interview

Mukwege: "J'appelle le peuple congolais à se mettre debout"

©Thierry Michel

Le docteur Mukwege était ce lundi à Bruxelles pour appeler les Congolais à se dresser contre le président Kabila pour mettre en place une "transition citoyenne". "L'homme qui répare les femmes" sort de son silence, à six mois d'élections auxquelles ils ne croit pas.

Le visage buriné par la fatigue, mais les yeux brillants et l’esprit vif, le docteur Denis Mukwege était lundi à Bruxelles pour appeler le peuple Congolais à imposer "une transition sans Kabila". Il ne croit pas en l’organisation d’élections, prévues par le pouvoir d’ici la fin de l’année, alors que la RDC s’enfonce dans une crise humanitaire et politique majeure.

"Par quel miracle ce gouvernement qui a spolié son peuple et bradé ses terres à des prédateurs va-t-il organiser des élections en six mois?"
Denis Mukwege

"Par quel miracle ce gouvernement qui a spolié son peuple et bradé ses terres à des prédateurs va-t-il organiser des élections en six mois?", a-t-il dit lors d'un entretien au Press Club Brussels, "nous avons besoin d’élections libres et transparentes. Il est nécessaire d’avoir des élections citoyennes sans Kabila. J’appelle le peuple congolais à se mettre debout comme un seul homme".

Sa visite en Belgique s’est faite sous protection. Le docteur, qui a échappé à une tentative d’assassinat en 2012, reçoit régulièrement des menaces de mort. "Mieux vaut mourir debout que mourir à genoux. C’est tout les jours que les Congolais se font massacrer", dit-il.

©Photo News

En vingt ans de pouvoir du "clan Kabila", "je constate que la situation humanitaire n’a jamais été pire au Congo", dénonce le Dr Mukwege. Près de huit millions de Congolais souffrent de malnutrition, selon les données de l’ONU, alors que les massacres se poursuivent, dans les provinces du Kivu et du Kasaï, dans l’indifférence de l’Occident.

Le gynécologue, connu comme "l’homme qui répare les femmes", est sorti de son hôpital de Panzi, où il vit retranché sous la protection de la police des Nations unies, pour mobiliser les Congolais. Il a vu assez d’atrocités et sort de sa réserve. "Au Sud Kivu, des femmes sont violées chaque jour. Au Nord Kivu, on torture, on viole, on décapite dans un silence total", dit-il, "en 30 ans, la crise humanitaire n’a jamais été aussi grave".

Rétablir l’ordre constitutionnel

Le Dr Mukwege, détenteur du prix Sakharov, se rend en Europe, aux Etats-Unis et dans les pays d’Afrique accompagné de professeurs d’université pour dénoncer le caractère "illégitime" du pouvoir congolais, qui reporte depuis 2 ans les élections présidentielles. Tous appellent à "lutter pour le retour à l’ordre constitutionnel", en passant par une période de transition durant laquelle le pays serait dirigé par une équipe qui disparaîtrait ensuite.

"La cause de la crise est dans le nom de la République démocratique du Congo. La RDC n’est pas démocratique", affirme le professeur de droit constitutionnel André Mbata, "depuis l’indépendance, des individus ont capturé l’État (…) Ce régime n’aurait pas survécu s’il n’avait pas la complicité de certaines puissances et de sociétés multinationales".

Soulèvement populaire

"Tout est dans l’article 64, qui autorise le peuple congolais à s’opposer à celui ou ceux qui prennent le pouvoir illégalement"
André Mbata
Professeur de droit constitutionnel

Cet intellectuel engagé, qui dénonce la "monarchisation" du pouvoir, invoque comme remède la Constitution congolaise qui justifie un "soulèvement populaire" en cas de nécessité. "Tout est dans l’article 64, qui autorise le peuple congolais à s’opposer à celui ou ceux qui prennent le pouvoir illégalement", lâche-t-il.

André Mbata a, lui aussi, échappé à une tentative d’assassinat. Cela ne l’empêche en rien de contester la légitimé des autorités de la RDC chargées d’organiser les élections. "La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) fait partie de la majorité présidentielle. Elle n’est pas indépendante", dénonce-t-il, "la Cour constitutionnelle chargée de valider les élections n’est pas, non plus, indépendante".

Alphonse Maindo, professeur en sciences politiques, estime que "les élections prévues pour le 23 décembre de cette année sont improbables car les conditions ne sont pas réunies".

"Si le peuple se lève, rien ne peut l'arrêter"
Alphonse Maindo
Professeur en sciences politiques

"Ce que je vois aujourd’hui date de cent ans. Je vois des jeunes traverser chaque jour le désert pour partie en esclavage et cela me fait mal", dit-il, "des jeunes qui viennent mourir dans les océans, préférant l’esclavage au lieu de mourir dans la médiocrité". Lui aussi appelle les Congolais à réagir. "Si le peuple se lève, rien ne peut l'arrêter."

©AFP

Pour le docteur Mukwege, "seules des élections libres et transparentes peuvent commencer à mettre fin à la crise politique en cours ainsi qu’à la violence et à la crise humanitaire"

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