carte blanche

Crise sanitaire et changement climatique: cinq points communs

Macroéconomiste Degroof Petercam

La lutte contre le changement climatique a été mise en "pause" cette année, puisque toute notre attention est tournée vers le Covid-19 et la récession économique qui touche le monde entier.

Il existe pourtant de nombreuses similitudes entre la crise sanitaire et le changement climatique.

Personne n'y échappera

La première similitude entre la pandémie et le changement climatique est tout simplement l’impact mondial de celles-ci. En effet, aucun pays ne semble épargné, que ce soit des effets négatifs de la pandémie (sanitaires et/ou économiques) ou des impacts du réchauffement climatique. Durant la grande récession de 2008, certaines nations ont su échapper à la crise ou n’y laisser que quelques plumes, cette fois-ci le monde entier est touché. Quant au changement climatique, il est intrinsèquement global, et on sait déjà que ses impacts se font et se feront ressentir dans tous les pays du monde. La responsabilité collective est nécessaire pour mitiger les impacts de la pandémie, tout comme ceux du changement climatique. En effet, les fruits des efforts de chaque individu ou nation seront récoltés par tous (si je respecte la distanciation sociale, je protège les autres, et si je conduis une voiture électrique, je diminue la pollution dans l’air que respirent mes voisins). Chaque individu, organisation et nation a un rôle important à jouer, et c’est l’addition des efforts de tous qui fait que la crise peut être contrôlée.  

Ces deux crises ont énormément en commun, et on peut apprendre énormément de notre gestion de la crise sanitaire pour mieux répondre aux chocs liés au réchauffement climatique.

Impact régressif

Toutefois, même si la crise sanitaire et le changement climatique sont globaux de nature, ils sont également discriminatoires et ce sont malheureusement les plus pauvres qui sont disproportionnellement impactés. Et cette discrimination se ressent entre pays, mais également au sein de ceux-ci. La Banque Mondiale estime que la pandémie pourrait précipiter jusqu’à 150 millions de personnes dans l’extrême pauvreté; quant au changement climatique, il pourrait plonger 100 millions d’habitants sous le seuil de pauvreté d’ici 2030. Tout d’abord, même si l’Europe et les États-Unis sont fortement touchés par la crise sanitaire, ce sont des pays émergents comme l’Inde, mais aussi les pays d’Amérique latine qui sont les plus grandes victimes de la pandémie et la crise économique. Cela parce que ces derniers ont dû faire face à une multitude de chocs. D’abord est venue la pandémie, suivie, entre autres, d’une panique des marchés entraînant des sorties de capitaux importantes, une chute faramineuse de la consommation et de la demande externe, une asphyxie du tourisme, et enfin un écroulement du prix du pétrole et autres matières premières. Les études sur les conséquences du changement climatique montrent une tendance similaire: ce sont les pays émergents, à cause de leur localisation géographique, de leur dépendance aux villes côtières et au secteur agricole, et leur manque de ressources pour mettre en place des mesures de mitigation et d’adaptation, qui seront les plus touchés. Par ailleurs, au sein même de chaque nation, les populations les plus vulnérables financièrement sont aussi celles qui sont le plus touchées par la pandémie (tout comme le changement climatique). Non seulement ce sont les populations les plus pauvres qui sont le plus souvent contaminées, ce sont aussi celles qui ont le plus souffert des mesures de confinement mises en place dans nos pays (pertes d’emplois, difficultés à faire du télétravail, etc.). La pandémie va donc renforcer les inégalités déjà présentes dans nos pays, et de nombreuses études indiquent que le changement climatique fera de même.

Nouveau mode de vie

Autre point commun entre la pandémie et le changement climatique: un changement de mode de vie est nécessaire pour lutter contre ceux-ci. La crise sanitaire nous a appris à vivre autrement: travailler chez soi, réunions en vidéoconférences, privilégier des destinations de vacances proches de chez nous, consommer moins et consommer mieux, etc. Ces changements ont eu un impact considérable sur la production de CO2 mondiale. Pour espérer atteindre les objectifs fixés dans l’Accord de Paris pour lutter contre le réchauffement climatique, nos modes de vie doivent absolument être modifiés, et la crise sanitaire prouve que nous en sommes capables.

La mondialisation sur la sellette

Il faut aussi mentionner que la pandémie remet en question le fait que nous dépendons d’autres pays (particulièrement la Chine) pour la production des biens que nous consommons au jour le jour. En effet, la crise sanitaire a mis à nu notre hyperdépendance au commerce international et aux chaînes de production mondiales et va accélérer le processus de "dé-mondialisation" déjà en marche depuis quelques années. On sait que la lutte contre le changement climatique s’inscrit aussi dans ce mouvement de "relocalisation" de la production et de ralentissement de la mondialisation.

Réponse politique et monétaire

Enfin, la pandémie a montré que, faisant face à une crise sans précédent, les pays développés, mais aussi émergents sont capables d’investir des milliers de milliards d’euros pour sauver l’économie, une réponse fiscale sans précédent. On sait aujourd’hui que, dans une période de taux d’intérêt négatifs, d’absence d’inflation, et de rachats de dettes publiques par les banques centrales, la capacité budgétaire de nos gouvernements est presque infinie. De plus, les investissements publics devraient se tourner vers le futur, c’est-à-dire les infrastructures et technologies nécessaires à la transition écologique. Dans les années et décennies à venir, les gouvernements vont être obligés de sortir leur artillerie fiscale pour permettre à la transition écologique d’avoir lieu.

Cette année, tous les yeux étaient tournés vers la pandémie et la crise économique, mettant en veilleuse les challenges liés au changement climatique. Pourtant, ces deux crises ont énormément en commun, et on peut apprendre énormément de notre gestion de la crise sanitaire pour mieux répondre aux chocs liés au réchauffement climatique. La nature globale de ces deux phénomènes indique que la responsabilité collective est essentielle, car c’est ensemble qu’on arrivera à les vaincre. Il faut que les organisations multilatérales prennent leurs responsabilités, tant en aidant ceux qui sont le plus touchés par la crise sanitaire, qu’en faisant de la lutte contre le changement climatique une priorité. 

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