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Ursula von der Leyen élue de justesse présidente de la Commission européenne

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Le Parlement européen a élu ce mardi l'Allemande Ursula von der Leyen de justesse à la présidence de la Commission européenne par 383 voix, la majorité étant à 374. Ce vote, très court, confirme la proposition soumise le 2 juillet dernier par le Conseil européen.

Sortie d’un chapeau par Berlin et Paris le 2 juillet dernier à la fin d’un sommet marathon pour tirer l’UE d’une crise, la nouvelle présidente de la Commission Ursula von de Leyen a mis 14 jours, ni plus ni moins, pour convaincre une courte majorité de députés européens de voter pour elle.

La candidate démocrate chrétienne (PPE, CDU), une proche d’Angela Merkel soutenue par Emmanuel Macron, a recueilli mardi soir 383 voix en sa faveur sur les 747 députés européens présents à Strasbourg, la majorité absolue étant fixée à 374 voix. 327 député ont voté contre et 22 se sont abstenus et un vote a été rapporté nul. Les votes ont eu lieu à bulletin secret. 

"Deux semaines plus tôt, je n'avais pas la majorité", a-t-elle dit juste après son élection, mais "dans la démocratie, la majorité, c'est la majorité".

C'est la première femme dans l'histoire de l'Union européenne à occuper la présidence de la Commission, la fonction la plus élevée de l'UE. Une décision immédiatement saluée sur Twitter par le nouveau président du Conseil européen, Charles Michel. Angela Merkel a pour sa part félicité une européenne "convaincue".

"Je vais travailler avec les partis pro-européens pour constituer une majorité stable"
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Avec un tel score, tenant à 9 députés à peine, la présidente de la Commission est soutenue par une fragile majorité. Elle devra chercher des soutiens dans les autres partis. "Je vais travailler avec les partis pro-européens pour constituer une majorité stable", a-t-elle expliqué, laissant entendre qu'elle approcherait les Verts, qui ont pourant voté contre elle. "Je comprend qu'ils doivent apprendre à me connaître".

Les 182 élus démocrates chrétiens (PPE) l’ont soutenue dans leur grande majorité, de même que plus de deux tiers des 154 députés sociaux démocrates (S&D). Une trentaine de socialistes, dont les Belges Marie Arena et Marc Tarabella, ont voté contre.

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Environ 103 des 108 élus de Renew Europe, le nouveau groupe libéral créé par le président français Emmanuel Macron, ont voté en sa faveur.

La grande majorité des 75 députés Verts se sont opposés à elle, à l’exception des Écossais "pour des raisons qui leur sont propres".

La gauche radicale et l’extrême droite ont voté contre.

Un mois pour constituer son équipe

Ursula von der Leyen va consacrer les mois à venir à constituer son équipe, qui devrait entrer en fonction en novembre.

Pour faire passer ses propositions au parlement, la Commission étant seule à détenir l’initiative, elle s’appuiera sur une majorité tripartite entre les démocrates chrétiens, les socialistes et les libéraux. Cette "grande coalition" devrait recevoir le soutien des écologistes sur des propositions climatiques et environnementales.

Un discours très apprécié

Quiconque veut affaiblir, diviser ou enlever ses valeurs à l'Europe trouvera en moi une adversaire féroce.
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

La ministre allemande de la Défense a défendu avec force sa candidature devant le Parlement réuni ce mardi matin à Strasbourg. Après un discours résolument pro-européen et très apprécié,

un vif débat a suivi avec les eurodéputés. Chaque voix comptant, Ursula von der Leyen a multiplié les promesses aux groupes politiques rivaux, visant en particulier les sociaux-démocrates (S&D), les libéraux et les écologistes dans un discours écrit pour rassembler les pro-européens.

"Quiconque veut affaiblir, diviser ou enlever ses valeurs à l'Europe trouvera en moi une adversaire féroce", a-t-elle averti, rappelant qu'elle était "née à Bruxelles et en Europe" avant d'apprendre qu'elle était allemande.

Approfondir la procédure du "spitzenkandidat"

Le défi était de taille pour la candidate allemande. De nombreux députés ont le sentiment que sa candidature, fruit d'un accord entre la France et l'Allemagne après un sommet marathon, était peu démocratique et peu transparente. Pour répondre aux critiques, Ursula von der Leyen a promis d'approfondir la procédure du "spitzenkandidat" (candidat tête de liste issu du Parlement) et de plancher sur les listes transnationales

Il y a trois semaines encore, vous n'aviez pas la moindre idée que vous brigueriez la plus haute fonction de l'Union européenne.
Philippe Lamberts
Co-président du groupe des Verts

Manfred Weber (PPE, CSU), le "spitzenkandidat" déchu et chef de file du PPE, lui a apporté son soutien dans une brève allocution.

"Il y a trois semaines encore, vous n'aviez pas la moindre idée que vous brigueriez la plus haute fonction de l'Union européenne", a dit le coprésident des Verts Philippe Lamberts, résumant le principal handicap de la candidate démocrate chrétienne.

Soutien libéral

Les libéraux lui ont apporté leur soutien. Le président français Emmanuel Macron, fondateur du nouveau groupe libéral "Renew Europe", porte à bout de bras la candidature d'Ursula von der Leyen, une proche de la chancelière allemande Angela Merkel. S'il veut asseoir son influence sur l'Union européenne après le départ de cette dernière, il ne peut se permettre un échec. 

