Vol de nuit sous les radars en quête d'un terrain d'atterrissage pour le Brexit

Stephen Barclay, le ministre britannique du Brexit. ©AFP

La recherche d’une formule pour résoudre l’équation d’un Brexit ordonné se poursuit avec le Conseil européen de ces jeudi et vendredi en ligne de mire.

Ce jeudi matin, à quelques heures de l'ouverture d'un Sommet européen qui sera largement consacré au Brexit, l’hypothèse d’un accord à valider par les dirigeants reste possible sur le papier mais hautement improbable. La question est plutôt de savoir si un petit rab de négociation permettrait de boucler un accord entre les Vingt-Sept et le Royaume-Uni en vue d’un Brexit ordonné le 31 octobre: un sommet spécial Brexit pourrait alors être envisagé dans l’intervalle.

Le secrétaire au Brexit Stephen Barclay a fait savoir mercredi que Boris Johnson demanderait un nouveau report du Brexit si un accord ne pouvait être bouclé cette semaine.

Une autre éventualité pourrait être de constater un blocage plus difficile à résoudre, qui pourrait remettre en cause la date butoir elle-même.

Quoiqu'il en soit, le secrétaire au Brexit Stephen Barclay a fait savoir mercredi que Boris Johnson demanderait un nouveau report du Brexit si un accord ne pouvait être bouclé cette semaine. Pour qu’une nouvelle extension soit décidée, il faudrait une "justification très claire", selon ce diplomate de haut rang. Qu’il s’agisse de gagner quelques semaines pour construire le consensus final à Londres ou pour organiser de nouvelles élections, il n’y a en tout cas "rien qui puisse justifier un report à l’aveugle de plusieurs mois", a-t-il affirmé.

L'état des lieux

Mercredi soir, la situation semblait en tout cas bloquée. On n’y est pas encore, a fait savoir Boris Johnson, son porte-parole indiquant que des problèmes "importants" restaient à surmonter. "Les discussions sont toujours en cours", disait-on laconiquement côté européen à la fin d’une de ces journées où le temps ne cesse de s’étirer – le rapport de Michel Barnier aux ambassadeurs européens aura été reporté d’heure en heure, après que de prétendues échéances de la négociation aient successivement sauté.

La négociation est d’autant plus difficile qu’elle est double: entre Londres et l’Union européenne bien sûr, mais aussi entre le gouvernement britannique et son Parlement.

Pour que les chefs de gouvernement et d’État puissent donner leur feu vert lors de leur réunion de ces jeudi et vendredi, il fallait un accord la semaine dernière au plus tard, puis mardi minuit dernier carat.

Imperturbables, les négociateurs ont poursuivi leurs discussions techniques, sur des points comme la perception de la TVA en Irlande du Nord, pendant que Boris Johnson cherchait à s’assurer du soutien de Westminster. Le scénario du conseil européen restait à écrire.

Le signal envoyé par Downing Street mercredi soir laissait peu de place au doute sur la possibilité de sceller un accord final à temps. La négociation est d’autant plus difficile qu’elle est double: entre Londres et l’Union européenne bien sûr, mais aussi entre le gouvernement britannique et son Parlement. Il s’agit d’éviter que Boris Johnson ne répète l’erreur de Theresa May, qui avait scellé en novembre 2018 un accord avec les Européens sans s’assurer du soutien de son Parlement – avec le résultat que l’on sait.

L’autre "petit backstop"

©MEDIAFIN

Un déblocage de la négociation a été acté lorsque Londres a accepté le principe que l’Irlande du Nord soit soumise aux règles du marché intérieur et de l’union douanière. C’était la condition sine qua non pour respecter deux lignes rouges européennes: éviter l’apparition d’une frontière dure sur l’île d’Irlande tout en évitant de créer une brèche dans le marché unique. Mais la formule entend aussi éviter que les Nord-Irlandais soient juridiquement dans un territoire douanier différent de celui de la Grande-Bretagne.

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La première gageure était donc de traduire cette souplesse nouvelle en une solution juridique qui soit pleinement opérationnelle – qui permette d’accomplir les formalités douanières sans qu’elles aient lieu à la frontière physique entre les deux parties de l’Irlande et sans ouvrir de brèche aux fraudes. La solution sur le métier consistait à maintenir l’Ulster juridiquement dans le territoire douanier britannique, mais de lui faire appliquer les règles douanières européennes pour les marchandises destinées au marché européen. Ce qui n’est pas très éloigné du "petit backstop" qu’avait initialement proposé la Commission européenne, mais que Theresa May avait rejeté: le maintien de l’Irlande du Nord dans l’union douanière européenne.

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