernement économique institutionnalisé au niveau des dirigeants de la zone euro pour la solution prônée par la chancelière allemande Angela Merkel, à savoir une gouvernance économique à vingt-sept. L’idée serait toutefois de pouvoir se réunir à Seize "en cas de nécessité". Reste que les discussions s’annoncent tendues alors que hier, le porte-parole du Premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé qu’il serait hors de question pour Londres de présenter son budget à l’UE avant de le faire adopter à Westminster.

Régulation financière

Comme la gouvernance économique, la réforme de la régulation financière fait encore débat au sein de l’UE. Les dirigeants européens feront donc le point sur les positions des uns et des autres, notamment au sujet de la création de nouvelles autorités de supervision avec pour objectif, la mise en place d’une nouvelle architecture financière d’ici la fin 2011. Ils devraient, par contre, s’accorder au sujet de la création d’une taxe sur les institutions financières. Mais sans un accord international au niveau du G20, le groupe des vingt principales économies, ce genre de taxe n’aurait pas beaucoup de sens et pénaliserait les institutions financières européennes. Ici aussi, Merkel et Sarkozy mènent la charge et vont tenter d’imposer le dossier sur la table du G20 lors de la réunion des 26 et 27 juin.

 

Stratégie "UE 2020"

Les chefs d’Etat et de gouvernement entérineront par ailleurs la stratégie "UE 2020" concoctée par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Ils adopteront dans ce cadre une série d’objectifs chiffrés, comme par exemple le relèvement à 75% du taux d’emploi des 20-64 ans, de meilleurs conditions de R&D avec des financements publics et privés s’élevant à minimum 3% du PIB et la confirmation des objectifs 20-20-20 de l’UE (baisse de 20% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, 20% d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique finales et une augmentation de 20% de l’efficacité énergétique).

Enfin, ce Sommet sera l’occasion pour les Vingt-Sept d’affirmer officiellement que l’Estonie remplit désormais les critères de convergences et qu’elle pourra entrer dans la zone euro dès le 1er janvier 2011 et de lancer le processus de négociation d’adhésion à l’UE de l’Islande. 

Catherine Mommaert

 

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