Le Libra, la cryptomonnaie de Facebook interroge Trump et le Congrès

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Donald Trump exprime son aversion pour les cryptomonnaies dont le Libra de Facebook. Cette dernière est scrutée avec méfiance par les législateurs américains et les acteurs du secteur.

Le résident de la Maison-Blanche a annoncé dans une série de tweets dont il a le secret ses réticences face aux cryptomonnaies, et plus particulièrement au lancement de la monnaie virtuelle de Facebook, le Libra. Pour rappel, l’entreprise aux 2,38 milliards d’utilisateurs a annoncé vouloir lancer une monnaie virtuelle indépendante des régulations bancaires en place. Une décision froidement accueillie par le président américain. "Je ne suis pas très fan du Bitcoin et autres cryptomonnaies, qui ne sont pas de l’argent et sont hautement volatiles", explique-t-il. "L’absence de régulations de ces monnaies peut conduire à des comportements illégaux, incluant le trafic de drogues."

Bloomberg a révélé ce 12 juillet un nouvel épisode de cambriolage dans le monde des monnaies virtuelles. La compagnie Bitpoint a perdu l'équivalent de 32 millions de dollars dont une partie de ces fonds appartenait à ses clients. Une somme disparue pour de bon. En mai, Binance, un des grands acteurs de la cryptomonnaie, a perdu 40 millions de dollars dans un hacking similaire.

Pour Donald Trump, si Facebook veut devenir une banque, la multinationale doit se conformer aux exigences de régulations bancaires comme tout autre banque nationale ou internationale. Il a conclu son envolée en affirmant que "nous avons une seule devise aux États-Unis, et elle est la plus forte que jamais, à la fois fiable et sur laquelle on peut compter. C’est le dollar américain."

Le Libra face aux critiques

La position du milliardaire n’est en réalité pas si éloignée de celle de la classe politique américaine, dubitative face à l’annonce de Facebook. David Marcus, directeur du projet de cryptomonnaie Libra, apparaîtra la semaine prochaine devant le comité sénatorial chargé des banques et le comité de la Chambre en charge des services financiers. La présidente de ce dernier comité, la démocrate Maxine Waters, a émis des réserves sur les intentions de Facebook de vouloir in fine "établir un système bancaire parallèle". Leur scepticisme est aussi porté par l’historique de Facebook comprenant des vols de données massifs subis par le réseau social, et son rôle dans les ingérences russes durant la campagne de 2016. 

"La stabilité financière du projet est aussi questionnée. Je ne pense pas que Facebook peut avancer sans adresser ces problèmes."
Jerome Powell
Président de la Réserve fédérale américaine

Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, a exhorté Facebook à mettre son projet de cryptomonnaie sur pause, le temps d’éclaircir des questions allant de la vie privée au blanchiment d’argent. "La stabilité financière du projet est aussi questionnée. Je ne pense pas que Facebook peut avancer sans adresser ces problèmes", a-t-il ajouté. Le business de la cryptomonnaie n’est pas non plus ravi, soucieux de préserver son indépendance. Mihai Alisie, co-fondatateur d’Ethereum et de Bitcoin Magazine, a révélé à Bloomberg que "le propre des systèmes informatiques composant la technologie "blockchain" est l’inhabilité à censurer les transactions ou contrôler qui fait partie du réseau. De la même manière qu’Internet est utilisable par tous. Facebook menace ces tenants avec Libra."

"Cette défiance s'explique par le fait qu'une grande partie de la communauté est "très libertaire dans sa façon de penser" et cherche à "rester loin des grosses banques et entreprises qui contrôlent l'économie", confie Helen Disney à l'AFP, fondatrice de Unblocked Events, une entreprise spécialisée dans la promotion de la blockchain.

La future monnaie de Facebook a tout de même fait souffler un vent d’enthousiasme. La valorisation du Bitcoin a progressé de 40% en juin à la suite de l’annonce, alors ravie à la perspective d’une démocratisation des cryptomonnaies au sein des institutions dites "mainstream". Mais suite aux commentaires de Jerome Powell, ces dernières ont courbé l’échine. "Le Libra devait être le tremplin pour d’autres cryptomonnaies émergentes, mais il semblerait que la route à venir soit difficile", commente Edward Moya, analyste de marché chez Oanda, à Bloomberg.

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