La Tunisie à l'épreuve d'une révolte contre l'austérité

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Les manifestations de jeunes tunisiens contre l’austérité ont dégénéré en émeutes et en pillages dans plusieurs villes du pays. L’armée a été déployée

La Tunisie vit-elle une réplique du "printemps arabe"? Le scénario rappelle, en tout cas, celui du brûlot qui s’était propagé dans le monde arabe en décembre 2010, au départ du Maroc et de l’Algérie. En Tunisie, la révolution avait balayé le dictateur Zinne El-Abine Ben Ali. À quelques jours de l’anniversaire de cette chute, le 14 janvier, le pays est touché par des manifestations, dans un climat de "ras-le-bol" généralisé.

Depuis lundi, la Tunisie est traversée par un mouvement social dirigé contre des mesures d’austérité entrées en vigueur au 1er janvier, dans un climat économique morose, alors que le pays a connu l’an dernier un taux d’inflation de 6,4%. Les jeunes tunisiens, frappés par un taux de chômage de 25%, sont aux premières loges de ces manifestations.

Cette opposition, paisible dans un premier temps, a fini par tourner à l’affrontement. Une personne est décédée lundi à Tebourba (nord). Son enterrement, le lendemain, a provoqué des nouvelles protestations et une réaction policière musclée.

Des centaines d’arrestations

Depuis mardi, des heurts ont éclaté entre les forces de l’ordre et les manifestants dans plusieurs villes du pays. Les scènes de pillages se sont multipliées. Près de cinquante policiers ont été blessés dans la nuit de mardi à mercredi et 300 personnes ont été arrêtées, selon le ministère de l’Intérieur. Au total, près de 780 arrestations ont eu lieu depuis lundi.

Si jeudi soir, la situation globalement semblait calme, à Siliana, dans le nord-ouest du pays, de nouveaux heurts sporadiques entre des jeunes et des policiers ont eu lieu. Des dizaines de jeunes sont descendus dans les rues et ont jeté des pierres sur des agents sécuritaires qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogène.

Samedi, une réunion entre partis politiques et organisations syndicales et patronales tentera d'apporter des réponses à la grogne sociale, a indiqué la présidence. 

L’armée déployée dans les villes

Jeudi dans la journée, l’armée a été déployée dans les villes. Les militaires sont chargés, entre autre, de protéger les bâtiments publics et les banques.

Les appels à manifester ont été lancés par le Front populaire, la principale alliance d’opposition, et la campagne "Fech Nestannew" (Qu’est-ce qu’on attend?), mise en place pour demander une révision de la loi de finances 2018.

En ligne de mire, plusieurs mesures d’austérité comme les hausses de prix du gasoil, des automobiles ainsi que des services de téléphonie et d’accès à internet. Ces mesures ayant pour objectif de réduire le déficit public sous la barre des 5%. Le gouvernement tunisien s’est engagé auprès du FMI à réduire les dépenses publiques en échange d’un prêt de 2,9 milliards de dollars.

Ces manifestations sont liées à l’austérité et à la morosité économique dans laquelle le pays est installé depuis plusieurs années. Elles coïncident aussi avec l’anniversaire du départ de Ben Ali et la proximité d’élections municipales qui, dans les mois à venir, doivent venir compléter le processus de transition.

Les manifestations devraient se poursuivre, même si les autorités ont fait part, hier, d’une baisse d’intensité du mouvement. La campagne "Fech Nestannew" a appelé à manifester ce vendredi.

Le parti islamiste Ennahda, au pouvoir, a durement critiqué les protestations.

Depuis le départ de Ben Ali, les gouvernements successifs ne sont pas parvenus à concrétiser les aspirations des Tunisiens.

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