Une proche de Poutine à la tête de la banque centrale russe

Le président russe Vladimir Poutine nomme une proche à la tête de la Banque centrale de Russie. ©BLOOMBERG NEWS

Le président russe va nommer une proche à la tête de la banque centrale de Russie (BCR) : sa conseillère économique Elvira Nabioullina. Cette nomination surprise doit encore être validée par le Parlement russe.

Vladimir Poutine a annoncé mardi qu'il allait nommer une proche, sa conseillère économique et ex-ministre du Développement économique Elvira Nabioullina à la tête de la Banque centrale de Russie, institution soumise à une pression accrue du pouvoir désireux de la voir soutenir davantage l'économie.

"J'ai l'intention de proposer la candidature d'Elvira Nabioullina au poste de président de la Banque centrale de Russie", a déclaré le président.

L'homme fort du Kremlin a expliqué sa décision en déclarant que Mme Nabioullina, 49 ans, avait déjà une grande expérience dans le domaine économique et qu'elle avait occupé les fonctions de ministre du Développement économique.

"J'espère qu'Elvira Sakhipzadovna (Nabioullina) va être d'accord" avec cette nomination, a-t-il ajouté, s'exprimant en présence de cette dernière et de l'actuel patron de la BCR Sergueï Ignatiev, à la tête de l'institution depuis 2002. Cette proposition va désormais être soumise au Parlement russe.

Conjectures

Ces derniers jours, les conjectures allaient bon train en Russie concernant la succession au sein de la BCR, d'autant plus que plusieurs responsables gouvernementaux, ainsi que Vladimir Poutine, avaient récemment critiqué certaines politiques, jugées trop strictes, de l'institution.

Face à l'impatience affichée par les autorités, nombre d'experts estimaient dès lors que le choix du nouveau président s'orienterait vers une personne plus encline à une relance de l'activité.

"Ce sera une personnalité inattendue, elle vous plaira", avait seulement lancé la semaine dernière M. Poutine, interrogé sur le sujet par la presse.

Beaucoup d'économistes pariaient cependant sur l'un des vice-présidents de la Banque centrale, Alexeï Oulioukaïev. Et la décision de proposer la candidature de Mme Nabioullina a surpris nombre d'observateurs.

Sous la direction de M. Ignatiev, un économiste discret, aujourd'hui âgé de 65 ans, la BCR s'est rapprochée du modèle de ses homologues occidentales, avec pour objectif l'inflation et non plus le taux de change.

Elle a aussi orchestré d'importantes injections de liquidités dans le secteur bancaire pour éviter le marasme lorsque la crise financière a frappé la Russie de plein fouet en 2008-2009.

Taux d'intérêt "trop élevés"

Mais la transition à sa direction intervient après que l'activité économique russe a subi un important ralentissement fin 2012 et que

plusieurs responsables gouvernementaux, ainsi que Vladimir Poutine, ont critiqué le niveau trop élevé des taux d'intérêt, qui bride selon eux la croissance.

Face à cette fronde, les chefs de la BCR sont restés fermes, affirmant qu'ils n'abaisseraient le principal taux d'intérêt, actuellement de 8,25%, que quand l'inflation ralentirait. Or, la hausse des prix en février, la plus élevée depuis l'été 2011, a atteint 7,3%.

Selon des observateurs, la nomination d'une alliée du président risque de porter un coup à cette politique, voire à l'indépendance de la BCR.

"Mme Nabioullina est considérée comme trop proche de Poutine et donc vulnérable aux pressions politiques", déclare ainsi à l'AFP Ivan Tchakarov, analyste à la banque Renaissance Capital.

Sa nomination à la tête de la BCR va signifier "des taux d'inflation plus élevés et une monnaie plus faible. Ce sera un coup porté à l'indépendance" de l'institution, a-t-il poursuivi.

Née en 1963 au Bachkortostan (Oural), Mme Nabioullina, diplômée en économie, a travaillé au ministère de l'Economie dans les années 1990. Après un passage dans le secteur commercial, elle a réintégré le public en 2000 et l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine.

Elle a été ministre du Développement économique dans le gouvernement de ce dernier entre 2008 et 2012, puis a été nommée conseillère économique à son retour au Kremlin pour un troisième mandat.

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