Victoire de Theresa May au Parlement britannique sur le Brexit

Theresa May face à un vote décisif sur le Brexit ce mercredi. ©AFP

Une fois n'est pas coutume, Theresa May s'est retrouvée confrontée au Parlement britannique ce mercredi. Le gouvernement signe une nouvelle victoire sur le fil à l'issue d'un vote crucial pour le Brexit.

Pas de répit pour Theresa May. La Première ministre avait sauvé de justesse son accord sur le Brexit devant le Parlement britannique la semaine dernière. Et ce, malgré les contestations grandissantes au sein même de son parti. Ce vendredi, la Première ministre a transformé l'essai en parvenant à faire tomber un amendement qui aurait octroyé au Parlement un droit de veto sur l'accord final sur le Brexit.

Le Parlement n'aura pas le dernier mot

Confusion au Parlement britannique. Deux amendements à l'accord sur le Brexit s'opposaient ce mercredi et l'issue du vote aurait pu fragiliser davantage Theresa May. La pomme de la discorde? Le rôle du Parlement et son droit de regard sur la version finale du texte.

Recul de la livre

La livre continue à céder du terrain face au dollar évoluant à ses plus bas niveaux en sept mois. La devise est fortement affectée par le vote des Lords qui ont infligé un nouveau camouflet à Theresa May ce lundi.

Un amendement avait été présenté par la Chambre des Lords ce lundi et prônait l'instauration d'un droit de veto et la possibilité de réclamer la reprise des négociations avec Bruxelles. Finalement, cet amendement a été rejeté à 319 voix contre 303 par les députés. Un résultat serré mais qui signe un nouveau sauvetage du plan gouvernemental pour le Brexit.

Le gouvernement britannique plaidait de son côté pour un vote du Parlement qui ne serait que consultatif et lui déniait tout droit de s'opposer au résultat des négociations.

La victoire s'explique en partie par un coup de théâtre en pleine session. L'auteur de l'amendement litigieux pour le gouvernement, le conservateur Dominic Grieve, avait appelé à mettre fin à "l'hystérie" et "aux accusations de trahison proférées contre ceux qui sont en désaccord avec l'approche du gouvernement", sur la chaîne SkyNews. Néanmoins, il a contre toute attente décidé d'apporter son soutien à l'amendement proposé par l'exécutif.

"Ayant finalement obtenu, avec un peu plus de difficulté que je ne l'aurais voulu, la reconnaissance claire, noir sur blanc, de la souveraineté de ce lieu sur l'exécutif, je suis prêt à accepter la difficulté du gouvernement et en ces circonstances à accepter la forme d'amendement qu'il souhaite", a-t-il déclaré au Parlement.

En effet, le secrétaire d'Etat du Brexit David Davis avait annoncé avant la tenue du vote que la possibilité d'amender ou non la proposition gouvernementale serait laissée à la discrétion du Président du parlement. Il avait cependant réaffirmé que l'amendement de la Chambre des Lords était "une tentative de sortir du chemin du Brexit."

"Nous ne pouvons pas accepter un amendement (...) qui permettrait au Parlement de dicter l'approche du gouvernement sur la sortie de l'UE, liant les mains de la Première ministre et rendant plus difficile d'atteindre un bon accord pour le Royaume-Uni", a justifié le porte-parole de Theresa May.

"Il ne s'agit pas de faire échouer ou de bloquer le Brexit. Il ne s'agit pas de lier les mains des négociateurs...il s'agit simplement de laisser jouer à la Chambre un rôle significatif"
Keir Starmer
Député travailliste

La ligne se voulait ferme du côté de l'exécutif: le Parlement n'aura pas le dernier mot.

> Pour rappel, la semaine passée, la Première ministre avait réussi à faire chuter les amendements proposés par les Lords sur l'accord final du Brexit en promettant un compromis de dernière minute aux sceptiques de son Parti conservateur.

