La croissance chinoise peut dire merci à l'immobilier

©Bloomberg

La Chine a vu la croissance de son PIB grimper à 6,9% au premier trimestre, portée par un boom des investissements dans l'immobilier et les infrastructures. De quoi apporter un répit précaire au géant asiatique, hanté par l'envolée persistante de sa dette.

Sur papier, l'économie de l'empire du Milieu se porte bien. Le PIB de la deuxième économie mondiale continue de croître à un rythme soutenu. Au premier trimestre 2017, la croissance chinoise s'affichait à 6,9% sur un an, un rythme légèrement supérieur aux attentes, les analystes anticipant en moyenne une croissance de 6,8%. La croissance chinoise avait glissé à 6,7% en 2016, sa plus faible performance depuis 26 ans.

6,9%
C'est le rythme de croissance le plus soutenu enregistré par l'économie chinoise depuis le troisième trimestre de l'année 2015.

Avec un tel premier trimestre, on peut dire que le gouvernement chinois prend de l'avance sur son objectif annuel visant une croissance de 6,5% en 2017.

En rythme trimestriel, la croissance au premier trimestre 2017 est de 1,3%, à comparer avec une progression de 1,7% pour la période octobre-décembre 2016. Les économistes anticipaient un progrès trimestriel de 1,6%.

Quand le bâtiment va...

Le projet immobilier gigantesque du Central Business District, une "nouvelle zone économique" grande comme trois fois New York. ©REUTERS

La croissance de l'investissement immobilier a accéléré en début d'année, pour atteindre 9,1% au premier trimestre par rapport à la même période de 2016, stimulée par les constructions neuves. 

Les investissements dans les infrastructures, eux, se sont envolés de 23,5% sur un an en janvier-mars. En témoigne, le monumental projet aux portes de Pékin d'une "nouvelle zone économique" grande comme ... trois fois New York.

"Le gouvernement tend à se reposer sur le développement des infrastructures pour soutenir la croissance à plus long terme et créer de la demande intérieure."
Raymond Yeung
Analyste - banque ANZ

La poursuite de la bulle immobilière et l'accroissement assumé des dépenses d'infrastructures par l'Etat ont favorisé le développement tous azimuts des investissements en capital fixe, qui ont gonflé de 9,2% sur un an au premier trimestre, contre seulement +8,1% sur l'ensemble de 2016.

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En particulier, le secteur du bâtiment, pilier de l'économie, est aidé depuis l'an dernier par un crédit toujours bon marché, attirant épargnants et spéculateurs qui ont fait s'envoler les prix de la pierre et dopé l'activité manufacturière.

La dette chinoise fait peur

Ces bons indicateurs sont susceptibles de soutenir les marchés financiers mondiaux, mais ils nourrissent cependant les craintes que Pékin ne s'appuie sur des leviers de croissance peu soutenables et n'accumule les risques liés à la dette. De nombreux analystes anticipent un ralentissement de l'économie chinoise au cours de l'année, à mesure que l'effet des politiques de relance s'atténue et que les autorités locales durcissent leurs politiques de contrôle des prix immobiliers.

+260%
Le sursaut de l'économie chinois est alimenté par un rebond de la dette qui dépasse déjà 260% du PIB: si les prêts bancaires ont nettement reculé en mars, les crédits associés à la "finance de l'ombre" non régulée (ensemble de mécanismes de prêts entre entreprises et particuliers) se sont envolés à un niveau record.

Le gouvernement chinois peut toutefois toujours compter sur la consommation intérieure, celle-ci n'est pas en reste: les ventes de détail, baromètre de la consommation des ménages, ont progressé en mars de 10,9%, accélérant bien davantage qu'attendu après une hausse de 9,5% en janvier-février. "Une partie de cette croissance robuste se poursuivra probablement au deuxième trimestre. Mais au vu de l'accélération du crédit, il faut s'attendre à voir bientôt l'économie s'essouffler à nouveau", juge Julian Evans-Pritchard, de Capital Economics.

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D'un autre côté, tempère Larry Hu, analyste de Macquarie cité par Bloomberg, ces statistiques encourageantes "pourraient donner aux autorités la confiance" et une latitude accrues "pour durcir" leur politique monétaire et s'attaquer au désendettement.

La banque centrale a déjà commencé à remonter ses taux courts sur le marché monétaire, une manière de renchérir le coût du crédit.

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