Trois quarts de siècle après Hiroshima, l'instabilité mondiale alimente la menace nucléaire.

Le 6 août 1945, il y a juste 75 ans, un bombardier américain lâchait sur Hiroshima une bombe sordidement baptisée "Little Boy". La ville était rayée de la carte, des dizaines de milliers de personnes tuées sur le coup et des dizaines de milliers d’autres promises à des souffrances atroces pendant des semaines ou des années, souvent jusqu’à ce que mort s’ensuive. Cinq ans après leur explosion, les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki avaient tué 340.000 personnes. Ils ont précipité la capitulation du Japon, mettant fin à la Seconde Guerre mondiale, et lancé les puissances victorieuses dans une course effrénée à l'accumulation d'ogives nucléaires.

"Washington, Moscou, Pékin ont pourtant ce devoir envers l’humanité d'alimenter un échange constant pour réduire le risque."

Trois quarts de siècle après Hiroshima, l’humanité commémore, et écoute le récit des "hibakusha", les derniers survivants. Trois quarts de siècle après Hiroshima, elle sait aussi que des milliers d'autres "little boys" sont prêts à décoller, mais se rassure en constatant qu'à ce jour la dissuasion nucléaire a fonctionné - jusqu'ici, tout va bien.

Nouvelles rivalités

Pas si bien que cela pourtant. Car dans un climat de dégradation des relations internationales, la course à l’armement nucléaire ne semble pas vouloir se terminer. Sur fond de rivalité entre Washington et Pékin - d'aucuns parlent de nouvelle guerre froide -, les États-Unis ne veulent plus d’un traité visant à plafonner leur arsenal nucléaire si celui-ci n’est pas aussi signé par la Chine.

Le problème, c’est qu’avant de signer des accords de ce type, il faut de la confiance. Or la confiance, ça se construit. Pas à coup d’anathèmes, de menaces et de mesures de rétorsion, mais en envoyant des signes d’ouverture et en négociant des actes concrets. Où sont-ils ?

Ne cherchez pas: pour l’heure, entre les trois grandes puissances nucléaires, le dialogue est pour ainsi dire absent. Washington, Moscou, Pékin ont pourtant ce devoir envers l’humanité d'alimenter un échange constant pour réduire le risque. En leur temps, Ronald Reagan et Mikhail Gorbatchev s'accordaient pour dire qu'"une guerre nucléaire ne peut être remportée et ne doit jamais être menée". Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping seraient-ils seulement capables de s'accorder pour réaffirmer ensemble un principe aussi existentiel ?

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