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Au Canada, l'étoile de Justin Trudeau pâlit à l'approche des élections

Justin Trudeau, Premier ministre du Canada ©REUTERS

À deux mois des élections fédérales, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, est accusé de conflits d’intérêts et d’avoir influencé son ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, pour que le géant canadien du BTP et du génie civil SNC Lavalin, soupçonné de corruption, ne subisse pas de procès.

"J’accuse!" Voici, en substance, les paroles qu’aurait pu prononcer le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique du Canada, Mario Dion. L’accusé? Justin Trudeau. Le crime? Influencer le cours de la Justice pour protéger une multinationale canadienne de 55.000 employés, SNC Lavalin, soupçonnée de multiples gestes de corruption.

"Mon objectif était et sera toujours de défendre les emplois."
Justin Trudeau
Premier ministre canadien

Dans un rapport accablant mettant en cause le Premier ministre, Mario Dion a écrit: "Je conclus que Monsieur Trudeau s’est prévalu de sa position d’autorité sur Madame (la ministre de la Justice) Wilson-Raybould pour tenter d’influencer sa décision (…)." Le refus de céder aux pressions de Justin Trudeau pour épargner SNC Lavalin d’un procès qui aurait mis l’entreprise et ses milliers d’emplois en danger, a coûté sa place à la ministre de la Justice en janvier dernier.

De son côté, Justin Trudeau s’est justifié mercredi: "Mon objectif était et sera toujours de défendre les emplois et la vitalité des communautés à travers le pays, tout en respectant la règle de droit et le rôle du procureur général. Lorsque des milliers d’emplois sont en jeu et que des communautés risquent d’en subir les conséquences, c’est la responsabilité du gouvernement de les défendre." Avant d’ajouter: "Cela dit, l’ultime responsabilité de ces événements me revient. Je l’assume et j’accepte le rapport." De belles paroles, puisqu’à aucun moment Justin Trudeau n’a évoqué une quelconque démission.

Histoire hollywoodienne

Tout a commencé au début de cette année. Selon des révélations du quotidien The Globe and Mail, le chef du gouvernement aurait effectué des pressions sur Jody Wilson-Raybould, alors ministre de la Justice. L’objectif? Que cette dernière intervienne auprès des autorités judiciaires pour que SNC Lavalin ne soit pas poursuivi dans des affaires de corruption.

L’affaire SNC Lavalin a la saveur des grands scandales mis en scène par les réalisateurs hollywoodiens.

L’affaire SNC Lavalin a la saveur des grands scandales mis en scène par les réalisateurs hollywoodiens. Des centaines de millions de dollars détournés, des comptes en Suisse, des tractations sulfureuses avec des intermédiaires obscurs lors de marchés en Libye, au Cambodge et bien sûr au Canada. Tout cela sur fond de scandale d’État.

Sans oublier des dizaines de millions de dollars versés au fils de feu l’ancien dictateur lybien, Mouammar Kadhafi. Comme le souligne le quotidien en ligne montréalais, La Presse, dans son édition de ce jeudi, l’affaire Trudeau-SNC-Lavalin pose "une question à l’avant-scène de l’actualité politique (les élections fédérales auront lieu le 21 octobre prochain, NDLR): l’éthique du Premier ministre lui-même".

Une question d’autant plus pertinente que le Parti libéral de Justin Trudeau est menacé par le Parti conservateur de son rival Andrew Scheer.

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