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Le cannabis, nouvel eldorado économique du Canada

©BELGA

Vente et consommation de marijuana seront légalisées au Canada le 1er juillet. Les futurs revenus sont si prometteurs qu’ils engendrent avant l’heure la création d’une véritable industrie.

C’est le rendez-vous des fumeurs de marijuana. Le mythique et très touristique Mont-Royal de Montréal est depuis des années le rendez-vous des dealers de "pot" (marijuana en Québécois). Les revendeurs proposent leur drogue aux consommateurs canadiens, sans se cacher de forces de polices plutôt bienveillantes.

Alors, afin de venir à bout de cette petite délinquance, le gouvernement de Justin Trudeau a décidé de légaliser la commercialisation du cannabis cette année. Le Premier ministre en avait fait une promesse électorale en 2015. Ottawa estime que, grâce à la reprise en main par l’État, le crime organisé sera balayé du secteur de la marijuana. Voilà pour la version officielle.

"La qualité de la main-d’œuvre est primordiale pour cette nouvelle industrie. C’est un marché en pleine évolution.
Pierre Clavet
Conseiller sectoriel du CCNB

Car si Justin Trudeau a annoncé la date du 1er juillet prochain pour la légalisation du "pot", les acteurs économiques se préparent depuis déjà deux ans à ce qui promet d’être une véritable manne. Dans un rapport détaillé, intitulé "Légalisation du cannabis: considérations financières", publié en novembre 2016, le directeur parlementaire du budget (DPB), Jean-Denis Fréchette, a estimé que les dépenses totales des consommateurs de cannabis s’élèveront entre 4,2 et 6,2 milliards de dollars canadiens (entre 2,8 et 4,13 milliards d’euros) cette année.

Une partie, non quantifiée, se transformera en recettes fiscales pour l’État, des recettes croissantes, car selon le rapport du DPB, 4,6 millions de Canadiens consommeront du cannabis en 2018. En 2021, ce nombre pourrait passer à 5,2 millions.

 

À Montréal, dans le quartier chic et branché du Plateau Mont-Royal, un "centre médical du cannabis" a vu le jour l’an dernier. "Nous ne vendons pas de cannabis, c’est illégal, mais nous mettons en contact des patients avec un médecin autorisé à prescrire du cannabis médical. Ce sont souvent des docteurs de l’Ontario, car au Québec, les médecins sont très réticents", explique la réceptionniste, qui, tout sourire, ajoute: "Notre business est très profitable". S’il n’existe pas encore de statistiques sur la rentabilité, ni le nombre de magasins de ce type, leur nombre est en forte croissance.

Des écoles de techniciens du cannabis

Les ministres des Finances des dix provinces du Canada se sont réunis l’an dernier pour encadrer la vente et fixer un prix pour le gramme de cannabis légal. Il devrait se monnayer en moyenne 10 dollars canadiens (6,66 euros). Si les avis varient beaucoup sur la rentabilité d’un marché dont les réseaux de distributions ne sont pas encore bien connus à six mois de la légalisation, de nombreux acteurs économiques se battent déjà pour avoir leur part du gâteau.

Entre 4,2 et 6,2 milliards
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Le directeur parlementaire du budget Jean-Denis Fréchette estime que les dépenses totales des consommateurs de cannabis s’élèveront entre 4,2 et 6,2 milliards de dollars canadiens (entre 2,8 et 4,13 milliards d’euros) cette année.

Des milliers de Canadiens ont déposé une demande de licence pour cultiver du "pot". Dans les provinces plus pauvres, comme le Nouveau-Brunswick, la légalisation est une aubaine. Au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB), des professeurs forment, depuis cette année, une petite trentaine de techniciens du cannabis.

Pierre Clavet, conseiller sectoriel du CCNB, confie que les étudiants y apprennent toutes les étapes pour faire pousser la plante de cannabis, à travers des cours de botanique ou de production industrielle. Le conseiller ajoute: "La qualité de la main-d’œuvre est primordiale pour cette nouvelle industrie. C’est un marché en pleine évolution et l’industrie devra certainement s’adapter soit au changement des lois, des règlements soit aux besoins de ses clients. C’est un secteur qui se doit d’innover et de s’adapter. Du point de vue du CCNB, il est important pour nous de bien répondre aux besoins du secteur (…) afin de former des employés compétents et prêts à travailler." 

"La qualité de la main-d’œuvre est primordiale pour cette nouvelle industrie. C’est un marché en pleine évolution.
Pierre Clavet
Conseiller sectoriel du CCNB

Même le gouvernement provincial a fait sa part en ouvrant un institut de recherche sur la marijuana, et quelques entreprises se sont implantées dans la région. L’une des plus importantes, Zenabis, a prévu d’embaucher 450 personnes dans son usine lorsque le cannabis sera légalisé. Certaines PME sont déjà spécialisées dans la production de marijuana à des fins médicales dans la plupart des provinces.

Pas de débat dans l’opinion

La légalisation du "pot" ne fait guère débat dans l’opinion publique. Selon ce chef d’une petite entreprise montréalaise de services d’une vingtaine d’employés, mais qui préfère rester anonyme, "la marijuana n’est pas un problème. Il m’est arrivé de fumer du ‘pot’ au bureau."

Un sondage de la firme Angus Reid, publié par Radio-Canada en avril 2017, révèle que "63% des Canadiens sont fortement ou modérément en faveur de la légalisation du cannabis". Plus préoccupant, une autre étude note qu’un tiers des jeunes de 18 à 34 ans pourraient se laisser tenter une fois le cannabis légalisé. Une situation qui inquiète les autorités médicales, qui demandent une interdiction de la vente avant 21 ans.

La légalisation préoccupe aussi les commerçants et les entrepreneurs de la construction, qui assurent qu’ils feront respecter une "tolérance zéro" pour la consommation de cannabis. Sans que leurs doléances n’émeuvent le gouvernement pour le moment.

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