"Une forme de guerre civile réapparaît en Europe" (Macron)

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Le président français Emmanuel Macron a dénoncé les nationalismes qui divisent l'Europe et la menace de "l'illibéralisme", lors d'un discours historique prononcé ce mardi au Parlement européen à Strasbourg. M. Macron a appelé à raviver le projet européen. Une Europe qui protège et règle les défis importants, comme la migration.

"Une forme de guerre civile" réapparaît en Europe a averti le président de la République française Emmanuel Macron ce mardi au Parlement européen à Strasbourg. Dans un discours fort centré sur l'urgence et la crise de confiance en l'Europe, le président Macron a invité les députés européens à relancer le projet européen autour d'une nouvelle souveraineté. 

"Ce n'est pas le peuple qui a abandonné l'idée européenne, c'est la trahison des clercs qui la menace"
Emmanuel Macron
Président de la République française

"Certains nous disent que le peuple ne veut plus de l'Europe", a-t-il dit. Mais "ce n'est pas le peuple qui a abandonné l'idée européenne, c'est la trahison des clercs qui la menace", a-t-il ajouté, dénonçant "la voie sans retour au déchirement des nationalismes d'hier", "il faut raviver l'Europe des peuples en puisant à la source de la démocratie".

Face au retour des nationalismes et de "l'autoritarisme", face à "l'illusion du pouvoir fort" et à "l'illibéralisme", le président Emmanuel Macron a mis en avant "la force du modèle démocratique européen". "Ce modèle démocratique qui nous rassemble, ce modèle européen n'est ni abstrait, ni daté", a-t-il insisté.

Un débat a suivi entre les députés européens et le président français, un fait rare au Parlement européen et un luxe que celui-ci ne peut se permettre en France vu la Constitution de son pays.

"Vous avez dit beaucoup de bêtises"

"Quand j'entends le président français s'exprimer de cette manière, je me dis que la vraie France est de retour"
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

"Quand j'entends le président français s'exprimer de cette manière, je me dis que la vraie France est de retour", a réagi Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

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Les présidents du PPE (centre droit), Manfred Weber, et du S&D (socialistes), Udo Bullmann ont salué cette volonté de réforme, tout en insistant sur le passage aux actes et sur l'importance d'inclure le Parlement dans le processus. "Il ne suffit pas de jouer l'hymne européen, il faut aussi passer aux actes", a dit Udo Bullmann, "la tâche ne sera pas facile".

Guy Verhofstadt s'est inscrit en droite ligne avec l'intervention présidentielle, dénonçant lui aussi les dérives autoritaires d'Etats européens comme la Hongrie de Viktor Orban. "Vous avez rompu avec une platitude. Vous avez convaincu les Français qu'une nation n'est pas souveraine lorsqu'elle se replie sur elle, mais lorsque les citoyens reprennent en main leur destin avec une projet transnational", a dit l'ancien Premier ministre belge.

Le co-président des Verts Philippe Lamberts a salué, lui aussi, les ambitions européennes de M. Macron. Mais l'écologiste a aussitôt dénoncé certaines actions du président en France, comme les arrestations à domicile dans le cadre des lois antiterroristes et la répression des mouvements écologiques à Notre-Dame-des-Landes, le député belge évoquant l'arrestation de sa propre fille par la police française lors des opérations. M. Lamberts, un brin provocateur, a remis en séance à Emmanuel Macron une corde symbolisant la solidarité européenne.

"Vous avez dit beaucoup de bêtises", lui a glissé, en privé, le président français, visiblement mécontent. Lors du débat, il s'est expliqué. "Je suis ici par la volonté du peuple français (...) vous pouvez tenir des propos d'estrades, ils peuvent vous aller parce que vous avez le confort de ce lieu, mais moi je l'ai pas". Emmanuel Macron a affirmé qu'il assume les lois contre le terrorisme. "Je ne peux vous laisser dire les bêtises que vous avez proférés". S'agissant du projet de Notre-Dame-des-Landes, "on ne peut construire aucun projet si on ne respecte pas les règles de la République" a dit M. Macron, faisant allusion aux "déborderments" des "zadistes".

