En Chine, le pari risqué de Xi Jinping

©AFP

En changeant la Constitution pour lui permettre de rester président au-delà de deux mandats consécutifs, Xi Jinping prend le risque de bousculer la tradition.

L’annonce a pris tout le monde de court. Sur les réseaux sociaux, telle une traînée de poudre, les mots Empereur et Xi Jinping se sont mariés dans des commentaires inquiets. "Que se passe-t-il pour que le Président change ainsi les règles du jeu?", se demande un internaute; "depuis Mao Zedong, nous n’avions pas vu cela", lui répond un autre. Dans les médias officiels en revanche, on fait profil bas tant il est vrai que remettre en question une décision de Xi Jinping est devenu impossible.

Depuis son accession au pouvoir en 2013, le président Xi s’est imposé comme l’homme le plus puissant en Chine depuis un quart de siècle. On le surnommait "l’Empereur rouge", aujourd’hui il l’est vraiment devenu, concentrant entre ses mains tous les pouvoirs: la politique, l’armée et le parti.

Aucune raison donc pour ne pas en profiter encore quelques années quitte à bousculer une tradition qui voulait que le Président chinois ne soit au pouvoir que pour deux mandats. Xi Jinping a changé la Constitution, lui permettant désormais de rester au pouvoir au-delà de 2023.

Lors du XIXe Congrès du Parti communiste chinois, à l’automne dernier, Xi Jinping avait promis: 2018 verra le début d’une nouvelle ère. Une page en effet se tourne avec cette décision qui symbolise la toute-puissance d’un homme désormais seul capitaine de la deuxième économie mondiale.

Un vrai dur

Car sous ses airs bonhommes, Xi Jinping est un vrai dur. Après avoir liquidé tous ses opposants sous couvert d’une lutte impitoyable contre la corruption, qui a puni plus de 1,5 million de cadres du Parti communiste, après avoir changé la totalité des généraux du pays et réformé l’armée de libération nationale en profondeur, il a imposé ses lieutenants à la tête des provinces, des ministères et des grandes entreprises. Fini le sacro-saint jeu de go qui voulait que le bureau politique soit le véritable gouvernement de la Chine et le résultat d’un équilibre des forces.

Désormais il n’y a plus qu’un seul patron. Xi a également durci la répression de la société civile, lancé une vaste campagne anti-occidentale dans les médias, les universités et sur internet, et fait adopter une "pensée" à son nom dans la charte du Parti. Un quasi-culte de la persoréformennalité qui rappelle les heures sombres du maoïsme.

En restant au pouvoir au-delà de 2023, il entend ainsi mener à bien son programme pour la Chine: assurer sa "renaissance", en en faisant un pays développé doté d’une influence mondiale, d’une société prospère, et d’une armée puissante. Voilà pour les grands mots qui enflamment les nationalistes chinois – et ils sont nombreux. Les mots "puissant", "moderne" et "beau" sont désormais systématiquement utilisés dans les discours de propagande du régime communiste.

Des mécontents dans l’ombre

Mais ce coup d’État constitutionnel est aussi un pari risqué. Car nul ne connaît l’ampleur des oppositions à Xi. Qui dans l’ombre veut éliminer celui qui a bousculé tant de cadres confortablement installés au sommet de certaines provinces, voire au sommet de l’État? Les rumeurs les plus folles ont un temps couru à Pékin: tentative d’assassinat, coup d’État militaire… Nul ne sait ce qui se passe vraiment derrière les murs de la Cité interdite, qui n’aura jamais si bien porté son nom.

Cette annonce en tout cas a cueilli tous les Chinois de retour cette semaine des congés de la fête du printemps. Le 5 mars, le Parlement va se réunir pour accorder un deuxième mandat à Xi Jinping et abolir officiellement la limite des dix ans. Certains comparent déjà ironiquement la Chine à la Corée du Nord ou à la Russie de Poutine, avec les incertitudes que cela suppose. "Le risque pour lui, c’est une forme de rébellion de l’élite politique. Car celle-ci sera dans une situation périlleuse après cette réforme, sans véritable partage du pouvoir", conclut Susan Shirk, spécialiste de la Chine à l’université de Californie à San Diego.

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