Lula a-t-il été empêché de revenir au pouvoir?

©EPA

Un site d'investigation américain accuse les procureurs chargés de l'enquête anticorruption "Lavage express" et l'ancien juge Sergio Moro, devenu entre-temps ministre de la Justice, d'avoir conspiré pour empêcher l'ancien président Lula de se représenter à la présidentielle de 2018.

Nouveau rebondissement au Brésil dans la vaste enquête anticorruption appelée "Lava Jato" (Lavage express) qui a conduit l'ancien président Lula derrière les barreaux.  L'actuel ministre brésilien de la Justice (et ancien juge au moment des faits), Sergio Moro et des procureurs fédéraux sont au coeur de révélations publiées par le site américain The Intercept et qui soulèvent des questions sur l'impartialité de la Justice brésilienne. 

The Intercept, site fondé par le journaliste Glenn Greenwald (celui qui avait publié les révélations d'Edward Snowden sur les programmes de surveillance de la NSA), a eu accès à un grand volume de messages privés échangés entre Moro et les procureurs fédéraux via la messagerie cryptée Telegram. Les extraits, publiés dimanche, incluent des échanges au cours desquels Sergio Moro fait des suggestions aux procureurs sur l'objet, le rythme et le déroulement des enquêtes.  

Lula bientôt libre? 

Malgré son passage par la case prison, Luiz Inácio Lula da Silva est resté une icône de la gauche brésilienne et de surcroît l'une des figures de l'opposition les plus influentes du pays. Les avocats de l'ancien président Lula ont demandé à la Cour suprême sa libération et ont invoqué ces informations pour faire annuler sa condamnation

Pour Sergio Moro, les messages diffusés jusqu'à présent ne montrent aucune conduite inappropriée de sa part. "Concernant le contenu des messages qui me citent, il n'y a aucun signe d'anomalie ou de pilotage des actions en tant que magistrat, malgré le fait qu'ils aient été sortis de leur contexte", a expliqué le garde des Sceaux dans un communiqué. Il a également reproché à The Intercept de ne pas nommer "la personne responsable de l'intrusion criminelle dans les téléphones portables des procureurs."

L'ex-juge Sergio Moro, qui a condamné Lula en première instance en 2017, et qui a été nommé ministre de la Justice et de la Sécurité publique en janvier par le président d'extrême droite Jair Bolsonaro. ©AFP

Avant de devenir ministre de la Justice en janvier, Moro dirigeait la plus vaste enquête au Brésil contre la corruption, l'opération "Lava Jato", appelée aussi scandale Petrobras, centrée sur des entreprises du BTP qui ont arrosé de pots-de-vin des responsables politiques et d'anciens cadres d'entreprises nationales en échange de contrats avec la compagnie pétrolière nationale Petrobras et avec d'autres sociétés.

Campagne présidentielle de 2018

L'ex-président Lula, déclaré inéligible, n'avait pu se présenter à la présidentielle d'octobre remportée par le candidat d'extrême droite, Jair Bolsonaro. Certains extraits publiés par The Intercept montrent les procureurs discuter de la manière d'empêcher les journalistes d'interviewer Lula en prison pendant la campagne présidentielle de l'an dernier.

Un message attribué à la procureure Laura Tessler laisse entendre qu'une telle interview aurait pu aider Lula à remplacer le candidat du Parti des travailleurs (PT). L'équipe des procureurs fédéraux citée dans les messages a également réagi aux informations du site américain, estimant avoir bien agi tout au long de l'enquête. Dans un communiqué, ces procureurs considèrent avoir été la cible d'un piratage informatique, ajoutant qu'ils craignaient que des messages ne soient sortis de leur contexte et éventuellement falsifiés.

Un porte-parole de Jair Bolsonaro a indiqué, pour sa part, que le président n'avait pas encore discuté des révélations avec Sergio Moro et qu'il voulait d'abord le faire avant de prendre toute décision. 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect