Dix ONG dénoncent le glissement d'argent public vers un proche de Kabila

©Hollandse Hoogte

Dix ONG se posent des questions sur les finances de Feronia, une société agroalimentaire canadienne détenue par des fonds publics. Près de 40 millions de dollars manqueraient à l’appel. L’argent a-t-il profité à un proche de Kabila? La Société belge d’investissement pour les pays en développement (BIO) a prêté 11 millions à Feronia.

Des subsides publics destinés à exploiter et garantir l’emploi dans les plantations de palmiers à huile détenues par la société canadienne Feronia en République démocratique du congo (RDC) ont-ils glissé des plantations vers la poche d’un proche de Joseph Kabila? Une partie de cet argent a-t-elle été versée par la Société belge d’investissement pour les pays en développement (BIO)? Ces questions, parmi d’autres, sont soulevées par dix ONG européennes dans un rapport publié ce matin. Parmi les ONG, on retrouve le CNCD et SOS Faim. Ces organisations exigent que la lumière soit faite sur les comptes de Feronia. De son côté, la société canadienne rejette toutes les accusations.

Feronia, mise sur le gril, est une société agroalimentaire canadienne, détenue majoritairement par la CDC, un organisme public britannique, ainsi que par d’autres Institutions de financement du développement (IFD). En 2009, la société a racheté des exploitations d’huile de palme à Unilever. Aujourd’hui, Feronia occupe plus de 100.000 hectares en RDC.

40 millions d’euros

D’après le rapport diffusé par les ONG, Feronia a, depuis le mois de janvier 2013, reçu 118 millions d’euros venant des IFD américaines et européennes. Ces mêmes IFD détiennent ensemble 75% de Feronia. En décembre 2015, plusieurs IFD ont prêté 49 millions de dollars à Feronia. C’est lors de cette opération que l’on retrouve la trace de la Société belge d’investissement pour les pays en développement (BIO), qui, de son côté, a prêté 11 millions d’euros sur les 49 millions avancés. Ce prêt a été garanti par le nantissement des actions de la plantation par la filiale belge de Feronia, Feronia Maia. Cette société, dont le siège se trouve le long de l’Avenue Louise, est dotée d’un capital de 23,3 millions d’euros. Constituée le 3 décembre 2015, elle est née de la volonté de BIO. En effet, désireuse d’investir dans la société canadienne, BIO a exigé que les holdings de Feronia situés aux îles Caïmans soient transférés en Belgique. Ce qui fut fait.

En juin 2015, les ONG avaient déjà émis un rapport négatif sur les activités de Feronia, un travail destiné à attirer l’attention de la communauté internationale sur les violations des droits humains, la pauvreté, l’exploitation de la main-d’œuvre dans les plantations et l’accaparement des terres. Malgré ces avertissements, les autres IFD – parmi lesquelles on retrouve BIO – ont continué à faire remonter des fonds vers Feronia, déplorent aujourd’hui les dix ONG.

Feronia, qui reconnaît ne pas atteindre la perfection (lire ci-contre) rejette toutes ces accusations. Mais face au décalage entre la défense de Feronia et les témoignages remontant du terrain, les organisations non gouvernementales demandent la mise en place d’une mission d’information indépendante internationale dans les zones concernées.

Transferts opaques

Mais ce n’est pas tout. Selon des rapports passés à la loupe par les ONG, certaines filiales de Feronia auraient facturé chaque année des millions de dollars à d’autres filiales de Feronia, et tout ça pour des services inconnus. Des éléments relevés par les ONG indiqueraient que les honoraires n’ont pas été payés, mais auraient été couverts par des prêts de Feronia Cayman Islands, lorsque la structure était encore installée là-bas. Ces mécanismes, disent les ONG, auraient permis aux filiales concernées de ne pas déclarer de revenus et donc d’éviter de payer des impôts.

Enfin, le rapport présenté par les ONG estime qu’un homme politique, proche de Joseph Kabila, aurait largement profité des largesses de Feronia pour s’enrichir. La question étant de savoir si l’argent des IFD, dont BIO, a fini dans la poche de gens proches du pouvoir en RDC. L’homme dont il est question s’appelle Barnabé Kiyaka Bin Karubi. Ancien administrateur de Feronia, il est l’actuel conseiller diplomatique en chef de Joseph Kabila.

D’après le rapport émis, entre autres, par SOS Faim, cet homme politique a détenu 20% des actions de Feronia JCA, une filiale basée aux îles Caïmans utilisée pour racheter l’exploitation à Unilever. Une fois l’accord signé, Feronia Inc a racheté les actions de M. Karubi en échange de l’émission de 8,8 millions d’actions de Feronia Inc, évaluées à plus de 2,2 millions de dollars. Une autre société, Feronia JCA Limited SARL, détenue à 20% par M. Karubi, est au centre du rapport des ONG. Cette société, qui n’apparaît pas dans les rapports financiers de Feronia Inc, a accumulé en quelques mois 28 millions de dollars de dettes. Pas moyen de savoir qui a prêté cette somme. Au total, les ONG ont détecté la sortie de plus de 40 millions de dollars de trois sociétés de Feronia vers d’autres filiales pour la fourniture de services non prestés entre 2012 et 2015. De quoi poser des questions et exiger de la clarté.

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