L'agriculture doit aussi faire sa révolution

©Thierry du Bois

Selon l’expert de l’ONU Olivier De Schutter, les techniques de l’agroécologie offrent plus d’avantages aux pays en développement que notre modèle.

Tout est lié: flambée des prix agricoles, hausse des prix du pétrole et changement climatique. Et l’heure est donc sans doute à un changement de modèle de production à différents niveaux. C’est en tout cas ce que propose Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Hier, en présentant son rapport annuel devant le Conseil des Droits de l’homme à Genève, il a insisté sur l’intérêt vital de former les paysans des pays en développement aux techniques de l’agroécologie. Il en explique les principes et les avantages pour "L’Echo".

Face à la succession des crises alimentaires, on a beaucoup insisté sur l’importance de réorienter les budgets de la coopération au développement vers le monde rural. "Aujourd’hui, cependant, la question n’est plus de savoir quels moyens on va confier à l’agriculture mais pour quel type d’agriculture et au bénéfice de quel agriculteur on va le faire", insiste l’expert belge.

En parlant d’agroécologie, Olivier De Schutter imagine un modèle de culture qui combine différentes plantes sur une même parcelle, en y associant également des arbres et des animaux. Un modèle durable qui doit permettre d’éviter l’érosion des sols, de briser la dépendance aux intrants chimiques (engrais et pesticides) et donc de lutter contre le changement climatique. "C’est un modèle qui convient particulièrement pour les pays d’Afrique subsaharienne qui n’ont pas encore investi dans le développement agricole, note le rapporteur onusien. A la croisée des chemins,  ils peuvent faire le choix entre la reproduction de notre modèle dépendant des énergies fossiles et de la mécanisation ou miser sur un modèle plus durable."

Mais, selon lui, l’agroécologie leur offre au moins quatre avantages à ne pas négliger.
♦ Une meilleure préservation des terres et une diminution de l’impact de l’agriculture sur le changement climatique.
♦ Une augmentation considérable des rendements. "Des études basées sur de nombreuses expériences menées dans des pays africains montrent que ce type d’agriculture offre des récoltes souvent beaucoup plus abondantes grâce à la combinaison adéquate de différentes plantes", explique Olivier De Schutter.
♦ Cette agriculture préfère les déjections animales aux intrants chimiques et rend donc les paysans moins dépendants de produits d’importation dont les prix vont suivre ceux des hydrocarbures.
♦ Elle convient particulièrement bien aux petits paysans qui ne disposent que de petites parcelles, n’ont pas d’accès au crédit ni, donc, à la mécanisation. Bref, elle agit contre la pauvreté rurale. Parce qu’en plus d’améliorer les recettes par de meilleurs rendements, elle diminue les coûts en réduisant les intrants.

Former ou pulvériser

"Ces nouvelles techniques de culture sont sans doute l’avenir de l’agriculture, poursuit l’expert. Mais pour que cette science puisse être utilisée dans les champs, il faut former les agriculteurs du sud pour qu’ils puissent se l’approprier. C’est le défi principal et il exige d’importants investissements."

Il note ainsi qu’une part importante de l’aide publique au développement sert encore à subsidier l’achats de semences ou d’engrais plutôt qu’à l’investissement dans des biens publics tels que la formation, les moyens de stockage et les infrastructures de communication. "L’agriculture de demain ne devra plus compter sur les intrants chimiques mais sur la capacité des paysans à utiliser la nature à bon escient et à maximiser les rendements grâce des technologies performantes."

Si Olivier De Schutter insiste sur  la rupture du lien de dépendance avec les engrais et pesticides, c’est aussi pour diminuer l’empreinte du secteur sur le réchauffement climatique. Mais il reste pourtant lucide: "Les pays de l’OCDE devront aussi franchir ce pas , notamment pour des raisons liées au climat et à l’épuisement des énergies fossiles. Mais c’est un défi compliqué. Il faudra programmer la transition sur un délai minimal de 15 à 20 ans."

Nos systèmes agricoles ont sans doute poussé la machine un peu trop loin. Les sols se sont appauvris et ne permettraient pas d’emblée un tel virage. En outre, avec l’explosion de la mécanisation, la main d’oeuvre agricole se résume à 3 ou 4% de la population active travaillant sur des surfaces considérables. Or, note De Schutter, "l’agroécologie exige du paysan de porter plus d’attention à la terre. Il faut donc organiser cette transition, mais ce sera très difficile, coûteux et ça exigera du temps".

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