Union affaiblie cherche cadeau (pas trop cher) pour reconquérir ses jeunes

©REUTERS

La Commission européenne s’apprête à proposer un chèque voyage pour des jeunes de 16 ans et plus: "Move2Learn, Learn2Move". Une alternative moins chère au pass Interrail que les conservateurs du Parlement européen voudraient offrir à chaque Européen pour ses 18 ans.

L’Europe veut jouer les parents-gâteau mais peine à s’accorder sur la taille du cadeau à offrir à ses grands enfants. Pour redonner aux ados le goût d’être Européens, Manfred Weber, le chef de file des conservateurs au Parlement européen, a proposé à l’automne dernier d’offrir à tous les jeunes un pass Interrail pour leurs 18 ans. En ces temps moroses, à l’heure du divorce d’avec les Britanniques, voilà un signal concret, positif comme un film de Cédric Klapisch! L’idée est belle, généreuse, tout le monde en convient. Et selon Weber, la mettre en pratique n’est qu’une "question de volonté politique".

Seulement voilà: même en étant le poisson pilote de la plus grande formation politique du Parlement européen (le PPE), même en étant allié de premier plan d’Angela Merkel herself, on n’est pas assuré d’avoir la "volonté politique" de son côté.

S’il faut trouver des détracteurs à cet élan de générosité paternelle, commencez par les chercher au Parlement. "C’est une fausse bonne idée", tranche-t-on dans les rangs socialistes. Parce que ça risque de coûter très cher, parce que la mesure ne s’adresse qu’aux privilégiés qui peuvent se payer les autres frais du voyage, et parce que pour réconcilier la jeunesse et l’Europe il faut se concentrer sur la formation, les stages, l’emploi. Le son de cloche est du même tonneau chez les libéraux – alliés officiels du PPE. "Dans mon groupe, une majorité des gens qui se sont exprimés sur le sujet sont contre", explique le Belge Gérard Deprez (ALDE), membre de la commission du Budget où le sujet sera discuté cette semaine. Parce que ce n’est pas une priorité pour la jeunesse, mais aussi parce que ce "pass" ne serait ni plus ni moins qu’un subside indirect du rail.

Froid encouragement

Le voudrait-elle, la Commission ne pourrait pas balayer l’idée d’un revers de la main. Ne fût-ce que parce que son patron, Jean-Claude Juncker, est de la même famille politique que Manfred Weber. Remarquez, la commissaire au Transport, Violeta Bulc, concernée au premier chef, est libérale… Et pour ce qui nous en revient, l’idée ne la fait pas déborder d’enthousiasme.

L’initiative "Move2Learn, Learn2Move" de la Commission ne sera ni un cadeau d’anniversaire, ni un billet Interrail, ni réservé aux jeunes de 18 ans.

Sans même parler du subside indirect, un pass Interrail d’un mois coûte 419 euros (il est en promo en ce moment). À ce tarif, calcule-t-on au Berlaymont, la note reviendrait à la grosse louche à quelque 2 milliards d’euros par an. Est-il bien raisonnable de consacrer une somme qu’on n’a de toute façon pas pour des vacances qui ne bénéficieraient pas à tout le monde? Et en tout cas pas aux Chypriotes, Maltais et Finlandais du Nord qui n’ont pas d’infrastructure ferroviaire?

Alors que les députés réunis à Strasbourg doivent débattre de la possibilité de dégager un budget pour un lancement partiel de l’opération dès l’an prochain, l’exécutif européen s’apprête à leur couper l’herbe sous le pied avec une proposition qui travestit l’idée de Weber. À la fin du mois, la Commission devrait lancer l’initiative "Move2Learn, Learn2Move". Ce ne sera ni un cadeau d’anniversaire, ni un billet Interrail, ni réservé aux jeunes de 18 ans. L’initiative pilote consistera à sélectionner entre 5.000 et 7.000 jeunes de seize ans et plus et de leur offrir une sorte de chèque voyage, apprend-on à bonne source. Les heureux bénéficiaires seront sélectionnés via la plateforme d’établissements scolaires Etwinning. Coût de l’opération: 2,5 millions d’euros, déjà budgétés via Erasmus +. Un projet concurrent de celui de Weber, donc. Immédiatement opérationnel, moins ambitieux. Oserait-on dire: plus réaliste?

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