L'Europe et la Hongrie s'écharpent sur les droits des homosexuels

Le stade de Munich illuminé aux couleurs arc-en-ciel en signe de tolérance et de non-discrimination envers la communauté LGBT. ©BELGAIMAGE

La crise politique déclenchée par la loi hongroise anti-LGBT sera évoquée jeudi, lors du sommet européen. L'UE, plusieurs États européens et les ONG continuent de s'indigner contre ce texte discriminatoire.

La nouvelle loi hongroise interdisant les représentations de l'homosexualité aux mineurs provoque la colère de l'Union européenne, de plusieurs États européens et des ONG, au point de tourner en crise politique. La question sera évoquée par les chefs d'État et de gouvernements de l'UE, jeudi soir, lors du sommet européen, à la demande du président du Conseil européen Charles Michel.

"Ce projet de loi est une honte."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Le texte, adopté la semaine dernière par le Parlement hongrois, stipule que "la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans". Cette disposition reviendrait à interdire des programmes éducatifs, publicités, livres ou séries dans lesquels l'homosexualité est évoquée.

"Ce projet de loi est une honte", a réagi mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Il est "clairement discriminatoire envers les personnes en raison de leur orientation sexuelle. Il va à l'encontre des valeurs fondamentales de l'UE. La dignité humaine, l'égalité et le respect des droits de l'homme. Nous ne ferons aucun compromis sur ces principes".

L'indignation s'est intensifiée depuis que la Hongrie est parvenue à convaincre l'UEFA d'interdire à la ville de Munich d'afficher les couleurs arc-en-ciel de la communauté LGBT, à l'occasion du match Allemagne-Hongrie, mercredi soir à l'Euro 2021. La Hongrie a fait cette demande en réclamant un "signe de tolérance", selon le gouvernement hongrois.

Plusieurs associations et capitales européennes ont protesté contre cette décision. "Nous regrettons profondément la décision de l'UEFA", a dit un porte-parole de la présidence française.

En réaction, l'hôtel de ville de Munich devait arborer les couleurs de l'arc-en-ciel mercredi soir.

L'Europe durcit le ton

Violation de l'indépendance de la justice, de la liberté d'expression, des droits des personnes LGBT, des droits de la presse... Le gouvernement de Viktor Orban, dirigé par le parti de droite radicale Fidesz, est dans le collimateur de l'Union européenne depuis plusieurs années, en raison de ses attaques répétées contre les valeurs européennes.

L'UE a lancé en 2018 une procédure en violation de l'article 7 du Traité qui pourrait aboutir à la suspension du droit de vote de la Hongrie. Mais cette procédure n'a aucun effet. Budapest, qui n'a cure de ces menaces, poursuit sa croisade de droite dure contre les valeurs européennes et l'État de droit, Viktor Orban s'érigeant en champion de la chrétienté traditionnelle contre le libéralisme.

"La nouvelle législation hongroise porte atteinte aux valeurs fondamentales de l'Europe que nous défendons."
Sophie Wilmès
Ministre belge des Affaires étrangères

Mercredi, la présidente de la Commission européenne a promis que l'UE prendra des mesures contre la Hongrie une fois que le texte entrera en vigueur. "J'ai chargé les commissaires responsables d'envoyer une lettre pour exprimer nos préoccupations juridiques avant que le projet de loi n'entre en vigueur", a déclaré Ursula von der Leyen. La Hongrie a qualifié de "honte" cette réaction.

Les commissaires à la Justice, Didier Reynders, et au Marché intérieur, Thierry Breton, ont été chargés de préparer une procédure en infraction. M. Breton pourrait invoquer une violation des règles protégeant la libre-circulation des services audiovisuels.

17
États européens
Mardi soir, 17 États membres de l'UE ont adopté une déclaration proposée par la Belgique pour rappeler la Hongrie à l'ordre.

Mardi, lors d'une réunion des ministres des Affaires européennes, 17 pays ont adopté une déclaration, à l'initiative de la Belgique, pour rappeler la Hongrie à l'ordre. "La nouvelle législation hongroise porte atteinte aux valeurs fondamentales de l'Europe que nous défendons", a déclaré la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès. Selon plusieurs sources, cette réunion s'est révélée très tendue, la Hongrie défendant bec et ongles sa loi.

Dans cette déclaration, les 17 États européens expriment leur "profonde inquiétude" quant à la loi hongroise. "Au début, il y avait 13 pays prêts à signer la déclaration. La réaction de la Hongrie durant la réunion fut tellement forte, qu'à la fin ils étaient 17", dit une source proche de Sophie Wilmès.

Le résumé

  • Une loi adoptée la semaine dernière par le Parlement hongrois interdit les représentations de l'homosexualité aux mineurs. Ce texte suscite la colère de l'Union européenne, de plusieurs associations et ONG. Cette crise politique, qui isole encore plus la Hongrie, sera évoquée jeudi par les dirigeants européens lors d'un sommet.
  • La présidente de la Commission européenne a promis des mesures contre le gouvernement hongrois si la loi entrait en vigueur.
  • Mardi, 16 États européens ont adopté une déclaration condamnant la loi anti-LGTB, à l'initiative de la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès.

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