L'Iran s'invite au G7

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Un mystérieux avion officiel iranien s'est posé à Biarritz. A son bord, le ministre des Affaires étrnagères iranien. Macron fait le forcing pour rouvrir les discussions sur le nucléaire iranien. Un manière de mettre la pression sur le G7 où l'Iran crystalise les oppositions.

Un avion gouvernemental iranien a atterri dimanche après-midi à Biarritz où se tient le sommet du G7, selon les données répertoriées par le site spécialisé Flightradar24.com.
Cet appareil, un Airbus A321, s'est posé peu après 14h00 à l'aéroport de Biarritz, normalement fermé le temps du G7, en provenance de Téhéran.
Le même avion est passé ces derniers jours par plusieurs capitales européennes, notamment Oslo, Helsinki, Stockholm mais aussi Paris où il a atterri jeudi et a redécollé vendredi, toujours selon le site flightradar24.com.

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Emmanuel Macron a créé la surprise en invitant à Biarritz, où il accueille le G7, le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, pour discuter du nucléaire iranien avec son homologue français Jean-Yves Le Drian.

"Nous confirmons la présence de Mohammad Javad Zarif à Biarritz, il s'entretient actuellement avec Jean-Yves Le Drian", a confirmé l'Elysée, peu après l'atterrissage surprise de l'avion officiel iranien, véritable coup de théâtre de ce sommet. 

"Aucune rencontre (de M. Zarif) n'est prévue à ce stade avec les Américains"  précisé la présidence française, indiquant que cette visite avait lieu à l'initiative de Paris et non du G7.

Donald Trump avait cependant été informé de l'arrivée du chef de la diplomatie iranienne, a indiqué implicitement une source diplomatique française.

"Le président s'est entretenu deux heures avec Donald Trump à déjeuner samedi. Nous travaillons en pleine transparence avec les Etats-Unis. Et le président a eu des conversations avec tous les leaders du G7. Evidemment l'information circule", ajoute cette source 

La décision d'inviter M. Zarif sur le lieu du G7, deux jours après l'avoir reçu à l'Elysée vendredi, "s'inscrit dans la continuité de ce qu'Emmanuel Macron a fait depuis plusieurs mois : créer les conditions pour une désescalade, discuter de ce qui doit venir après l'expiration de l'accord sur le nucléaire iranien et parler du programme balistique de l'Iran", a précisé cette source.

Elle prolonge le travail diplomatique du président français "avec les Iraniens et les Américains depuis plusieurs mois, puisque le président parle à Donald Trump et Hassan Rohani".
"Javad Zarif vient à Biarritz en raison des conversations très substantielles avec les leaders du G7 samedi soir. Sur ces bases il est très important de faire le point pour continuer de converger" et étudier les moyens d'une désescalade, conclut le diplomate français, précisant que l'invitation avait été décidée à l'issue du dîner samedi soir.

La France en "émissaire"

Emmanuel Macron tente donc un coup de bluff en invitant Zarif en marge du G7, espérant faire bouger les lignes. Donald Trump et les dirigeants européens restaient divisés sur la crise du nucléaire iranien, malgré le forcing du président français pour concilier leurs positions
Le dossier iranien était l'un des trois sujets phare du dîner de samedi des leaders du G7, où le président français estimait avoir convaincu ses collègues, y compris Donald Trump, d'afficher un front uni.

Dimanche matin, le président français a ainsi cru pouvoir annoncer avoir obtenu l'accord de tous -- Donald Trump compris -- pour parler à l'Iran d'une même voix."Nous nous sommes mis d'accord sur ce qu'on va dire sur l'Iran. Il y a un message du G7 sur nos objectifs, et le fait qu'on les partage évite les divisions", a assuré dimanche matin le président français sur la chaîne de télévision LCI/TF1. "Nous avons acté d'une communication commune et d'une décision d'action qui permet de réconcilier un peu les positions", a-t-il ajouté.

"Il faut que dans les prochaines semaines on arrive à ce qu'il n'y ait pas de nouvelles décisions iraniennes qui soient contraires à cet objectif et qu'on arrive à ouvrir cette nouvelle négociation" avec l'Iran, a-t-il espéré.

Des sources diplomatiques concordantes ont précisé que les dirigeants du G7 avaient même "chargé Emmanuel Macron de discuter et d'adresser le message à l'Iran" pour faire avancer le dossier.

Mais deux heures plus tard, Donald Trump a jeté un pavé dans la mare en démentant que les pays du G7 se soient mis d'accord sur un message commun à transmettre à l'Iran. "Je n'ai pas discuté de cela", a-t-il dit en réponse à des journalistes.

Peu après, Emmanuel Macron s'est adressé à la presse pour tenter à nouveau d'aplanir les dissensions avec les Etats-Unis.

Choisissant des termes plus prudents, il a d'abord expliqué que "comme le G7 est un club informel, il n'y avait pas de mandat formel donné à l'un ou à l'autre". "Chaque pays va continuer à agir chacun dans son rôle", a-t-il ajouté, en indiquant qu'il allait poursuivre ses efforts pour éviter une escalade entre Téhéran et Washington. 

Jouant les médiateurs depuis des mois, Emmanuel Macron, qui s'entretient régulièrement avec le président iranien Hassan Rohani, a présenté samedi à Donald Trump un compromis pour sortir de l'impasse entre une position américaine inflexible qui applique de lourdes sanctions économiques et un Iran tenté de s'affranchir de l'accord.

