Assange, Snowden, Manning et Deltour, quatre destins fort différents

Julian Assange | 46 ans. Réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2011. Blanchi dans une affaire de viols en Suède, toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt britannique. ©AFP

Julian Assange, le fondateur du site servant de canal de diffusion pour lanceurs d’alerte, reste sous le coup d’un mandat d’arrêt britannique.

La justice britannique a décidé hier de maintenir le mandat d’arrêt délivré à l’encontre de Julian Assange, le fondateur du site WikiLeaks, après qu’il ait enfreint les conditions de sa liberté sous caution en 2012. D’après le tribunal de Westminster, qui s’est prononcé hier, le maintien du mandat ne va "pas à l’encontre de l’intérêt public".

Les problèmes de Julian Assange ont commencé en avril 2010.

Les problèmes de cet informaticien australien ont commencé en avril 2010, lorsqu’il s’est mis à publier sur WikiLeaks, le site qu’il avait fondé en 2006, des documents militaires américains classifiés provenant de Bradley Manning. Analyste de l’armée américaine à l’époque, et connu sous le nom de Chelsea Manning depuis sa transition de genre, ce dernier lui avait transmis des vidéos de bavure militaire en Irak, et des documents classifiés sur les guerres en Irak et en Afghanistan. En les publiant, Assange était devenu l’ennemi public numéro un pour les autorités américaines (au même titre que Manning). Il publie peu après des images d’exactions à la prison de Guantanamo, ce qui n’arrange pas son cas auprès de Washington. Accusé de viols en Suède, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen et traqué par les autorités américaines, il se réfugie le 19 juin 2011 à l’ambassade d’Équateur à Londres.

Julian Assange | 46 ans. Réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2011. Blanchi dans une affaire de viols en Suède, toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt britannique. ©AFP

Quasi sept ans plus tard, Assange s’y trouve toujours, bien que la justice suédoise ait abandonné ses poursuites. L’homme n’a pas baissé les bras malgré cet isolement forcé qui a miné sa santé physique et morale, selon ses proches et plusieurs médecins. En juillet 2016, son site publiait des e-mails du parti démocrate et de la campagne d’Hillary Clinton démontrant que le parti avait pris fait et cause pour l’ex-première dame, face à Bernie Sanders, son rival dans la course à l’investiture démocrate. Accusé d’avoir servi les intérêts russes pendant la présidentielle US et d’avoir contribué à l’élection de Donald Trump, Assange a perdu pas mal de soutien dans l’aventure, embarrassant au passage l’Équateur, qui lui a malgré tout octroyé la nationalité équatorienne le mois dernier.

Manning et Snowden

Chelsea Manning | 30 ans. Condamnée en 2013 à 35 ans de prison, elle est libérée en mai 2017. Candidate démocrate au poste de sénatrice du Maryland. ©AFP

Chelsea Manning, de son côté, a recouvré la liberté après avoir passé sept ans derrière les barreaux. Une cour martiale américaine l’avait condamnée à 35 ans de prison en 2013, mais la peine a été commuée par Barack Obama en janvier 2017.

Libérée en mai dernier, Manning s’est lancée en politique sous l’étiquette démocrate. Elle brigue le poste de sénateur du Maryland aux élections de mi-mandat (novembre 2018). Défendant un programme résolument de gauche (elle plaide pour la fermeture des prisons et la gratuité des soins de santé), Manning devrait d’abord ravir l’investiture démocrate au très populaire Ben Cardin, sénateur du Maryland depuis 2007, ce qui risque de s’avérer très compliqué.

Edward Snowden | 34 ans. Exilé en Russie où il dispose d’un droit d’asile jusqu’en 2020. A lancé en janvier une application Androïd pour détecter les tentatives d’intrusion. ©REUTERS

Autre cas emblématique, celui d’Edward Snowden, l’ancien employé de la CIA et de la NSA qui avait révélé les pratiques de surveillance du gouvernement américain en 2013. Il est toujours accusé d’espionnage par Washington. Il vit aujourd’hui en Russie, où il s’était réfugié à l’été 2013. Il aurait demandé l’asile à une vingtaine de pays après avoir tenté sa chance, sans succès, auprès de l’Équateur. Il jouit actuellement du droit d’asile en Russie jusqu’en 2020.

Snowden vient récemment de faire parler de lui en développant une application Androïd, Haven, visant à détecter toute tentative d’intrusion sur les smartphones qui en sont équipés.

Le cas Deltour

Antoine Deltour | 32 ans. Sa condamnation en appel à six mois de prison vient d’être annulée en cassation. Doit encore être jugé en appel pour vol de documents de PwC. ©BELGAIMAGE

Plus près de nous, le Français Antoine Deltour, est le lanceur d’alerte français par qui était venu le scandale LuxLeaks en 2014. Cet ancien employé de PricewaterhouseCoopers, qui avait diffusé des documents révélant l’existence d’accords fiscaux entre de nombreuses multinationales et les autorités luxembourgeoises, avait été condamné en première instance à 12 mois de prison avec sursis pour copie de documents internes à PwC.

En appel, sa peine s’était transformée en six mois de prison avec sursis et 1.500 euros d’amende. Mais en janvier, la Cour de cassation luxembourgeoise annulait sa condamnation. Deltour n’est cependant pas tiré d’affaire. Il doit encore être jugé en appel pour vol de documents internes chez PwC.

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