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Verhofstadt recadre le chancelier autrichien sur les migrations

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz au Parlement européen à Strasbourg ©AFP

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a principalement parlé de protection des frontières au Parlement européen, au moment de prendre la présidence de l’Union européenne. Son discours, sans développement économique, a déplu à une grande partie des députés européens. A commencer par Guy Verhofstadt.

L’Autriche, dirigée par une coalition entre démocrates-chrétiens et extrême droite, présidera l’Union européenne pendant six mois. Sa priorité ira au renforcement des frontières européennes. "Notre devise sera l’Europe qui protège", a annoncé le chancelier autrichien Sebastian Kurz (PPE), ce mardi au Parlement européen à Strasbourg. Il n’a donné aucun détail sur ses éventuelles priorités en matière de développement économique, de zone euro ou de marché financiers.

"La protection de la population européenne doit être prioritaire pour nous."
Sebastian Kurz

Le leader populiste a l’intention de mettre l’accent sur trois priorités. En premier lieu, la sécurité et la lutte contre les migrations illégales. "La protection de la population européenne doit être prioritaire pour nous", a martelé le chancelier Kurz. "Pour cela, nous devons protéger les frontières extérieures de l’Europe pour garantir qu’il n’y aura pas de frontières au sein de l’Europe".

→ Lire notre édito Et à la fin, c'est l'Europe qui perd

Kurz a cité en exemple l’accord sur les migrants conclu par les Vingt-huit vendredi dernier à l’aube. Sa deuxième priorité ira à la protection du bien-être et de la prospérité, en lien direct avec la première.

Le développement des relations avec les pays voisins arrive en troisième position. "Il est nécessaire que l’Union européenne agisse dans son voisinage. Une Europe qui protège ne pourra survivre que si la voisinage est stable. Ce n’est qu’à cette condition qu’on pourra assurer une stabilité à long terme de l’Europe", a-t-il indiqué. Son intention? "Ouvrir de nouveaux canaux avec la Russie" et "coopérer avec l’Afrique" afin de "juguler les migrations".

"Vous n’avez parlé ni du cadre financier pluriannuel, ni de la zone euro "
Guy Verhofstadt
Président de l'ADLE

Sebastian Kurz s’est aussi prononcé en faveur d’un nouvel élargissement de l’Union européenne aux pays des Balkans occidentaux.

Sans surprise, les députés européens du PPE (démocrates-chrétiens) ont salué l’intervention du chancelier. Par contre, les élus libéraux, sociaux-démocrates et écologistes ont mené une charge contre le jeune chancelier autrichien.

"Vous n'avez pas parlé de la zone euro"

"Etre président du Conseil européen, c’est plus qu’être chancelier et d’engranger des points dans son pays", a averti le président des libéraux Guy Verhofstadt (ADLE), "vous n’avez parlé ni du cadre financier pluriannuel, ni de la zone euro", regrettant que Kurz fasse de la lutte contre les migrants sa seule priorité pour l'Union européenne.

©AFP

"Il n’y a pas de flux migratoire soudain, mais la décision opportuniste d’un ministre italien, Matteo Salvini qui a créé ce problème. Salvini a un avis très simpliste", a ajouté l'ancien Premier ministre belge, rappelant la chute des arrivées de migrants d’un million en 2015 à 43.000 depuis le début de cette année, soit 0,07% du flux migratoire dans la monde. "Ce n'est pas une vrai crise migratoire que nous vivons aujourd'hui en Europe, c'est une crise politique".

Pour Verhofstadt, Sebastian Kurz fait partie des dirigeants européens, comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui sont occupés à se renvoyer au pays voisin la responsabilité de l’accueil des migrants. "Tout ce sur quoi vous savez vous mettre d’accord, c’est de dire: pas chez moi", a-t-il lâché. "Il faut un système juridique pour la migration économique dont nous avons besoin et pas de grands discours contre la migration".

"Ce n’est pas ça l’Europe que nous voulons"

"Nous entrons dans la politique de la peur, nous nous voulons une Europe de l’espoir"
Udo Bullmann
Président du S&D

Les sociaux-démocrates n’ont pas épargné le leader autrichien. "Nous n’aimons pas du tout cette réduction du projet européen", a dit Udo Bullmann, le président du S&D, dénonçant "les blocages sur des questions annexes en Allemagne, et l’accord sur la création de camps de transit" destiné à sauver le gouvernement Merkel."Ce n’est pas ça l’Europe que nous voulons. Nous entrons dans la politique de la peur, nous nous voulons une Europe de l’espoir".

"Vous concentrez le débat européen sur ce qui n’est pas la priorité des citoyens", a déploré Philippe Lamberts, le coprésident des Verts, citant le résultat d’un enquête Eurobaromètre où la protection contre la migration arrivait en quatrième priorité, après d’autres, comme le bien-être économique et la lutte contre les changements climatiques.

"Vous faites l’amalgame entre la sécurité et la migration", a-t-il dit. "Au cours de ces derniers mois, nous vous avons vu adopter les discours de l’extrême droite, comme d’autres PPE le font ailleurs en Autriche, en Hongrie, en Bavière. Vous faites le lit de l’extrême droite. (…) Lorsque les idées de l’extrême droite contaminent les partis qui étaient au cœur de la démocratie européenne, nous sommes tous en péril."

"Lorsque les idées de l’extrême droite contaminent les partis qui étaient au cœur de la démocratie européenne, nous sommes tous en péril"
Philippe Lamberts
Coprésident des Verts

"Il y a beaucoup de travail qui t’attend, je sais que tu es une bête de travail", a répliqué le président de la Commission, Jean-Claude Juncker (PPE), non sans l’avertir sur le risque de confondre la politique autrichienne avec l’Europe. "On ne doit pas juste mettre des escalopes viennoises dans les assiettes, mais aussi plein d’autres propositions attrayantes", a-t-il averti avec ironie.

Juste après le débat, Sebastian Kurz a de nouveau défendu son projet pour l’Europe, centré sur la protection des frontières. Quelques journalistes à peine, triés sur le volet, eurent l’occasion de poser des questions.

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