Neelie Kroes apparaît dans un nouveau "Leaks" aux Bahamas

Neelie Kroes, femme d'affaires néerlandaise ©Hollandse Hoogte

Neelie Kroes a été administratrice d’une société aux Bahamas pendant plusieurs années. Elle a omis de le déclarer alors qu’elle était commissaire européenne. La Commission européenne annonce qu'elle examine ces informations.

C’est un nouveau "Leaks" qui vient d’être mis à jour par le consortium de journalistes d’investigation ICIJ dont font partie nos confrères du Tijd, du Knack et du Soir. Et dans les centaines de milliers de pages décortiquées par ces journalistes, constituant le dossier "Bahamas Leaks", apparaît le nom de Neelie Kroes. L'ancienne commissaire européenne a été administratrice d’une société basée aux Bahamas, Mint Holdings Limited, entre le 4 juillet 2000 et le 1er octobre 2009.

Un laps de temps pour le moins embarrassant pour l'actuelle conseillère auprès d’Uber et de Bank of America Merrill Lynch. Pourquoi embarrassant? Car c’est bien au cours de cette période – soit du 22 novembre 2004 au 1er novembre 2014 – qu’elle était commissaire européenne, d’abord en charge de la Concurrence et ensuite de l’Agenda numérique.

Ce qui coince? C’est qu’à l’époque, Neelie Kroes n’a jamais fait référence au rôle qu’elle jouait dans la société bahamienne. Or, les commissaires européens sont tenus de déclarer tous les mandats et participations des dix années précédentes. En 2004, ce mandat faisait partie des fonctions qu’elle avait exercées au cours des dix années écoulées.

De bonne foi

"Suite à une erreur administrative, elle est restée inscrite dans le registre de la société, alors qu’elle n’a jamais participé aux réunions ni aux activités de Mint Holdings."
Avocat de Neelie Kroes

L’avocat de Kroes l’admet: la commissaire n’a pas mentionné ce mandat dans sa déclaration. "Madame Kroes a rempli sa déclaration de bonne foi, car à l’époque, elle n’était plus administratrice de cette société. Mais suite à une erreur administrative, elle est restée inscrite dans le registre de la société, alors qu’elle n’a jamais participé aux réunions ni aux activités de Mint Holdings. Madame Kroes en informera le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et en assumera l’entière responsabilité", explique-t-il.

Mint Holdings est en réalité une société fictive, et fait plus que probablement partie d’une construction plus importante destinée à éluder l’impôt. Son adresse officielle est située dans un trust local, The Winterbotham Trust Company, qui gère de nombreuses autres sociétés pour le compte d’étrangers. Le nom de Winterbotham apparaît d’ailleurs dans plus de 19.800 documents des Bahamas Leaks.

Rappelons-le: les Bahamas font partie des paradis fiscaux les plus connus. On n’y paye aucun impôt sur les revenus, y compris sur les revenus de capitaux.

Une société qui traîne

Mint Holdings a été créée – selon l’avocat de Neelie Kroes – pour rassembler des fonds destiné à acheter, entre autres, des filiales d’Enron. Kroes aurait joué le rôle de conseiller stratégique auprès d’un Jordanien, Amin Badr-El-Din. "Mais cela n’a jamais abouti. Durant l’été 2000, les négociations ont pris fin. La société n’a donc jamais été opérationnelle." Mais au lieu d'être liquidée, la société a dépensé chaque année pendant 15 ans 350 dollars pour rester inscrite… L’avocat de Kroes parle de "malentendu" qui n’a été rectifié qu’en 2009, l’année où Kroes a mis fin à son mandat d’administratrice de Mint aux Bahamas.

"Neelie Kroes est une amie, et un modèle sur le plan de l’éthique."
Amin Badr-El-Din

Outre Kroes, six autres personnes apparaissent dans l’organigramme de Mint Holdings, dont Amin Badr-El-Din. Ce dernier aurait fait la connaissance de Kroes en 1994, alors qu’elle tentait de vendre des frégates aux Emirats arabes unis, pour le compte du Netherlands Marine Consortium. La transaction n’a pu se faire, mais les deux personnes sont restées en contact.

Badr-El-Din confirme que l’objectif premier pour lequel Mint Holdings avait été mise sur pied en 2000, a été abandonné. Mais le Jordanien déclare cependant que la société a bel et bien "été opérationnelle, quelques années plus tard, soit aux alentours de 2005". Parallèlement, il confirme que Kroes aurait dû être retirée de la liste des administrateurs, ce qui ne s’est pas fait, suite à une erreur des avocats. Il considère en tout cas Neelie Kroes comme "une amie, et un modèle sur le plan de l’éthique".

Bruxelles examine les révélations au sujet de Neelie Kroes

 

La Commission européenne examine les informations selon lesquelles l'ancienne commissaire à la Concurrence Neelie Kroes a dirigé une société offshore aux Bahamas pendant son mandat, a annoncé jeudi une porte-parole. "Mme Kroes nous a maintenant informée et nous procédons à l'analyse et à la vérification des informations avant de les commenter", a-t-elle déclaré.

Commissaire à la Concurrence de 2004 à 2009 puis vice-présidente de la Commission et commissaire à la Société numérique de 2009 à 2014, Neelie Kroes a reconnu qu'elle aurait dû déclarer son activité aux Bahama. L'affaire est d'autant plus embarrassante pour Bruxelles qu'elle s'ajoute au tollé suscité par l'arrivée de José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne, chez Goldman Sachs, banque que beaucoup d'Européens tiennent en partie responsable de la crise financière de 2008.

Neelie Kroes s'était déjà attirée les foudres de la Commission en exprimant des doutes sur sa décision de réclamer à Apple le remboursement à l'Irlande de 13 milliards d'euros d'arriérés d'impôts. Réagissant à ses propos sur le sujet, un porte-parole de l'exécutif européen avait alors souligné qu'elle collaborait désormais avec la société américaine Uber, qu'elle avait défendue dans son combat contre les chauffeurs de taxis lorsqu'elle était commissaire à la Société numérique.



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