"Souveraineté européenne"

Le président français a décliné les grands thèmes autour desquels il voit cette souveraineté européenne se développer. Une souveraineté européenne plus efficace que le niveau étatique.

"Nous avons besoin d'une forme de souveraineté plus forte que la nôtre", a-t-il expliqué, "afin d'apporter les bonnes réponses aux défis comme la migration et la protection des citoyens".

M. Macron a appelé à dépasser le problème de la migration et le blocage de certains Etats autour des quotas de réfugiés en créant un "programme européen" pour financer les collectivités locales qui accueillent les réfugiés.

Le président français a également proposé de taxer les grandes entreprises du numérique. Cette taxe "permettra des pistes de ressources propres" pour l'avenir.

M. Macron a appelé à créer une feuille de route pour la réforme de la zone euro et rappelé l'importance de l'Union bancaire.

Ce qui nous tient aussi "c'est un sentiment d'appartenance et une culture", a-t-il poursuivit, insistant sur les droits d'auteurs et la création artistique, "ce bouillon de culture sans lequel l'Europe ne serait plus ce continent de diversité".

Le président français a souligné l'importante de l'Europe de la sécurité et de la défense, à la lumière de la récente intervention en Syrie.

Le paquet climat fait aussi partie de ses priorités. "Nous devons rouvrir le débat dans les prochains mois sur un prix plafond du carbone", a-t-il promis.

L'innovation et la protection des libertés individuelles sont également un des piliers de cette souveraineté. De même que le socle social, qui doit être l'objet d'une "convergence accrue" malgré les divergences, estime-t-il.

"La France est prête à accroître sa contribution financières à l'Europe"
Emmanuel Macron
Président de la République française

Pour financer ces politiques, M. Macron a affirmé que "la France est prête à accroître sa contribution financière à l'Europe".

"Génération de somnambules"

"C'est ici que se joue une partie de l'avenir de l'Europe, l'Europe comme le rassemblement de nos souverainetés", a-t-il dit, dénonçant une nouvelle fois le repli sur les égoïsmes nationaux.

"J'appartiens à une génération qui n'a pas connu la guerre", a-t-il conclu, "mais je viens aussi d'une terre et d'une famille qui a connu toutes les saignées de notre passé. Et je ne veux pas appartenir à une génération de somnambules qui n'a pas connu le passé".

"Je ne veux pas appartenir à une génération de somnambules qui n'a pas connu le passé"
Emmanuel Macron
Président de la République française

"Je veux appartenir à une génération qui a décidé de défendre sa démocratie, c'est un mot qui a tout son sens parce qu'il est le fruit de batailles passées. je veux appartenir à cette génération qui défendra cette souveraineté européenne" et "je ne céderai à aucune fascination pour les souverainetés autoritaires".

Elargissement et Syrie

Lors de sa réponse, M. Macron s'est indigné contre ceux qui ont critiqué les frappes contre les sites de productions d'armes chimiques de Bachar al-Assad. Ces frappes ne règlent rien. Mais elles mettent fin à un système auquel nous nous sommes habitué, qui est que le camp du droit serait le camp des faibles", a-t-il dit, s'en prenant aux députés qui "s'indignent devant les photos des victimes des attaques au gaz" tout en critiquant les frappes.

"Je ne défendrai l'élargissement que s'il y a un approfondissement" du projet européen
Emmanuel Macron
Président de la République française

Répondant à M. Juncker, qui l'appelait à s'engager sur l'élargissement vers les pays des Balkans, M. Macron a réitéré sa position: "Je ne défendrai l'élargissement que s'il y a un approfondissement" du projet européen. Le président français a donné de la sorte le signal clair à Berlin qu'il n'appuiera l'entrée de nouveaux pays dans l'UE que si l'Allemagne soutient son projet de refondation de l'Union européenne. 

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