"Vous avez notre support et notre soutien", a dit la députée belge Frédérique Ries (RE, MR). "Je reste toutefois en manque sur la politique agricole commune, notre retard technologique (...) que proposez-vous pour créer des champions européens?", a-t-elle précisé.

"Allez-vous être le petit chien en laisse des Etats membres ou allez-vous être un pitbull?"
Sophie in't Veld
Députée libérale néerlandaise (RE, D66)

La libérale néerlandaise Sophie in't Veld (RE, D66) a toutefois marqué des distances, présageant la défection d'une dizaine d'autres élus libéraux. "Je ne suis pas encore pleinement convaincue que vous soyez bonne pour ce poste" a-t-elle lâché, "allez-vous être le petit chien en laisse des Etats membres ou allez-vous être un Pit Bull?"

Les eurosceptiques de l'ECR (62 élus), dont fait partie la N-VA, sont restés peu clairs sur leurs intentions. L'extrême droite, représentée par le groupe ID de Matteo Salvini (La Ligue) et Marine Le Pen (RN) votera contre.

Salaire minimum

La lutte contre l'inégalité ne s'arrêtera jamais. Toute personne travaillant à temps plein doit pouvoir toucher un salaire minimum qui lui permet de mener une vie décente.
Ursula von der Leyen

Les votes du centre droit lui étant acquis, Ursula von der Leyen a visé la gauche de l'hémicycle. "Ce n'est pas la population qui doit servir l'économie, mais l'économie qui doit servir la population", a-t-elle lancé. 

Elle a proposé d'aller vers une "fiscalité équitable" en créant, entre autres, une taxe sur les bénéfices des géants du net. "Il est inacceptable que ces entreprises ne paient aucun impôt", a-t-elle dit.

"La lutte contre l'inégalité ne s'arrêtera jamais. Toute personne travaillant à temps plein doit pouvoir toucher un salaire minimum qui lui permet de mener une vie décente", a-t-elle ajouté.

Ursula von der Leyen a aussi promis de mettre en place un régime de réassurance chômage européen pour "soutenir la population européenne lors de chocs externes".

Plaidant pour "plus d'égalité et d'équité pour les jeunes", elle a proposé de tripler le budget du programme Erasmus Plus comme le demande le Parlement européen. 

Green deal de 1.000 milliards d'euros

La candidate allemande a promis un "green deal" d'une valeur de mille milliards d'euros après les 100 premiers jours de son mandat. Elle s'est aussi engagée à créer une taxe carbone aux frontières et à ce que l'UE atteigne la neutralité carbone d'ici 2050. En outre, elle a proposé un objectif de réduction des gaz à effets de serre de 50%, voire 55%, d'ici 2030 et non de 40%, comme prévu actuellement.

Les écologistes ont balayé ces promesses du revers de la main. "Je salue votre courage, votre discours est plus concret", a réagi Philippe Lamberts, reconnaissant que les propositions de la candidate PPE ont progressé en quelques jours. "Mais, cela reste en deçà de nos attentes", a-t-il tranché, estimant que "la bonne volonté et les bonnes intentions ne suffisent pas"

Brexit

Le leader du parti du Brexit, Nigel Farage ©EPA

Ursula von der Leyen s'est montrée ouverte à un nouveau report du Brexit. "Je suis prête à envisager un report supplémentaire de la date de sortie si nous avons besoin de plus de temps pour une bonne raison", a-t-elle expliqué, s'attirant les huées du côté des europhobes et du parti du Brexit de Nigel Farage

Parité homme femme

Ursula von der Leyen s'est engagée à "garantir la parité pleine entre les hommes et les femmes au sein de la prochaine Commission européenne". Si les États, qui proposent chacun un commissaire, ne la respectent pas spontanément, elle devrait refuser certains candidats. Elle a également dénoncé les violences faites aux femmes.

Nouveau pacte sur les migrations

Face à l'échec majeur de la précédente Commission, la politique migratoire de l'Union européenne, Ursula von der Leyen s'est engagée à proposer un nouveau pacte sur la migration et l'asile et à réviser le règlement de Dublin. Elle a révélé aux députés qu'elle avait accueilli "un migrant syrien de 19 ans dans sa famille" et suivi son parcours. 

Plaidant pour un droit d'asile commun, elle a aussi insisté sur la mise en place d'une coopération plus juste avec les pays de transit. Elle a également regretté le nombre de morts lors des traversées de migrants. "En mer, il y a le devoir de sauver des vies", a-t-elle martelé, sans proposer de solution à court terme. Mais, tout en affirmant qu'il faut hâter la mise en place des 10.000 gardes frontières de Frontex pour 2024 au lieu de 2027.

Conférence sur l'Europe

Ursula von der Leyen s'est engagée à lancer, à partir de 2020, une "grande conférence sur l'Europe" dans laquelle la société civile serait engagée. Cette initiative est, avant tout, une réponse imaginée par le président Macron à la crise des "gilets jaunes" qui agite la France. 

La ministre allemande de la Défense a plaidé pour la création d'une Union de la défense, chère à Paris et Berlin, tout en maintenant le lien privilégié entre l'UE et l'OTAN.

Pour renforcer la place de l'Europe dans le monde, la candidate allemande a promis de soutenir le recours à la majorité qualifiée, et non plus l'unanimité, dans les décision relatives aux Affaires étrangères.

Elle a également soutenu un droit d'initiative législative pour le Parlement européen, alors que la Commission en a aujourd'hui le monopole. 

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