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Le monde horrifié par le sort du journaliste Jamal Khashoggi

©AFP

La tension monte sur l'Arabie saoudite, priée de faire toute la lumière sur le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi. Le président Erdogan a promis de nouvelles révélations lors d’un discours très attendu.

Vingt-deux jours après la disparition du journaliste Jamal Khashoggi, les autorités saoudiennes n’ont toujours pas donné d’explication sur les circonstances exactes de sa mort au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Le monde a les yeux rivés sur ce crime révulsant et un régime en perte totale de crédibilité.

La chancelière allemande, Angela Merkel, condamnant "avec la plus grande fermeté" le meurtre de cet éditorialiste du Washington Post a décidé de suspendre ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite, son deuxième marché en armement. Les exportations vers ce pays ont atteint une valeur de 400 millions d’euros cette année. Elles resteront gelées tant que Ryiad n’aura pas fait la lumière sur les circonstances de la mort de Jamal Khashoggi. "Ce n’est que si tous les pays européens se mettent d’accord que cela impressionnera le gouvernement de Ryad", a indiqué lundi le ministre allemand de l’Economie Pieter Altmaier. Il n’a pas été entendu par le gouvernement wallon, qui renonce à s’aligner (voir ci-contre), au grand dam d’Amnesty International qui a jugé cette décision "immorale".

Londres et Paris demandent eux aussi la vérité, mais ils n’ont pas pris de décision semblable à Berlin. Les Européens tenteront de donner une réponse ce mardi, lors d’un débat au Parlement européen à Strasbourg.

"Le monde regarde" a lâché lundi Jared Kushner, le gendre et conseiller du président Trump, à l’adresse du prince Mohammed ben Salmane, dit "MBS", le personnage le plus influent d’Arabie saoudite. La veille Donald Trump avait dénoncé les "tromperies" dans les explications données par le royaume. Les deux pays, des alliés historiques, sont brouillés par ce scandale, l’un des plus graves de l’histoire de l’Arabie saoudite. Washington n’a pas, pour autant, rompu ses relations avec l’un de ses plus importants acheteurs d’armes. Donald Trump ne compte pas renoncer de sitôt au contrats d’une valeur d’une centaine de milliards de dollars que promet Riyad.

L’Arabie saoudite aura fort à faire pour redevenir crédible. En témoigne, le sort du responsable de la communication du palais, Saoud al-Qahtani, qui, selon Jamal Khashoggi, détenait une liste noire de journalistes dissidents et les menaçait. Limogé samedi pour l’exemple, il se vantait peu après sur son compte Twitter d’avoir été nommé à la tête de la commission royale pour la cybersécurité.

Les révélations très attendues d’Erdogan

La Turquie poursuit son enquête. Le président turc Recep Rayyip Erdogan a promis de faire des révélations ce mardi lors d’une intervention très attendue. "Rien ne restera secret concernant cette affaire", a promis lundi le porte-parole du président Erdogan. Dès la disparition du journaliste, des sources proches du gouvernement révélaient des informations sur la manière atroce dont Jamal Khashoggi a été assassiné, enregistrement à l’appui. D’après la presse turque, la victime a été torturée, décapitée et ensuite découpée en morceau par un médecin légiste et une quinzaine d’hommes de main venus en avion de Riyad. Le corps a ensuite été évacué dans une valise. De images divulguées lundi par CNN, montrent qu’un des criminels se serait promené en ville avec les vêtements de Jamal Khashoggi.

Ankara profite de cette situation pour redorer son blason sur la scène internationale, terni par les purges massives menées après le putsch manqué de juillet 2016. Il affaiblit aussi l’Arabie saoudite dont la puissance, reposant sur les pétrodollars, fait de l’ombre au "sultan".

Riyad perd sa crédibilité

L’Iran en profite aussi pour dénoncer son ennemi ancestral en condamnant ce meurtre "abominable" qui "révèle la nature des Saoud".

Le Qatar espère que le monde y verra "un signal d’alarme". Le pays, accusé par le régime saoudien de financier le terrorisme, est isolé par un embargo décrété par l’Arabie saoudite depuis juin 2017.

Les annulations continuent à pleuvoir au forum économique de Riyad, le "Davos du désert". "Vision 2030", le plan de redéploiement économique du pays, si cher à "MBS", a aussi du plomb dans l’aile.

Le gouvernement saoudien s’est empêtré dans des explications aussi diverses que contradictoires. Après avoir affirmé que Jamal Khashoggi était "sorti par une porte dérobée" du consulat à Istanbul, les autorités saoudiennes ont fini par reconnaître que le journaliste y était mort. Les explications sur les causes de sa mort ont ensuite changé d’un jour à l’autre. Il était d’abord mort "au cours d’une rixe", et puis "par étranglement".

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