Une vague de populisme déstabilise l'Europe

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Un de plus... La Slovénie vient de voter en faveur d’un parti eurosceptique. La vague populiste s’étend désormais de Londres à Budapest, en passant par l’Italie et la Pologne.

"C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal", disait Hannah Arendt. S’il faut trouver un point commun à la myriade de partis populistes déferlant sur l’Europe, c’est l’opposition au "système", la déconstruction sans plan d’avenir. Ils sont opposés à l’Union européenne, le plus souvent au libéralisme, à l’euro et toujours aux migrants.

Les uns veulent détruire le capitalisme, les autres aimeraient démanteler les syndicats. Souvent complotistes, ils s’érigent en alternative aux partis traditionnels qui auraient "oublié les citoyens face à la crise".

De Budapest à Londres, les populistes, extrémistes ou membres de partis traditionnels, montent au pouvoir. Certains ont commencé à détricoter l’Union comme le conservateur britannique Boris Johnson, un des pères du Brexit, quelles que soient les conséquences.

Le camp des populistes ne cesse de s’agrandir. Dernière en date, la Slovénie a voté massivement dimanche pour les eurosceptiques du Parti démocratique slovène (SDS), une formation anti-migrants soutenue par l’autocrate hongrois Viktor Orban (Fidesz). Pendant la campagne, le président du SDS Janez Jansa a brandi le spectre "d’une invasion massive de migrants".

La Slovénie rejoint la Hongrie, la République tchèque d’Andrej Babis (ANO), la Pologne de Jaroslaw Kaczynski (PiS), la Slovaquie de Robert Fico (SMER) et l’Autriche de Sebastian Kurz (ÖVP) qui a hissé au pouvoir le FPÖ fondé par d’anciens nazis.

En Allemagne, l’extrême droite se décomplexe. Samedi, Alexander Gauland, le président de l’AfD, a relativisé le IIIe Reich et Hitler, déclarant que c’est "du pipi de chat" dans l’histoire de l’Allemagne. C’est lui qui rendit hommage aux soldats de la Wermacht lors de la campagne. L’AfD est la première force d’opposition du Bundestag.

L’Italie, eurosceptique et antimaçonnique

Le basculement de l’Italie, troisième puissance économique d’Europe, dans le camp "vert de gris" signe le passage de la vague populiste à un nouveau stade.

La coalition contre-nature entre des populistes de gauche, le M5S, et la Ligue d’extrême droite laisse pantois. À l’heure où les portraits de Mussolini sortent des greniers au nord de l’Italie, le pays sombre dans une entente entre complotistes anti-euro et fascisants. Le président Mattarella les a forcés à revoir l’accord de coalition. Mais, sur le fond, rien n’a changé.

Les déclarations simplistes et cyniques, typiques des extrémistes, n’ont pas tardé. Pour les migrants, "la fête est finie" a lancé le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini (La Ligue) dimanche, en Sicile, où 600.000 migrants sont entassés dans des conditions misérables.

La nouvelle coalition joue aussi avec l’État de droit. Les francs-maçons sont explicitement interdits d’entrée au gouvernement. Cette disposition, contraire à la Constitution italienne, renvoie au gouvernement fasciste de 1923, qui interdit les loges et toléra des "chasses à l’homme" jusqu’à sa chute en 1944.

L’Italie inquiète les marchés. Abaissement de l’âge de la retraite, réduction des impôts, méfiance envers l’euro, alors que la dette publique dépasse les 130% du PIB. La désignation d’un anti-euro aux Affaires européennes, Paolo Savona, n’augure rien de bon. Même si le ministre de l’Economie, Giovanni Tira, ne se dit pas hostile à la monnaie unique.

L’Italie pourrait aussi freiner l’adoption de nouvelles politiques européennes comme la défense et le renforcement de la zone euro.

L’Europe paralysée

À un an des élections européennes, les leaders populistes plongent le Vieux Continent dans l’instabilité. La prochaine assemblée devrait être encore plus eurosceptique. Même si le départ des Britanniques apportera de l’air frais.

L’antidote contre cette marée tient dans la vigueur du moteur franco-allemand et la résistance des États fondateurs, comme la Belgique et ses voisins du Benelux. Mais il ne faut plus attendre de grandes avancées législatives avant les élections, à l’exception de quelques propositions que la Commission Juncker garde dans ses tiroirs.

Sur la migration, par exemple, les ministres de la Justice et des Affaires intérieures de l’UE ne devraient rien décider lors du conseil européen de ce mardi à Luxembourg. Ils devaient travailler à la révision du Règlement de Dublin, une des causes de la crise. Mais les États populistes bloquent la partie sur la solidarité intra-européenne et la relocalisation des migrants. Or l’absence de réforme ne fera qu’aggraver l’inadéquation de la politique migratoire. Le serpent se mange la queue.

S’il est un homme satisfait de cette débâcle, c’est Donald Trump. L’ambassadeur américain en Allemagne, Richard Grenell, a déclaré dimanche au média d’extrême droite Breitbart London, qu’il était arrivé en Allemagne pour "donner des pouvoirs à d’autres conservateurs à travers l’Europe et d’autres leaders" afin qu’ils se soulèvent contre les "élites". Grenell, qui voit dans le chancelier autrichien Sebastian Kurz une "vraie rock star", a encore plus abaissé le niveau actuel de la diplomatie américaine. Et déplu à Berlin comme à Bruxelles.

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