La Chine et la course aux étoiles

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La station spatiale chinoise Tiangong-1 s’est désintégrée lundi au-dessus du Pacifique Sud. Mais sa disparition ne signe pas, loin de là, la fin des ambitions spatiales de la Chine.

Depuis 60 ans, la Chine court après les étoiles. Le géant asiatique investit des milliards d'euros dans son programme spatial. Une fierté nationale et l’occasion de se hisser au rang de la Russie et surtout de son grand rival américain.

Liu Yang, première femme astronaute chinoise ©AFP

Lorsqu’il y a six ans, Liu Yang s’envola à bord du "Divin Vaisseau", son visage poupin, ses cheveux courts et son large sourire firent la une de tous les journaux chinois. Ce major de charme, pilote de chasse au sein de l’escadrille de Wuhan, fut la première femme taïkonaute – comme on appelle ici les cosmonautes. Depuis, plus rien n’arrête le régime. La Chine consacre des budgets faramineux à la conquête de l'espace et la disparition lundi de la station spatiale ne devrait rien changer à ses ambitions.

Ni la terre, ni le ciel ne sont une limite à la grandeur du pays.
Présentateur TV chinois

Liu Yang, Première femme astronaute chinoise ©REUTERS

Car depuis l’envolée lyrique de Liu Yang, la Chine a fait des pas de géant dans le cadre du programme "Longue Marche". Le programme doit son nom à l'épopée des communistes chinois fuyant les troupes nationalistes du Kuomintang dans les années 1930, qui avait consacré l'avènement de Mao Tsé-toung. En Chine, la propagande n’est jamais bien loin.

→ En décembre 2013, la Chine avait réussi à faire débarquer sur la lune un véhicule téléguidé nommé "Lapin de jade". Malheureusement plusieurs problèmes mécaniques ont mis un terme à sa mission.

→ Il y a trois ans, une fusée, baptisée Longue Marche 6, dotée d'un moteur à propergols liquides, a été lancée d'une base située dans la province septentrionale de Shanxi. Elle transportait 20 "micro" satellites. Une prouesse mondiale.

→ En 2016, Pékin lançait son deuxième module spatial, Tiangong-2 qui succéda au défunt Tiangong-1 qui a fini sa course lundi dans le Pacifique. Ce laboratoire est censé ouvrir la voie au déploiement, prévu en 2022, d'une grande station spatiale habitée chinoise.

Objectifs ambitieux

Parmi les objectifs très ambitieux de Pékin figurent aussi l'envoi d'une sonde vers Mars, aux alentours de 2020, l'envoi d'un homme sur la Lune, après 2025 ou encore le lancement de navettes spatiales à propulsion nucléaire d’ici 2040 ainsi que des fusées porteuses à énergie hybride réutilisables…

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Jusqu’ici, seuls les États-Unis et la Russie maîtrisaient aussi largement ces techniques spatiales. Faire vivre et travailler en apesanteur des taïkonautes au service des intérêts suprêmes du Parti communiste, et faire ainsi la démonstration du très haut niveau atteint par la science chinoise, tel est l’objectif de ce programme très politique... On se croirait revenu au temps de la guerre froide.

Si le coût du programme spatial chinois est encore officiellement dix fois moindre que celui des Etats-Unis il est beaucoup plus ambitieux et entièrement aux mains des militaires. Les Etats-Unis suivent d’ailleurs de très près ces décollages à répétition et appellent à des dialogues stratégiques sur les questions spatiales entre Pékin et Washington.

Mais la grande différence avec l’époque de la rivalité Est-Ouest, c’est l’importance prise par les considérations économiques. Le programme spatial mêle en effet guerre des étoiles et chasse aux matières premières. Pour y arriver Pékin veut construire une base sur la lune. D’abord contrôlée par des robots dotés d'intelligence artificielle, elle accueillera ensuite des humains.

La Longue marche du programme spatiale chinois à des allures de course de vitesse.

De la lune aux grands fonds marins

La Chine ne lorgne pas uniquement les étoiles. Le pays fut en effet le cinquième pays à lancer une mission habitée au-delà de 3.500 m de profondeur. Dans la fosse des Mariannes, un de ses submersibles atteignit 5.057 mètres l’an dernier battant un record de plongée. Du coup, 70 % des fonds océaniques lui devenaient accessibles... Il s’agit cette fois de collecter des échantillons de vie sous-marine et d’étudier les structures géologiques à des fins de prospection minière.

Autre étape de cette conquête tous azimuts: les pôles. La Chine bataille dur pour obtenir un siège de membre permanent du Conseil arctique. En 2004, elle a ouvert une base dans les îles Svalbard (Spitzberg), dans l’océan Arctique. Le brise-glace Xuelong (" Dragon des neiges ") multiplie les expéditions. Un second navire de 8.000 tonnes, plus puissant, devrait bientôt le relayer.

Tout ça au nom de la science? À vrai dire, les Chinois ont des raisons moins désintéressées de se lancer à l’assaut de la "terra incognita" arctique. Par exemple, l’ouverture d’ici à 35 ans d’une route du Grand Nord qui raccourcira de 6.400 km le trajet Hambourg-Shanghai. Il y a aussi le gaz (30% des réserves mondiales espérées sont situées sous le pôle Nord), le pétrole et les nodules polymétalliques (ou nodules de manganèse), ces concrétions rocheuses reposant sur le lit des océans.

"Ni la terre, ni le ciel ne sont une limite à la grandeur du pays", lançait ainsi récemment un présentateur du journal télévisé chinois.

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