Fronde interne

Un compromis qui manifestement n'était pas à la hauteur de leurs espérances. Ils ont fustigé la volonté de l'exécutif de refuser l'octroi de pouvoirs plus grands au Parlement. "Un vote du Parlement n'arrêtera pas le Brexit. Vous n'aviez pas voté pour reprendre le contrôle et rendre au Parlement britannique sa souveraineté?", a tweeté la députée conservatrice Anna Soubry, en faisant allusion à un slogan de la campagne pro-Brexit.

"Nous ne pouvons pas laisser les députés qui ont voté pour rester dans l'UE réduire au silence la volonté de la majorité. Il est de notre devoir de mettre en œuvre le Brexit"
Andrea Jenkyns
Députée conservatrice

Autre bataille parlementaire: celle des europhiles qui entendent faire de leur mieux pour préserver des liens étroits avec l'UE face aux europhobes qui plaident pour une séparation nette et ferme avec l'Europe. Ces derniers considèrent que les pro-UE veulent affaiblir le Brexit voire l'annuler. "Nous ne pouvons pas laisser les députés qui ont voté pour rester dans l'UE réduire au silence la volonté de la majorité. Il est de notre devoir de mettre en œuvre le Brexit", a déclaré la députée conservatrice Andrea Jenkyns.

L'UE se prépare à l'échec de l'accord

Le regain des tensions en Grande-Bretagne n'est pas pour rassurer Bruxelles. Les divisions rendent incertaine la conclusion d'un accord en octobre, comme prévu initialement. Une deadline permettant aux parlements nationaux et européen de statuer sur le Brexit avant sa mise en vigueur effective le 29 mars.

Peu d'avancées dans les négociations, une question irlandaise encore en suspens... les constats du sommet européen de la semaine prochaine devraient être sans appel. D'autant que Theresa May a elle-même convenu que le Brexit ne serait pas la principale préoccupation de ses partenaires, davantage focalisés sur l'immigration.

"Nous avons besoin de plus de réalisme sur ce qui est possible et sur ce qui ne l'est pas"
Michel Barnier
Négociateur de l'UE pour le Brexit

Aussi, l'Union européenne se prépare-t-elle à "tous les résultats" éventuels à l'issue des négociations sur le retrait du Royaume-Uni. Y compris à une absence d'accord. Dans un document, le Conseil européen fait montre de son "inquiétude" face à l'absence de "progrès substantiels" notamment sur le dossier irlandais.

L'institution enjoint les États-membres à "accélérer leur travail de préparation à tous les niveaux et pour tous les résultats." "On est presque arrivé nulle part, alors qu'on attend toujours le Royaume-Uni, y compris sur la question du backstop pour l'Irlande", a déploré un responsable européen sous couvert d'anonymat.

De plus, la coopération en matière de sécurité entre l'Europe et la Grande-Bretagne est également bancale puisque Michel Barnier, négociateur de l'UE pour le Brexit, a retoqué les propositions avancées par Londres. "Nous avons besoin de plus de réalisme sur ce qui est possible et sur ce qui ne l'est pas", a-t-il martelé.

Ainsi, le Royaume-Uni ne pourra plus participer aux réunions d'Europol, ni accéder aux bases de données de police communes ni même bénéficier du système de mandat d'arrêt européen s'il continue de refuser la liberté de circulation des citoyens et le contrôle de la Cour de justice de l'Union européenne.

52%
Vote en faveur du Brexit
52% des votants britanniques avait opté pour le choix du Brexit lors du référendum de juin 2016.

Si le vote avait été défavorable à Theresa May, il aurait probablement eu des conséquences sur son avenir politique. Certains défenseurs d'un Brexit dur avaient annoncé en privé qu'ils tenteraient d'évincer la Première ministre en cas de défaite au Parlement.

Le vote de ce mercredi ne sera pas la dernière bataille de la Première ministre. Elle devrait être confrontée dès le mois prochain à une levée de boucliers de la part des conservateurs pro-UE sur la question de l'union douanière et doit donner des gages de progression auprès des instances européennes.

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