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Kabila, l'homme qui valait 15 milliards, passe en force

Le président de la République démocratique du Congo est une fois encore passé en force, imposant un nouveau gouvernement dans la nuit. Il dirige un empire de 70 sociétés, détenues par les membres de sa famille.

Le président congolais Joseph Kabila a annoncé dans la nuit de lundi à mardi, quelques heures avant la fin de son mandat, un nouveau gouvernement sans attendre les résultats de la médiation de l'Église catholique visant à sortir la République démocratique du Congo de la crise politique. Encore une fois, le pouvoir passe en force en RDC.

L'actu

Kabila a annoncé dans la nuit de lundi à mardi, quelques heures avant la fin de son mandat, un nouveau gouvernement sans attendre les résultats de la médiation de l'Église catholique visant à sortir la République démocratique du Congo de la crise politique.

La nouvelle est tombée à la télévision publique peu avant minuit. Après cette annonce, des tirs d'armes à feu ont été entendus par des journalistes de l'AFP dans deux quartiers du nord de Kinshasa. Leur origine était difficile à déterminer.  Peu avant, plusieurs quartiers de la mégapole congolaise, transformée en ville morte lundi, avait résonné de concerts de sifflets et de tambours improvisés avec des casseroles, symboles du "carton rouge" qu'une coalition d'opposition a menacé d'infliger à M. Kabila, au pouvoir depuis 2001.

Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter, entend se maintenir en fonction dans l'attente de l'élection d'un successeur, en vertu d'un arrêt de la Cour constitutionnelle rendu en mai.

La formation du gouvernement est le fruit d'un accord conclu en octobre entre la majorité et une frange minoritaire de l'opposition, rejeté par la coalition du Rassemblement constituée autour de la figure de l'opposant historique Étienne Tshisekedi, 84 ans.

Le nouveau cabinet est dirigé par un transfuge du parti de  Tshisekedi (l'UDPS), Samy Badibanga, et fait entrer plusieurs ministres d'opposition ayant joué comme lui le jeu du "dialogue national" proposé par Kabila.

Le 8 décembre, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) avait lancé une médiation de la dernière chance pour réconcilier les partisans de l'accord d'octobre et ses détracteurs, afin d'ouvrir la voie à une période de transition politique jusqu'aux élections. 
En l'absence de la moindre avancée significative, les évêques avaient suspendu leur médiation samedi soir et annoncé une reprise des négociations pour mercredi.

L'opposant historique Étienne Tshisekedi, 84 ans, a appelé ses concitoyens "à ne plus reconnaître" Joseph Kabila comme président de la République démocratique du Congo dans une vidéo mise en ligne sur YouTube dans la nuit de lundi à mardi.

"Je lance un appel solennel au peuple congolais à ne plus reconnaître l'autorité de M. Joseph Kabila, à la communauté internationale de ne plus traiter avec Joseph Kabila au nom de la République démocratique du Congo."

 

 

Qui est-il, ce président?

Avec une fortune estimée par Forbes à 15 milliards de dollars en 2016, Joseph Kabila a tout pour être un homme comblé. Il est le Congolais le plus riche et un des chefs d’État les mieux payés au monde. À côté de cette fortune, logée dans les paradis fiscaux britanniques, celle de Mobutu Seseko, 5 milliards de dollars, est dérisoire.

Mais voilà. Joseph Kabila n’est pas tout à fait comblé. Il y a, entre lui et ses concitoyens, comme un malaise. Le pays qu’il dirige compte près de 70 millions d’habitants dont 90% survivent avec 1,25 dollar à peine par jour. Et le malaise va croissant depuis qu’il a décidé de ranger aux archives la Constitution de la RDC, qui prévoit qu’il ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels. Hier soir à 11h59, il devait quitter le pouvoir. Ce qu’il n’a pas fait. La situation est explosive.

Le profil
  • Agé de 45 ans, Joseph Kabila est bachelier en relations internationale de la Washington International University. Il est de confession anglicane.
  • Joseph Kabila passe sa jeunesse en Tanzanie. Il entame des études de droit en Ouganda, avant de rejoindre son père qui mène la guerre civile au Congo.
  • Il devient président de la RDC en 2001. Il sort vainqueur des élections en 2006 et 2011.

Né en 1971 sur le territoire de Fizi, dans le Sud-Kivu, Joseph Kabila devient président de la République en janvier 2001, après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré. Il signe après deux ans un accord de paix qui met fin à la guerre civile et s’impose en maître absolu du pays continent.

Son armée, un patchwork d’anciens groupes rebelles, n’est pas efficace. Mais il jouit de la protection de la puissante garde présidentielle.

Son "règne" n’a pas changé grand-chose à l’ordinaire des Congolais. Certes, le PIB du pays a triplé et il affiche une croissance de 6%. Mais le partage des richesses ne suit pas. Les routes ne sont pas asphaltées, les villes sont surpeuplées et polluées, les villages n’ont aucune infrastructure et presque pas d’électricité. Les écoles, dernier héritage de la colonisation belge, transmettent le mieux possible un savoir qui ne mène pas loin dans un pays où une personne sur deux est au chômage.

Pourtant, le sol du Congo regorge de richesses: 10% des réserves d’or et de cuivre de la planète, un tiers du cobalt et la plus grande partie des minerais indispensables à l’industrie de l’électronique.

Cette manne attise la convoitise. Depuis 20 ans, l’est du Congo, riche en ressources minières, est le théâtre de massacres, de viols réguliers et d’une guerre d’usure menée par des rebelles, des "seigneurs de guerre" locaux et des troupes venant du Burundi et du Rwanda. Leur motivation? Les mines et la guerre ethnique.

L’empire de la prédation

Joseph Kabila était soupçonné de drainer une partie de ces richesses. Une enquête approfondie de l’agence financière Bloomberg, diffusée la semaine dernière, dévoile la réalité. De la kleptocratie à la sauce Mobutu, le Congo est devenu un empire de prédateurs.

La famille Kabila détient des participations dans 70 sociétés, où ses membres sont le plus souvent majoritaires. Ces entreprises sont actives dans tous les secteurs (banque, agriculture, extraction, tourisme, transport, construction, boîte de nuit…). Ils détiennent 120 permis d’extraction d’or, de diamants, de cuivre ou de cobalt en RDC.

En vertu de la Constitution, Joseph Kabila ne peut faire des affaires. Qu’à cela ne tienne, les sociétés sont détenues par sa femme, ses deux enfants et ses huit frères et sœurs. Le nom de Joseph Kabila figure tout de même dans deux sociétés qui exploitent 700 km de terrain diamantifère le long de la frontière de l’Angola.

En bref

L'exilé

Durant le "règne" de Mobutu Seseko, ennemi juré de Laurent-Désiré Kabila, Joseph est envoyé en Tanzanie, où il passera sa jeunesse sous le nom d’Hippolyte Kabange Mtwale pour des raisons de sécurité.

Le guerrier

Il arrête ses études de droit pour rejoindre son père en 1996, lors de la guerre civile. Il est formé à l’art de la guerre par James Kabarebe, le chef d’Etat-major de l’armée rwandaise et ancien aide de camp de Paul Kagame. Plus tard, il réussira à expulser les troupes étrangères présentes au Congo.

Le frère

Sa famille, et en particulier sa sœur Janet, dirige une galaxie de 70 sociétés congolaises. Janet, par exemple, est à la tête d’une entreprise de cobalt et de cuivre qui génère des centaines de millions de dollars, selon l’enquête de Bloomberg.

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