Il lui a présenté l'option de permettre à Téhéran "pour une période limitée d'exporter une partie de son pétrole" en échange d'un retour à son engagement de ne pas enrichir d'uranium pour se doter de l'arme nucléaire.

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Donald Trump, après avoir déchiré l'accord sur le nucléaire iranien en mai 2018 et rétabli de lourdes sanctions, exige de nouvelles garanties de l'Iran sur ses activités diplomatiques et militaires.

Soucieux de ne pas froisser ses interlocuteurs, Emmanuel Macron a souligné que, si la crise se résolvait, il était "prêt à dire que c'est grâce à...qui on veut!" car "le plus important" serait "qu'on ait réussi".

La Russie en antichambre

Autre sujet abordé au dîner : la question de la Russie, qui a donné lieu à une "vive discussion", selon Donald Trump, précisant ne pas savoir à l'issue de ces échanges si la Russie, exclue en 2014 du G7 (alors G8) allait réintégrer le club en 2020 comme le souhaite Washington.

Selon le calendrier officiel, la session de travail de dimanche matin était consacrée à "l'économie internationale", au "commerce" et à la "sécurité internationale", un programme suffisamment vaste pour permettre théoriquement de traiter de toutes les questions qui fâchent, dont les relations commerciales délétères entre les Etats-Unis et la Chine.

La Chine en guerre comerciale

Pour Donald Trump, la guerre commerciale entamée avec la Chine ne provoquait pas de tension au sommet du G7, malgré les inquiétudes exprimées par plusieurs autres dirigeants. Selon la porte-parole de la Maison Blanche, le président américain regrette d'ailleurs de ne pas avoir été encore plus dur dans son bras de fer commercial avec Pékin. "Il a été demandé au président s'il avait 'envie de se raviser sur l'escalade de la guerre commerciale avec la Chine'. (...) Le Président Trump a répondu par l'affirmative car il regrette de ne pas avoir encore plus relevé les droits de douane", a précisé dimanche la porte-parole de la Maison Blanche Stephanie Grisham. 

 A Biarritz, le locataire de la Maison Blanche a cependant indiqué le même jour qu'il n'entendait pas prendre d'autres mesures contre Pékin pour l'instant. "Je pense qu'ils respectent la guerre commerciale. Elle devait avoir lieu", a déclaré Donald Trump à des journalistes avant une réunion avec les autres dirigeants du G7.

  Interrogé sur d'éventuelles critiques de ses homologues sur le sujet, il a affirmé: "non, pas du tout. Je n'ai pas entendu cela". En fait, plusieurs de ses homologues ont exprimé leurs inquiétudes sur l'impact négatif de ce conflit commercial sur l'économie mondiale et les marchés. A l'instar du Premier ministre britannique Boris Johnson qui a déclaré à Donald Trump qu'il était "en faveur d'une paix commerciale" et qu'il "n'aime pas les taxes douanières". 

  Le président américain, prudent malgré tout face aux risques de perturbations des marchés, a indiqué depuis la France qu'il s'abstiendrait pour l'instant de déclarer un état d'urgence nationale qui l'autoriserait, selon lui, à ordonner aux entreprises américaines de quitter la Chine. "J'en ai le droit, si je veux. Je pourrais déclarer un état d'urgence nationale. Mais je n'en ai pas l'intention pour l'instant", a-t-il dit. Donald Trump avait brandi vendredi la menace de telles mesures drastiques en tweetant que "les entreprises américaines ont l'ordre d'immédiatement commencer à rechercher une alternative à la Chine".

  Le président a continué de défendre dimanche sa stratégie envers la Chine, qu'il a accusée de "vol de propriété intellectuelle à hauteur de 300 à 500 milliards de dollars par an". Selon lui, la Chine cédera à la fin aux demandes américaines et modifiera sa relation commerciale avec les Etats-Unis: "Nous sommes en discussions. Ils veulent un accord autant que nous". 

BoJo en superstar

Les discussions se poursuivent également lors de rencontres bilatérales entre dirigeants, notamment Donald Trump et Boris Johnson, qui ne s'étaient pas revus depuis que ce dernier a revêtu ses habits de Premier ministre britannique, fin juillet.

Les deux hommes se sont promis de parvenir au plus vite à un accord commercial, auquel tient le Royaume-Uni de Boris Johnson, soucieux de nouer de nouveaux partenariats hors Union européenne dans la perspective du Brexit programmé le 31 octobre.

Ce "very big trade deal" ("énorme accord commercial") se fera "assez vite", a déclaré Donald Trump en marge de ce rendez-vous à l'hôtel du Palais, l'une des attractions du sommet de Biarritz, tout en tressant des couronnes à son interlocuteur.

"C'est l'homme de la situation à ce poste", a loué le président américain, qui ne faisait pas mystère de son scepticisme à l'égard de l'ex-Première ministre Theresa May.

Le Japon en accord

Donald Trump a annoncé dimanche la conclusion d'un accord commercial "de principe" entre les Etats-Unis et le Japon, espérant que le texte puisse être formellement paraphé à l'occasion de l'assemblée générale de l'ONU en septembre.

C'est un "très grand" accord, qui couvre les secteurs de l'agriculture et du commerce numérique, a commenté devant la presse le président américain lors d'une rencontre avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe à Biarritz. "Nous sommes parvenus à un consensus" après "d'intenses négocations", a confirmé Abe, précisant qu'il restait encore "un peu de travail" pour formuler l'accord.

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