Le procès historique de la présidente brésilienne Dilma Rousseff touche à sa fin

©AFP

Dilma Rousseff devrait être fixée sur son sort demain. La présidente brésilienne risque la destitution, accusée de maquillage des comptes publics et autres corruptions. Retour sur un procès historique.

Presque six années déjà se sont écoulées depuis l'élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil. Mais voilà que deux ans seulement après sa difficile réélection en octobre 2014, la présidente issue du Parti des Travailleurs se retrouve dans l'incertitude face à son avenir à la tête du pays. La "dame de fer", surnom attribué à Rousseff par de nombreux médias brésiliens, faisant l'objet d'un procès de destitution, sera fixée sur son sort demain suite au vote historique du Sénat. 

Aux origines du procès 

Rousseff est au coeur de plusieurs scandales. On se souvient de l'affaire Petrobras qui avait porté un coup énorme à la popularité de la présidente qui était alors accusée d'avoir versé des pots-de-vin pour l'obtention de contrats auprès du géant pétrolier brésilien. Bien que l'affaire ait éclaboussé l'entièreté de la classe politique brésilienne, ce n'est pas cette dernière qui vaut à la présidente aujourd'hui une possible destitution. 

©AFP

La "dame de fer" est accusée de maquillage des comptes publics et d'avoir engagé des dépenses sans l'approbation du Congrès. Dilma Rousseff aurait en effet violé la Constitution en manipulant les comptes publics pour dissimuler l'ampleur du déficit budgétaire en vue de favoriser sa réélection de 2014. Un rapport est d'ailleurs venu confirmer cela en ce début de mois, motivant les sénateurs à bel et bien soumettre la présidente du Brésil à un procès de destitution. Pourtant, les faits pour lesquelles Rousseff est incriminée ont déjà été commis par nombre de ses prédécesseurs. Quoi qu'il en soit, le 17 avril dernier, la Chambre des députés du Brésil a ouvert un processus de mise en accusation de Dilma Rousseff, visant à terme à destituer cette dernière de la présidence du Brésil. Elle a dû peu après suspendre ses activités à la tête du pays, laissant son vice-président Michel Temer assurer l'intérim.

Les acteurs du procès 

  • Eduardo Cunha : Président de la Chambre des députés, c'est lui qui a lancé la procédure d'impeachement (de destitution) contre Rousseff, alors que 37 demandes de mise en accusation ont été déposées à la Chambre des députés jusqu'en septembre 2015. Le 7 juillet dernier, il annonçait sa démission de la présidence de l'Assemblée nationale en raison des soupçons de corruption qui planent autour de sa personne. On le soupçonne notamment d'avoir alimenté un compte secret en Suisse avec des pots-de-vin de plusieurs millions de reais. Beaucoup disaient également au moment où il a lancé la procédure de destitution envers Rousseff que l'homme défendait des intérêts personnels, mettant à l'abri sa personne contre des procédures judiciaires. La chambre a voté quoi qu'il en soit pour le processus de mise en accusation de Rousseff en avril dernier. 
©AFP

  • Le Sénat : Après un vote à la Chambre, c'est le Sénat qui a choisi de valider un rapport préconisant l'ouverture formelle d'un procès en destitution. C'est d'ailleurs ce sénat qui va décider demain de l'avenir de la présidente brésilienne. Il faudra obtenir le vote favorable des deux tiers de l'assemblée pour que la destituition de Dilma Rousseff ait réellement lieu. 
  • Michel Temerl'homme qui est lui-même éclaboussé par un scandale de corruption est depuis mai dernier à la tête du Brésil. Celui qui est colistier de Dilma Rousseff depuis 2011 s'est désolidarisé de cette dernière une fois devenu président. Son parti, le puissant Parti du mouvement démocratique brésilien, était pourtant le principal allié de Rousseff, valant à Temer la place convoitée de vice-président pendant toutes les années de cette dernière à la présidence. Il est désormais son plus fervent opposant, mobilisant les sénateurs à voter pour son impeachement
©AFP

  • Dilma Rousseff : La présidente a pris un rôle actif dans le procès, assurant elle-même sa défense. C'est ainsi que cette dernière a pris la parole lors de la dernière audience de son procès, utilisant comme élément principal de défense le fait que ses prédécesseurs avaient déjà, comme elle, maquillé les comptes publics pour dissimuler un déficit gênant. La "dame de fer" a également dénoncé un coup d'Etat orchestré par Michel Temer et la droite, appelant les sénateurs à voter contre l'impeachement et pour la démocratie.  

Conséquences pour le pays

Le Brésil plongé dans une importante crise économique pourrait, après 13 ans de gouvernance socialiste, se retrouver à nouveau entre les mains de la droite. Il s'agirait de Michel Temer, actuellement président en intérim, qui reprendrait les rênes du pays. L'homme issu du Parti du mouvement démocratique brésilien, autrefois allié de Roussef, est devenu son plus grand opposant et a déjà annoncé un grand plan d'austérité, appelant tous les sénateurs à le soutenir et donc à destituer la présidente.

©AFP

Mais l'homme ne fait pas l'unanimité, comme on a pu le voir lors de la cérémonie d'ouverture des JO durant laquelle Temer a été hué par le public. Le président par intérim est en effet lui-même impliqué dans le scandale de corruption Petrobras. Autant dire que quelle que soit l'issue du vote de ce mardi, le Brésil n'est pas prêt de voir disparaître la corruption qui semble ronger nombre de ses dirigeants. 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect