Brésil: des dizaines de milliers de manifestants contre Dilma Rousseff

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Une grande manifestation a eu lieu dimanche dans de nombreuses villes du Brésil pour réclamer la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Celle-ci a exclu mercredi de quitter ses fonctions malgré la pression de l'opposition et une cote de popularité au plus bas. En cause: une économie en berne et un vaste scandale de corruption entourant la compagnie pétrolière publique Petrobras.

Des dizaines de milliers de Brésiliens ont manifesté dimanche pour réclamer de nouvelles élections ou la destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff, embourbée dans une triple crise économique, politique et de corruption.

Les organisateurs - des mouvements citoyens de droite soutenus par une partie de l'opposition - ont appelé à manifester dans plus de 200 villes du géant émergent d'Amérique latine. Ils espéraient mobiliser autant que lors des journées de protestations similaires de mars (au moins un million de manifestants) et avril (600.000).

Mais en début d'après-midi, la mobilisation semblait moindre. Les manifestants étaient entre 137.000 (police) et 225.000 (organisateurs), selon des décomptes provisoires qui allaient enfler dans la journée, notamment avec la manifestation de Sao Paulo, fief de l'opposition et ville la plus peuplée du pays avec 11 millions d'habitants. Souvent vêtus du maillot vert et jaune de la "Seleçao" de football, les anti-gouvernement ont protesté dès le matin dans la capitale Brasilia (centre), à Belo Horizonte (sud-est), Recife (nord-est), Salvador de Bahia (nord-est) ou Belem (nord). Arborant des pancartes portant les inscriptions "Dehors Dilma!" et "Non à la corruption!", au moins 25.000 personnes ont défilé à Brasilia, entre l'Esplanade des ministères et le Congrès des députés.

A Rio de Janeiro, qui accueillera dans un an les Jeux Olympiques, le parcours de l'épreuve test de cyclisme a été en partie modifié pour permettre une manifestation le long de la plage de Copacabana.

Le président du Parti social démocrate brésilien (PSDB) et rival malheureux de Mme Rousseff à la présidentielle de 2014, Aecio Neves, a pour la première fois appelé ses militants à se joindre aux cortèges. "Assez de tant de corruption, mon parti est le Brésil", a déclaré M. Neves, en participant à la manifestation de Belo Horizonte, dans son Etat de Minas.

Mme Rousseff, 64 ans, qui a entamé son deuxième mandat en janvier après une difficile réélection fin octobre, a vu en quelques mois sa popularité chuter brutalement à un niveau historiquement bas de 8 %. Elle est confrontée à une triple tempête: la récession économique qui l'a conduite à adopter des mesures d'austérité impopulaires; les révélations dévastatrices du scandale de corruption autour du géant public pétrolier Petrobras qui éclabousse son Parti des travailleurs (PT) et d'autres partis alliés; enfin, une crise politique aiguë qui menace de faire voler en éclats sa fragile majorité parlementaire.

L'ex-guerillera torturée sous la dictature militaire a récemment affirmé qu'elle ne cèderait "ni aux pressions ni aux menaces", rappelant qu'elle tenait sa légitimité du vote populaire.

Mme Rousseff est sous la menace potentielle de deux procédures. Même si la plupart des juristes estiment que les conditions ne sont pas réunies pour entraîner sa chute.

Le Tribunal des comptes de l'Union (TCU) doit juger prochainement si son gouvernement a enfreint la loi en 2014 en faisant payer aux banques publiques des dépenses incombant à l'Etat. Une décision négative pourrait entraîner le lancement d'une procédure de destitution.

Celle-ci n'aboutirait que si elle recueillait les votes de deux tiers des députés. Dans ce cas, c'est le vice-président Michel Temer, président du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) qui assumerait le pouvoir jusqu'aux prochaines élections en 2018.

Le Tribunal suprême électoral devra lui déterminer si les comptes de campagne de la présidente ont été contaminés par de l'argent détourné de Petrobras. Cela pourrait entraîner en théorie l'annulation des élections de 2014 et la convocation d'un nouveau scrutin.

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