À Bonn, les Américains sont divisés mais "toujours là" pour le climat

Le discret Thomas Shannon est le chef de la délégation américaine à la COP23. ©AFP

Les États-Unis pourraient-ils finalement rester dans l’Accord de Paris? C’est la rumeur à la mode à Bonn. Pendant que "l’autre Amérique" donne de la voix en faveur de la lutte contre le réchauffement.

Qui est "in", qui est "out"? Les Américains qui participent à la grand-messe mondiale sur le climat se posent toujours la question. "Out", c’est la ligne officielle: Donald Trump a notifié son intention de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris pour le climat. Mais à Bonn, où se tient la 23e conférence des parties à la Convention de l’ONU sur les changements climatiques (COP23), les négociations se poursuivent presque comme si de rien n’était. "L’équipe américaine fait profil bas", observe cet autre négociateur. Techniquement, ils ne peuvent se désengager avant fin 2019 "on attend de voir: ils pourraient quitter la table, mais ils pourraient aussi modifier les engagements qu’ils ont soumis, c’est plutôt la tendance", souligne cet autre négociateur européen.

Car même à la Maison-Blanche, tout le monde n’est pas en phase avec le Président. Et le secrétaire d’État Rex Tillerson n’est pas le dernier à suggérer qu’Uncle Sam pourrait rester à bord. Il ne sera pas à Bonn pour s’en expliquer. Si l’an dernier, Obama avait envoyé son ministre des Affaires étrangères à Marrakech, c’est cette fois un sous-secrétaire d’État, le démocrate Thomas Shannon, qui mène la délégation américaine. Peut-on imaginer que Washington monnaye son maintien dans l’Accord en échange d’une réduction à la baisse de ses engagements? "ça n’est pas prévu, mais le texte peut être sujet à interprétations. En attendant, tout le monde fait attention à ne pas réveiller le chat qui dort", indique notre premier interlocuteur.

"Still In"

Pendant que les négociateurs marchent sur des œufs et alors que la Maison-Blanche est en sourdine, l’autre Amérique donne de la voix. "L’administration Trump est isolée sur cette question sur la scène internationale mais aussi aux Etats-Unis", abonde le sénateur Sheldon Whitehouse (ça ne s’invente pas). Samedi, vingt États et une cinquantaine des plus grandes villes du pays ont signé l’"America Pledge" ("l’engagement de l’Amérique") en faveur de la lutte contre le réchauffement, rejoignant une soixantaine des plus grandes entreprises US. Alors que Washington a décidé de faire l’économie d’un pavillon américain à Bonn, la présence américaine est assurée par un stand aux couleurs du Stars and Stripes, avec pin’s et matériel de campagne bardé du hashtag: #WeAreStillIn ("nous sommes toujours là"). Ensemble, ils pèsent 10.000 milliards de dollars – ce qui en ferait, s’ils étaient un pays, la troisième économie du monde derrière les États-Unis et la Chine. "Nous devrions avoir un siège à la table" des négociations, a plaidé l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg. Chose évidemment inconcevable – nous sommes aux Nations Unies.

En attendant, l’autre Amérique assure le show. "Je pense qu’ils sont fâchés et très embarrassés à la Maison-Blanche", se félicite Terry McAuliffe, gouverneur de Virginie. Il est convaincu que Trump paye déjà la note de sa politique climatique: "En Virginie, on était aussi bleus que peut être le bleu", mais les élections de novembre ont changé la donne: "C’est le début de la fin de Donald Trump!"

Les élus locaux s’activent pour le climat et sont venus le faire savoir. "On avait plus de 200 mines de charbon dans la région, explique le bourgmestre de Des Moines (Iowa). On a décidé d’entrer en transition, on est devenu en pointe dans le secteur des banques et assurances et on est leader en énergie éolienne." La ville s’est fixé comme objectif de réduire ses émissions de 50% en 2030 et de devenir neutre en carbone dix ans plus tard.

"C’est essentiel que l’on puisse continuer à trouver des partenaires forts dans les gouverneurs et les élus américains", souligne de son côté le Belge Karl-Heinz Lambertz, qui préside le Comité européen des Régions. Quand il y a de la friture sur la ligne au gouvernementale, la communication reste ouverte aux autres échelons. De quoi maintenir l’espoir et encourager l’action – "une ville ne peut jamais décider pour une autre, mais elle peut convaincre par l’exemple", souligne Lambertz –, mais pas de quoi remplacer les engagements nationaux, vérifiables par toutes les autres parties et indispensables à la construction du fragile édifice à bâtir sur l’Accord de Paris.

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