Ursula von der Leyen remporte sans gloire la présidence de la Commission

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Ursula von der Leyen est élue de justesse (51%) présidente de la Commission européenne. Pour la première fois dans l’histoire, une femme occupe la plus haute fonction de l’Union européenne.

Sortie d’un chapeau par Berlin et Paris le 2 juillet dernier, à la fin d’un sommet marathon pour tirer l’UE d’une crise, la nouvelle présidente de la Commission Ursula von der Leyen avait 14 jours pour convaincre une majorité de députés européens de voter pour elle. Mission accomplie, mais sur le fil du rasoir.

La candidate démocrate chrétienne (PPE, CDU) a recueilli ce mardi soir 383 voix en sa faveur sur les 747 députés européens présents à Strasbourg. La majorité absolue étant fixée à 374 voix, le score est des plus justes. Pas moins de 327 députés ont voté contre elle, 22 se sont abstenus et un vote a été rapporté nul. "Deux semaines plus tôt, je n’avais pas la majorité", a-t-elle dit après son élection, mais "dans la démocratie, la majorité, c’est la majorité".

C’est la première femme à occuper la présidence de la Commission, la fonction la plus élevée de l’UE. C’est "un retour à la maison" a-t-elle dit, Ursula von der Leyen étant fille d’eurocrate, née à Ixelles.

La présidente de la Commission, avec une si fragile majorité, devra chercher des soutiens. "Je vais travailler avec les partis proeuropéens pour constituer une majorité stable", a-t-elle expliqué, laissant entendre qu’elle approcherait les Verts, qui ont pourtant voté contre elle. "Je comprends qu’ils doivent apprendre à me connaître".

Sa candidature a été soutenue par les 182 élus démocrates chrétiens (PPE) dans leur grande majorité, par 103 des 108 députés libéraux et plus de deux tiers des 154 sociaux-démocrates (S&D). Une trentaine de socialistes, dont les Belges Marie Arena et Marc Tarabella, ont voté contre.

"Deux semaines plus tôt, je n’avais pas la majorité."
ursula von der leyen

La grande majorité des 75 députés Verts se sont opposés à elle, à l’exception des Écossais. La gauche radicale et l’extrême droite ont voté contre.

Ursula von der Leyen va consacrer les mois à venir à constituer son équipe, qui devrait entrer en fonction en novembre. Elle a promis la parité absolue et de respecter un équilibre entre l’est et l’ouest de l’UE.

Pour faire passer ses propositions au Parlement, la Commission étant seule à détenir l’initiative, elle s’appuiera sur une majorité tripartite entre les démocrates chrétiens, les socialistes et les libéraux. Cette "grande coalition" devrait recevoir le soutien des écologistes sur des propositions climatiques et environnementales.

Séduire la gauche

La candidate allemande a multiplié les promesses ce mardi matin devant le Parlement. Les voix du centre droit lui étant acquises, elle a visé la gauche. Elle a proposé de taxer les bénéfices des géants du net, de créer "un salaire minimum" et un régime de réassurance chômage européen pour "soutenir la population lors de chocs externes".

Ursula von der Leyen a promis un "green deal" de 1.000 milliards d’euros. Elle s’est engagée à ce que l’UE atteigne la neutralité carbone d’ici 2050. Elle a proposé un objectif de réduction des gaz à effet de serre de 50%, voire 55%, d’ici 2030 et non de 40%, comme prévu actuellement.

Face à l’échec majeur de la précédente Commission, la politique migratoire, elle a proposé de conclure un nouveau pacte sur la migration. Elle s’est aussi engagée à lancer une "conférence sur l’Europe" chère à Macron, impliquant la société civile. Elle a promis de soutenir le recours à la majorité qualifiée, et non plus l’unanimité, dans les décisions relatives aux Affaires étrangères. Elle devrait aussi proposer de conférer un droit d’initiative législative au Parlement.

Un débat animé

Un vif débat a suivi. Manfred Weber (PPE, CSU), le "spitzenkandidat" déchu et chef de file du PPE, lui a apporté son soutien. Elle a promis d’approfondir la procédure du "spitzenkandidat".

"Il y a trois semaines encore, vous n’aviez pas la moindre idée que vous brigueriez la plus haute fonction de l’UE, a dit le coprésident des Verts Philippe Lamberts, résumant le principal handicap de la candidate démocrate chrétienne. Les Verts, un temps courtisés, ont été écartés de la "grande coalition". Ils en gardent une amertume.

"Vous avez notre support et notre soutien", a dit la députée belge Frédérique Ries (RE, MR). Par contre la libérale néerlandaise Sophie in ’t Veld (RE, D66) a marqué ses distances. "Allez-vous être le petit chien en laisse des États membres ou allez-vous être un pit bull?", a-t-elle dit.

Ursula von der Leyen s’est montrée ouverte à un nouveau report du Brexit "pour une bonne raison", s’attirant les huées du parti du Brexit de Nigel Farage.

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