Macron "assume totalement" ses propos sur l'Otan "en état de mort cérébrale"

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Un sommet de l'Otan s'est tenu ce mercredi à Londres dans une ambiance ternie par de fortes tensions entre la France, les États-Unis et la Turquie. Le président Macron a déclaré à son arrivée qu'il "assume totalement" ses propos sur l'Otan "en état de mort cérébrale". Lors de la rencontre, les alliés ont néanmoins réaffirmé leur engagement d'unité et de solidarité.

Septante ans après la fondation de l’Otan, les alliés se sont retrouvés à Londres ce mercredi pour un sommet consacré à l’unité et aux défis de l’alliance militaire la plus puissante du monde. Mais de vives tensions entre la France, la Turquie et les États-Unis ont gâché la fête.

Le Royaume-Uni, premier pays à accueillir le siège de l’Otan en 1949, a choisi l’écrin de verdure de l’hôtel The Grove, une splendide demeure gothique, pour accueillir les 29 dirigeants de l’organisation transatlantique. Le site d’un prestigieux parcours de golf a été transformé en camp retranché, cerné de milliers de "Bobbies", de forces spéciales et chahuté par le vrombissement incessant d’un ballet hélicoptères amenant les dirigeants ou surveillant la région.

Le président des États-Unis Donald Trump est arrivé avec vingt minutes de retard, provoquant l'agacement des autres dirigeants.

"Les alliés ont renouvelé leur engagement un pour tous, tous pour un", a déclaré Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'Otan, après la rencontre. Une attaque contre un des Etats de l'alliance provoquerait la réplique de tous.

Macron "assume totalement" ses propos

Ces derniers temps, l'unité de l’Otan a été entachée d’insultes entre dirigeants. Le président français Emmanuel Macron n’a pas digéré l’opération turque lancée en octobre contre les Kurdes avec le feu vert des États-Unis.

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Moscou fut le grand gagnant de l’opération, les troupes russes ayant profité de celle-ci pour remplacer les forces américaines dans le nord de la Syrie. La Turquie, deuxième force armée de l’Otan, a choqué les alliés en achetant peu après des missiles de défense S-400 et des avions de chasse russes.  

Les présidents français et américain, Emmanuel Macron et Donald Trump ©AFP

Le président Macron a déclaré, avec un dessein provocateur, l’Otan "en état de mort cérébrale" lors d'une interview à The Economist. Une perche en or, tendue aux adeptes des déclarations viriles.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a répliqué qu’Emmanuel Macron était lui-même "en état de mort cérébrale"Donald Trump a jugé à la veille du sommet le Français avait été "très insultant " et "très, très méchant avec les 28 pays" de l’Otan.

Lors de son arrivée au sommet, Emmanuel Macron n'a rien retiré de ses mots. "Je les assume totalement. Et d'ailleurs ils ont permis de soulever des débats qui sont essentiels, on les voit poindre. Comment bâtir une paix durable ici en Europe? Qui est notre ennemi? Comment lutter contre le terrorisme? (...) Notre débat doit porter sur autre chose que des questions financières, a-t-il dit, il était de notre responsabilité de lever des ambiguïtés qui pouvaient être nuisibles".

"Un pour tous, tous pour un"

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Otan ©AFP

Divisée l’alliance? "C’est loin d’être le cas, l’Otan est très dynamique, s’adapte et très agile, c’est l’alliance qui a connu la plus grande réussite dans l’histoire de l’humanité, car nous avons toujours su nous adapter au monde", a déclaré le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg. "Nous venons de procéder au renforcement de nos forces le plus important depuis notre création, nous augmentons les budgets de défense, nous modernisons nos armements et les États-Unis accroissent leur présence en Europe".

Jens Stoltenberg la joue positive. "Il y a eu de tout temps des divergences au sein de l’alliance, que l’on songe à la guerre en Irak en 2003 ou à la crise du canal de Suez dans les années 60, a-t-il poursuivi, mais l’Otan a su surmonter ces différends pour mieux nous protéger." "Il s'agit de protéger plus d'un milliard de personnes", a-t-il martelé.

Pour renforcer l'unité, les alliés ont décidé mercredi "de lancer un processus de réflexion visant à renforcer la dimension politique de l'Otan", a annoncé Jens Stoltenberg.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson ©Photo News

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a lui aussi appelé à l’unité. "Un pour tous, tous pour un, c’est le cœur de l’article 5 du Traité de l’Otan, et ça marche, ça apporte la sécurité à des millions de gens", a-t-il dit a son arrivée au sommet, "il est important que l’Otan reste unie, il y a beaucoup plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous divisent ". Mais "l'histoire montre que la paix ne doit jamais être considérée comme acquise, nous devons nous assurer que nos actions correspondent à nos paroles".

©BELGA

La Belgique est représentée par la Première ministre belge Sophie Wilmès. La libérale doit rencontrer le président Macron en bilatérale en début d'après-midi.

Première discussion sur la Chine

Lors de cette rencontre, les dirigeants ont abordé "lutte contre le terrorisme, la course aux armements, les relations avec la Russie et pour la première fois de l’histoire de l’Otan la montée de la Chine", a indiqué Jens Stoltenberg. La Chine dispose du deuxième budget militaire de l’histoire, juste après les États-Unis.

Dans la déclaration finale du sommet, l'Otan reconnaît que "l'influence croissante de la Chine et de ses politiques internationales pose des opportunités et des défis qui doivent être relevés ensemble par l'Alliance". Un plan de l'Otan prévoit d'analyser les risques que la Chine fait courir en matière de communication, avec la 5G d'Huawei, et d'armement. La Chine a déployé des nouveaux missiles pouvant atteindre les pays occidentaux. les alliés veulent voir "comment inclure la Chine" dans les traités de limitation existants. 

Le partage du fardeau des dépenses militaires était au cœur des discussions. Donald Trump aime rappeler ses partenaires à l’ordre, en leur reprochant de ne pas tenir leur engagement d’atteindre des dépenses de 2% du PIB. Jens Stoltenberg nuance. "Les alliés de l’Europe et du Canada ont accru leur budget défense de 130 milliards depuis 2016, dit-il, "ce chiffre passera à 400 milliards d’ici 2024, c’est une augmentation sans précédent, cela ne fait que renforcer encore plus l'Otan".

Les dirigeants ont abordé la guerre hybride, l’espace en tant que domaine d’opération et la résilience des infrastructures critiques, dont la 5G.

"L'Otan a aussi réagi de manière coordonnée au déploiement de missiles à moyenne portée de la Russie", a précisé le secrétaire général, nous devons gérer cette relation avec la Russie de plus en plus difficile (...), il faut une approche double, le dialogue et une position de fermeté".

Il fut aussi question de la mise à jour des plans de défense pour les pays baltes et la Pologne, un dossier finalement débloqué par la Turquie lors de ce sommet. Une rencontre bilatérale jugée "très constructive" a eu lieu vers midi entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan. Quant au système de défense S-400 russe, "il ne pourra jamais être intégré dans la défense de l'Otan", a tranché Jens Stoltenberg. 

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