La nouvelle route de la soie traversera l'Italie

©AFP

Le président chinois Xi Jinping est à Rome pour signer un mémorandum historique avec le gouvernement italien. Les Européens, les Américains ainsi que la Ligue ne cachent pas leur inquiétude face aux appétits chinois.

C’est en arborant l’un de ses énigmatiques sourires que le président chinois Xi Jinping est arrivé, hier, en Italie pour une visite officielle de trois jours. La capitale, première étape du chef de l’État, a accueilli la délégation "pharaonique" chinoise – d’importants dirigeants du Parti communiste ainsi que plusieurs centaines de chefs d’entreprise et de journalistes – avec son meilleur printemps et des mesures de sécurité exceptionnelles.

L’enjeu derrière le marathon italien de Xi Jinping est, en effet, de taille et dépasse clairement les intérêts géopolitiques chinois et ceux de la péninsule.

"Un accord fondé sur 2000 ans de respect et de confiance."
Xi Jinping Président chinois

Après une visite privée du Colisée et trois forums de coopération bilatérale, le dirigeant chinois signera un mémorandum névralgique par lequel l’Italie s’engage à concourir à la pénétration chinoise en Europe occidentale et en mer Méditerranée. Des ententes dans les domaines du commerce, des infrastructures, de la finance et de la culture sont à la clé.

"Un accord stratégique fondé sur plus de 2000 ans de respect et de confiance réciproques", a expliqué Xi Jinping dans sa longue lettre ouverte publiée par le quotidien Corriere della Sera. "Un dialogue pour permettre aux entreprises des deux pays de travailler de façon équitable et d’accéder aux marchés respectifs", lui a répliqué, avec la même adroite affabilité, son homologue italien, Sergio Mattarella.

Européens et Américains inquiets

Ce nouveau partenariat – qui s’inscrit dans le cadre du grandiose projet "Nouvelle route de la soie" conçu par le dragon asiatique pour réaliser ses ambitions géopolitiques planétaires et satisfaire ses appétits de croissance – ne fait pourtant pas l’unanimité.

Les partenaires européens de la péninsule ainsi que les Etats-Unis ont, en effet, clairement exprimé leur inquiétude face à un gouvernement italien prêt à transformer ses ports (Trieste, Palerme) en centres logistiques pour les bateaux chinois et, surtout, à accueillir les ambitions technologiques du pays asiatique sans afficher la méfiance nourrie par Washington et Bruxelles. Le développement de la téléphonie mobile italienne est en partie confié aux partenaires chinois et la ville de Milan est devenue la capitale européenne de la 5G, avec la coopération de la si contestée firme Huawei, qui concurrence directement les géants des télécommunications européens Nokia et Ericsson ainsi que la multinationale américaine Cisco.

Or derrière toute grande histoire d’amour se cachent des intérêts de taille et Rome, face aux remontrances de ses partenaires, continue à faire la sourde oreille. La relation stratégique avec Pékin est, en effet, considérée comme trop importante et se fonde sur des échanges commerciaux bilatéraux qui, en 2018, ont dépassé les 44 milliards d’euros.

Une manne à laquelle, en temps de récession, le gouvernement italien n’est pas prêt à renoncer. Et ceci malgré les perplexités exprimées au sein même de l’exécutif national, en particulier par le parti souverainiste dirigé par Matteo Salvini, la Ligue, qui agite désormais le spectre d’une colonisation chinoise de la péninsule.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect