Une nouvelle équipe pour gérer une économie chinoise hantée par la dette

Les nouveaux vice-premiers ministres (de g. à d.) Hu Chunhua, Han Zheng, Sun Chunlan et Liu He, juste avant de prêter serment devant la Constitution, à Pékin, le 19 mars. ©REUTERS

Une nouvelle équipe a pris ses fonctions ce lundi à Pékin. Objectif: donner un nouvel élan à l’économie chinoise, mais surtout éviter une crise de la dette.

Seul capitaine à bord du paquebot chinois, Xi Jinping veut à tout prix éviter le naufrage. Le danger ne vient sans doute pas d’une opposition politique inexistante, ni d’une société muselée, ni même des rodomontades américaines en mer de Chine. Non, le véritable danger est celui d’une crise économique. Le Parti communiste a construit sa seule légitimité sur la croissance et pour Xi Jinping, la crise est donc son seul adversaire.

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Hors secteur financier, l’endettement chinois atteint déjà 260% du produit intérieur brut.

Car l’économie chinoise connaît un excès d’embonpoint. Les années de croissance à deux chiffres sont derrière elle, laissant des pans entiers de l’économie obsolètes. L’industrie souffre de surproduction et des centaines de millions d’ouvriers se retrouvent au chômage faute de pouvoir écouler à l’étranger l’acier subventionné, le ciment ou le charbon… Le secteur immobilier est une bulle qui grossit de ne pouvoir absorber les liquidités d’une économie devenue trop riche et trop vite.

La dette, surtout, menace de faire basculer le pays dans la crise: hors secteur financier, l’endettement chinois atteint déjà 260% du produit intérieur brut. Il pourrait frôler les 300% en 2022, soit bien plus que le Japon et près deux fois plus que la Grèce. Intenable.

Liu He, le démineur

Pour éviter la crise et pour rassurer, Xi Jinping a donc pris le taureau par les cornes en nommant Liu He vice-Premier ministre. Ce brillant économiste diplômé d’Harvard a toujours marché dans l’ombre du Président. Aujourd’hui, il est dans la lumière et pilotera les réformes économiques de son mentor. A 66 ans, celui que la presse chinoise surnomme déjà le démineur pour sa capacité à éviter une explosion de la dette sera en première ligne pour mener les réformes qui doivent conduire à une croissance plus saine et plus équilibrée.

Mais manœuvrer le paquebot chinois n’est pas chose aisée. D’un côté, Liu He promet l’ouverture des marchés chinois et pourfend le protectionnisme. Mais de l’autre, le Président manie dans l’ombre les mesures de rétorsion, les contrôles sur les investissements à la fois des entreprises étrangères en Chine mais aussi des entreprises chinoises à l’étranger. Il va jusqu’à nationaliser de facto des multinationales comme Anbang, mettre en prison des patrons trop aventurier et surtout canaliser via le Conseil d’Etat tous les investissements à l’étranger.

La Chine n’est pas une économie ouverte et elle ne le sera sans doute jamais. C’est là le secret de la croissance chinoise: jouer sa propre partition sans jamais appliquer pleinement les règles de l’OMC. Le statut d’économie de marché appliqué à la Chine est une blague. Liu he aura surtout pour tâche de muscler l’efficacité de l’économie chinoise tout en restant dans les clous du régime communiste. Son plus gros défi sera surtout de contrôler la dette mais l’homme connaît bien le sujet. Il est l’auteur d’un ouvrage comparant les crises de 1929 et 2008 aux Etats-Unis, une question qui le hante, selon ses proches, et qui devrait ne plus le quitter.

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