Les regrets du roi Philippe, la main tendue de Tshisekedi

Après les "regrets" du roi Philippe sur le passé colonial de la Belgique au Congo, le président de RDC, Félix Tshisekedi, a appelé son pays à "bâtir une relation harmonieuse avec la Belgique". ©AFP

Le roi Philippe et le président Tshisekedi ont ouvert la voie à un partenariat plus étroit entre la Belgique et le Congo, à l'occasion des 60 ans de l'indépendance de l'ancienne colonie belge.

Les regrets du roi Philippe. Les intentions amicales du président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi. C'est ce qu'il restera des échanges entre la Belgique et la RDC, une fois retombées les poussières de la célébration des 60 ans de l'indépendance du Congo. Un regard franc, avec les distances de circonstance. Sans la pandémie de Covid-19, les autorités belges et congolaises auraient dû fêter ensemble cette date clé. Le Roi devait se rendre à Kinshasa, avec la Première ministre Sophie Wilmès. Le président Tshisekedi avait promis à son peuple des cérémonies fastes. La fête a été réduite à une portion congrue, une "méditation", comme l'a appelé le gouvernement congolais.

Les Congolais n'avaient pas le cœur à la fête. L'économie du pays, ravagée, ne décolle pas depuis des décennies alors que ses richesses sont exploitées sans retour par des puissances étrangères, Chine et États-Unis en tête. Le président Tshisekedi, en quête de partenariats solides, a tendu la main à la Belgique lors de son allocution.

"Le plus important pour l’avenir, c’est de bâtir des relations harmonieuses
avec la Belgique", a dit Félix Tshisekedi, "parce qu’au-delà des stigmates de l’histoire, les deux peuples ont su construire une relation forte que j’ai pu vivre personnellement lors de mon exil en Belgique, mon autre Congo." Ces mots sont venus comme une réplique à la lettre adressée par le roi des Belges au peuple congolais.

"Le plus important pour l’avenir, c’est de bâtir des relations harmonieuses avec la Belgique."
Félix Tshisekedi
Président de la République démocratique du Congo

Les regrets de la Belgique

"À l'époque de l'État indépendant du Congo des actes de violence et de cruauté ont été commis", a reconnu le Roi. "La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd'hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés."

"Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd'hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés."
Le roi Philippe

Les regrets, historiques, du Souverain sont un geste fort. La relation pacifiée, un travail historique devra être fait. "L'heure est venue pour la Belgique d'entamer un parcours de recherche, de vérité, de mémoire" et de "reconnaître la souffrance de l'autre", a indiqué Sophie Wilmès lors d'une cérémonie à Bruxelles.

"L'heure est venue pour la Belgique d'entamer un parcours de recherche, de vérité, de mémoire."
Sophie Wilmès
Première ministre belge

Certains au Congo veulent aller plus loin. Le camp de l'ancien président, Joseph Kabila, souhaite que les regrets se traduisent par une réparation, des dommages et intérêts et des investissements.

Tensions politiques en RDC

En attendant, Félix Tshisekedi est dans une situation politique difficile. Le clan Kabila, majoritaire au gouvernement et au parlement, tient les commandes du pays. Il n'est pas impossible que le président congolais cherche à rebattre les cartes électorales, du moins est-ce une option sérieusement envisagée, pour laquelle il a besoin de soutien des Belges et des Européens. À cette fin, le président pourrait effectuer une visite en Belgique d'ici quelques mois. "Les tensions entre l'ancien président et Félix Tshisekedi, ont atteint un niveau difficilement soutenable", explique Baraka Kabemba, associé chez Ersnt & Young en RDC, "l'entourage du président Tshisekedi le pousse à aller au clash, ce qui pourrait se traduire par une dissolution de l'Assemblée. Mais pour organiser des élections, il faut de l'argent".

"On ne peut pas effacer le passé, il faut reconnaître notre histoire. Mais il y a aujourd'hui une opportunité de se dépasser, de créer un partenariat fort."
Baraka Kabemba
Associé chez Ersnt & Young en RDC

Pour Baraka Kabemba, le discours du président Tshisekedi et les regrets du roi Philippe sont "positifs pour les deux pays". "On ne peut pas effacer le passé, il faut reconnaître notre histoire. Mais il y a aujourd'hui une opportunité de se dépasser, de créer un partenariat fort. La question est de savoir si la Belgique a la capacité de le faire au Congo et d'entrer en concurrence avec la Chine et les Etats-Unis."

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