Une présidence belge à quitte ou double

Plusieurs facteurs peuvent contrebalancer la position fragile du gouvernement Leterme. Seront-ils suffisants? 

Après un semestre de présidence espagnole marqué par une entrée en fonction parfois hésitante du nouveau président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Haute représentante pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, la Belgique reprend les rênes du Conseil de l’Union européenne ce jeudi 1er juillet dans des circonstances particulièrement délicates. 

Depuis plus d’un an, l’Europe a tourné au ralenti, en raison du renouvellement du Parlement, d’une période prolongée d’affaires courantes pour la Commission et des difficultés de mise en œuvre du traité de Lisbonne.

Le gouvernement espagnol, en particulier, a fait les frais des changements institutionnels induits par le nouveau traité. Quelques frictions ont été constatées en début d’année lorsque le Premier ministre José Luis Zapatero a voulu jouer les premiers rôles lors de sa présidence tournante. Une situation qui a rapidement tourné à l’avantage d’Herman Van Rompuy du fait de la crise économique qui a frappé l’Espagne. 

L’ancien Premier ministre belge, qui a pris en main plusieurs grands dossiers économiques, devrait profiter des six prochains mois pour imposer un peu plus encore son empreinte sur la conduite des affaires européennes. Au risque de faire de l’ombre à un autre personnage, José Manuel Barroso, le président de la Commission.

Un sentiment de malaise

Van Rompuy devrait en particulier profiter de la position fragilisée de l’équipe Leterme, démissionnaire depuis fin avril. 

Le gouvernement belge pilotera en effet l’attelage européen avec une légitimité et une crédibilité émoussées. 

La victoire d’une formation ouvertement séparatiste aux élections a également entraîné un sentiment de malaise chez nos partenaires, dont certains considéraient la Belgique comme un modèle pour l’Europe.  Quant à la nouvelle équipe qui devrait être formée en cours de mandat, elle n’aura que peu de temps pour s’adapter. 

Est-ce à dire qu’il faut redouter un scénario analogue à celui que l’UE avait connu au premier semestre 2009, avec un changement de gouvernement tchèque qui se révéla catastrophique tant pour l’Europe que pour le pays lui-même? 

Côté belge, on s’en défend, en évoquant le consensus régnant au sein de la classe politique sur les questions européennes ou en arguant des modifications institutionnelles apportées par le traité de Lisbonne, qui restreignent le rôle des présidences tournantes.

Le système fédéral belge représente un autre gage de réussite.  Quatre des neuf formations sectorielles du Conseil seront intégralement ou partiellement présidées par des ministres régionaux belges. Et le programme de la présidence, qui s’insère lui-même dans un cadre stratégique élaboré avec l’Espagne et la Hongrie, a fait l’objet d’un accord entre tous les niveaux de pouvoir du pays.

Le défi reste toutefois de taille.

Le programme de la présidence dresse un constat plutôt sombre de la situation ambiante, avec une "crise d’une ampleur sans précédent depuis 50 ans", des déficits colossaux, une population vieillissante et la concurrence des puissances émergentes.

Sur le plan pratique, un arriéré législatif s’est accumulé.

Plus de 70 textes sont en attente de conclusion.

Difficulté supplémentaire, le renforcement du rôle du Parlement européen imposera également la recherche permanente de compromis avec des eurodéputés souvent excessivement jaloux de leurs prérogatives.

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