La future présidente bolivienne par interim va convoquer des élections après la démission d'Evo Morales

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Le président bolivien Evo Morales a annoncé dimanche sa démission après trois semaines de vives protestations contre sa réélection à un quatrième mandat, l'armée, la police et l'opposition réclamant son départ. La future présidente par intérim a ensuite annoncé la convocation d'une élection présidentielle.

"Je renonce à mon poste de président", a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, au terme d'une journée marquée par de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ainsi que des démissions en série de ministres et députés. "Le coup d'Etat a eu lieu", a ajouté, à ses côtés, le vice-président Alvaro Garcia Linera, qui a aussi démissionné.

Peu avant, le commandant en chef de l'armée, le général Williams Kaliman, avait demandé au chef de l'Etat de "renoncer à son mandat présidentiel afin de permettre la pacification et le maintien de la stabilité, pour le bien de notre Bolivie". "Nous nous joignons à l'appel du peuple bolivien de suggérer à monsieur le président Evo Morales de présenter sa démission pour pacifier le peuple de Bolivie", avait également annoncé le commandant général de la police, le général Vladimir Yuri Calderon.

"Je crois que la population demande en criant que nous ayons un président élu le 22 janvier."
Jeanine Añez
Deuxième vice-présidente du Sénat bolivien

La deuxième vice-présidente du Sénat bolivien, l'opposante Jeanine Añez, appelée en vertu de la Constitution à succéder au poste de chef de l'Etat à Evo Morales après sa démission, a annoncé quelques heures plus tard la prochaine convocation d'une élection présidentielle afin que "le 22 janvier nous ayons un président élu". "Nous allons convoquer des élections avec des personnalités qualifiées qui vont conduire le processus électoral afin de refléter ce que veulent tous les Boliviens", a-t-elle déclaré à son arrivée au Parlement.

Les successeurs prévus par la Constitution en cas de départ du président ont en effet tous démissionné avec lui: le vice-président Alvaro Garcia, la présidente et le vice-président du Sénat et le président de la Chambre des députés. "Nous avons déjà un calendrier. Je crois que la population demande en criant que nous ayons un président élu le 22 janvier", a-t-elle ajouté, évoquant la date prévue, avant la crise, de la prise de ses fonctions par le prochain président de Bolivie.

Cette sénatrice de 52 ans, membre du parti d'opposition Unidad Democratica, n'a pas caché son émotion en appelant à la fin des violences. "Vous allez m'excuser, mais je suis émue (...) Je vous demande, pour l'amour de Dieu de mettre fin à cette violence. Nous voulons seulement la démocratie, nous voulons seulement la liberté", a ajouté Jeanine Añez.

De son côté, le président démissionnaire a demandé l'asile au Mexique, qui a accepté. C'est ce qu'a annoncé ce lundi dans la soirée le ministre mexicain des Affaires étrangères.

Grève générale

Accompagné par la foule, Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l'opposition, s'était rendu au siège du gouvernement à La Paz pour y remettre symboliquement une lettre de démission à signer par Evo Morales, ainsi qu'un exemplaire de la Bible.

La crise politique s'était accélérée brutalement dimanche dans le pays andin, où grève générale et manifestations paralysent l'activité depuis une dizaine de jours, dans un climat de violence et d'affrontements entre les deux camps. En trois semaines, la vague de contestation a fait trois morts et 383 blessés.

L'annonce dans la matinée par le président d'un nouveau scrutin - une option qu'il rejetait jusque-là - visait à "pacifier la Bolivie" mais n'a pas réussi à apporter le calme. L'armée a ordonné "des opérations militaires aériennes et terrestres pour neutraliser les groupes armés qui agissent en dehors de la loi", a indiqué le général Kaliman, en référence à des attaques violentes contre des bus de manifestants de l'opposition qui se rendaient à La Paz.

Démissions en série

Visé par des manifestants qui ont incendié sa maison à Potosi (sud-ouest), le président de l'Assemblée nationale, Victor Borda, a démissionné, imité selon la télévision bolivienne par une dizaine de députés. Peu après, le ministre des Mines, César Navarro, a également renoncé à son poste, disant vouloir "préserver (sa) famille" après l'incendie de sa maison et l'agression de son neveu. "Le cours des événements va à l'encontre de mes principes personnels, ainsi que de mes valeurs spirituelles et démocratiques", a aussi écrit le ministre des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, dans sa lettre de démission publiée sur Twitter.

Durant la journée, plusieurs dirigeants de l'opposition avaient exhorté le chef de l'Etat à lui aussi démissionner. "S'il lui reste une once de patriotisme il devrait se retirer", avait plaidé le centriste Carlos Mesa, candidat malheureux au premier tour de la présidentielle du 20 octobre. "Evo Morales a brisé l'ordre constitutionnel et doit démissionner", avait renchéri Luis Fernando Camacho.

Le président avait promis de "renouveler l'ensemble des membres du Tribunal électoral suprême (TSE)", puis "convoqu(er) de nouvelles élections", sans spécifier la date de ce nouveau scrutin, ni s'il s'y représenterait.

Sept membres du TSE poursuivis

L'Organisation des Etats américains (OEA) avait demandé dimanche matin l'annulation du scrutin, entaché d'irrégularités selon elle. Elle appelait aussi à la convocation d'un nouveau scrutin avec comme garantie nécessaire "la composition d'un nouvel organe électoral", par allusion au TSE, dont sept membres ont été visés dimanche par des poursuites du parquet pour participation présumée aux irrégularités.

Le scrutin du 20 octobre avait abouti à la réélection d'Evo Morales pour un quatrième mandat jusqu'en 2025, une option pourtant rejetée par la population lors d'un référendum en février 2016. Son score annoncé par le TSE, dépassant de plus de 10 points celui de Carlos Mesa, avait aussitôt été qualifié de frauduleux par l'opposition.

Les signes d'aggravation de la situation se multipliaient ces derniers jours, avec des mutineries d'unités policières dans plusieurs régions du pays et l'occupation de médias d'Etat par des manifestants. Evo Morales avait encore lancé samedi un appel au dialogue, rejeté aussitôt par l'opposition, tandis que Cuba lui exprimait son soutien face à "l'aventure putschiste de l'impérialisme et de l'oligarchie".

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