Doit-on craindre un "subprime automobile"?

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Un quart des prêts auto ont été souscrits par des ménages américains peu solvables. Mais le taux de défaillance reste encore faible et l’encours total des prêts auto est limité par rapport à la dette globale des ménages. Et en Belgique?

La Fed de New York a dressé sur son blog un constat quelque peu interpellant: les ménages américains sont très endettés (13.000 milliards de dollars de dette cumulée) mais, surtout, les prêts auto accordés aux ménages les moins solvables sont à surveiller. Il semble que les Américains ont de plus en plus de mal à rembourser leurs prêts auto.

Voilà qui rappelle furieusement le scénario qui a mené à la crise financière de 2007-2008, avec la crise des subprimes dans l’immobilier.

→ Doit-on dès lors craindre un "subprime automobile"?

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En 2008, la dette des ménages s’élevait à 12.675 milliards de dollars. Si la Fed s’abstient pour l’heure de tirer la sonnette d’alarme, c’est en raison de la bonne qualité du crédit immobilier, qui représente toujours – et de loin – l’essentiel de l’encours avec 8.740 milliards de dollars. Les prêts auto, eux, représentent 1.200 milliards de dollars, dont un quart sont des prêts subprime, c’est-à-dire accordés à des consommateurs peu solvables. Autrement dit, il y a là 300 milliards de dollars de créances potentiellement problématiques. D’autant que le collatéral est faible, puisqu’une voiture perd très rapidement de sa valeur.

Faut-il s’en inquiéter? Nous avons posé la question à Philippe Ledent, économiste chez ING, qui se veut plutôt rassurant. Et ce pour trois raisons, selon lui.

• Premièrement, le taux de défaut sur les prêts auto reste pour l’heure relativement faible. "Le taux de défaut est de 0,7% par mois et on n’observe pas de forte hausse de ce côté-là. Ce n’est pas le cas des prêts étudiants, qui pèsent 1.300 milliards de dollars et où le taux de défaut est de 2,3% alors que la moyenne historique est de 1,5%. Pour qu’on assiste à un ébranlement de la confiance à l’égard des prêts auto, il faudrait qu’on soit en présence de taux de défaillance de 50 ou 60%."

• Deuxième motif pour ne pas trop s’inquiéter, "le poids des prêts auto n’est pas prépondérant dans l’endettement global des ménages, à peine 10%". Sur 13.000 milliards de dollars de dette cumulée des ménages, 1.200 milliards sont des prêts auto.

• Troisièmement enfin, pour qu’il y ait une réédition du cataclysme de 2007-2008, il faudrait que ces crédits soient titrisés et distribués à travers le monde. "Ce n’est manifestement pas le cas", constate Philippe Ledent, qui se dit par ailleurs "davantage préoccupé par l’endettement des entreprises aux Etats-Unis".

Et en Belgique?

Chez nous, les prêts auto, ainsi que l’octroi du crédit à la consommation en général, sont beaucoup plus réglementés qu’aux Etats-Unis. "Nous ne sommes pas dans une dynamique où chaque concessionnaire agit également en tant que courtier", rassure Philippe Ledent. "A cela s’ajoute une conjoncture économique en Europe qui s’améliore. Nous ne sommes pas dans une dynamique de hausse des défaillances."

Une affirmation confirmée par les chiffres de Belgostat, qui montrent une stabilité des défauts sur les prêts à tempérament. En 2007, on dénombrait 5 millions de crédits en cours, dont 7.500 de défauts par mois. Aujourd’hui, dix ans après, on est à 9.000 défauts par mois, mais sur 8,2 millions de crédits en cours.

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