L'océan pourrait contenir dix fois plus de plastique qu’estimé

Les déchets plastiques de surface (ici dans l'océan Pacifique en 2019) ne représentent qu'une fraction des résidus de plastique accumulés dans les océans. ©EPA

Des prélèvements à travers l'océan Atlantique révèlent une concentration de microplastiques beaucoup plus importante qu'évaluée jusqu'ici, selon le centre britannique d'océanographie.

Des chercheurs britanniques estiment que l’océan Atlantique pourrait contenir jusqu'à 200 millions de tonnes de particules des microplastiques les plus courants. D'après les évaluations précédentes, l'ensemble des déchets plastiques versés dans cet océan était plutôt de l'ordre de 17 millions de tonnes - soit dix fois moins.

"Les études précédentes n'avaient pas mesuré les concentrations de particules "invisibles" de microplastiques sous la surface de l'océan."
Katsiaryna Pabortsava
National Oceanographic Centre

"Les études précédentes n'avaient pas mesuré les concentrations de particules "invisibles" de microplastiques sous la surface de l'océan. Notre recherche est la première à l'avoir fait à travers l'ensemble de l'Atlantique, du Royaume-Uni aux Malouines", indique dans un communiqué Katsiaryna Pabortsava, chercheuse au centre d'océanographie britannique (NOC), et co-auteure de l'étude publiée mardi dans la revue Nature Communication.

200
millions de tonnes
C'est la masse de particules de microplastiques que pourrait contenir l'océan Atlantique.

Les particules de microplastiques se retrouvent depuis la neige arctique jusqu'au fond des abysses, en passant par les organismes vivants, sans que leurs impacts sur la santé soient bien compris.

L'inconnue des abysses

Les océanographes anglais ont collecté des échantillons d'eau de mer à 5% de profondeur au cours d’une expédition en 2016. Ils ont utilisé des techniques d'imagerie spectrale pour identifier les contaminants qui la composaient, en se concentrant sur les microparticules des trois types de plastiques les plus répandus : le polyéthylène (sacs, film alimentaire...), le polypropylène (emballages, pailles, masques chirurgicaux...) et le polystyrène (frigolite). Ils ont ainsi déterminé qu’il y a entre 12 et 21 millions de tonnes de ces particules de ces plastiques invisibles à l’œil nu rien que dans les 200 premiers mètres de profondeur de l’océan Atlantique.

"Même avec notre évaluation relevée de la contamination plastique, la masse totale de poissons est probablement plus élevée que celle de plastiques."
Richard Lampitt
National Oceanographic Centre

En supposant que cette densité de microplastiques soit représentative de celle contenue jusqu'au plancher océanique, "l'océan Atlantique pourrait contenir environ 200 millions de tonnes de résidus plastiques dans ces catégories spécifiques de polymères et de taille", souligne Richard Lampitt, l'autre co-auteur de l’étude. En tout état de cause, sachant que des plastiques d'autres tailles et types sont présents dans l'océan, "tant les intrants que les stocks de plastiques océaniques sont beaucoup plus élevés que précédemment évalué", notent les chercheurs.

Cela dit, "même avec notre évaluation relevée de la contamination plastique, la masse totale de poissons est probablement plus élevée que celle de plastiques", nous indique Lampitt. Une étude retentissante avait estimé en 2014 qu'à politique inchangée, la masse de plastiques dans les océans dépasserait celle des poissons d'ici 2050. Mais le modèle utilisé pour évaluer la masse de poissons a depuis lors été lourdement remis en cause.

Les masques du Covid

L'étude des chercheurs du NOC intervient alors que l'industrie pétrochimique tourne à plein régime pour produire des équipements de protection personnelle face à l'épidémie de Covid-19 et que les masques chirurgicaux jetables (en plastique) se retrouvent en quantités dans la nature. L’effet de ces nouveaux usages sur la concentration de polluants plastiques dans les océans devra être étudié, souligne Richard Lampitt: "Il y aura certainement un impact, mais j'ignore dans quelles proportions: il faudrait mener des recherches et elles pourraient mener à la conclusion que l'impact de ces équipements personnels est dévastateur, ou bien qu'il est léger en comparaison des autres déchets plastiques."

Sans même tenir compte d'un possible "effet Covid", la production de plastique a le vent en poupe: la Chine compte à elle seule sur une augmentation de sa demande de polymères de 6% par an.

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