Tenir un budget vertueux, un défi olympique

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Les Jeux se tiendront à Paris en 2024 et à Los Angeles en 2028. Les choses sérieuses commencent maintenant.

Ce mercredi soir s’est achevée à Lima une compétition étrange puisque l’on connaissait à l’avance les deux vainqueurs. Paris organisera les Jeux olympiques de 2024 et Los Angeles ceux de 2028.

En 2012, il avait fallu attendre le dernier moment pour apprendre que Londres venait de coiffer Paris sur le poteau. Une victoire dont les Britanniques se souviennent encore avec un budget qui s’était envolé de 4,8 à 10,9 milliards d’euros.

Le risque de dérapage olympique est tel, sauf pour les jeux de Los Angeles 1984 entièrement financés par le secteur privé, que les villes de Budapest, Rome, Boston et Hambourg avaient fini par jeter l’éponge. Dans le cas de Hambourg, la défection a fait suite à un référendum, auquel s’était refusé la Ville de Paris.

La France et Paris n’ont eu de cesse de vanter un budget vertueux actuellement établi à 6,6 milliards d’euros, en partant du principe que presque la totalité des infrastructures existent déjà. C’est pourquoi le spectre de la folle dérive chinoise en 2008 avec un budget initial de 2,6 milliards d’euros et un bilan final à 32 milliards devrait pouvoir être écarté. La capitale chinoise avait dû en effet investir dans plusieurs lignes de métro, refaire un aéroport et construire des infrastructures sportives prestigieuses.

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Une addition finale à 18 milliards?

"La France mérite ce moment."
Tony Estanguet
coprésident de la candidature parisienne

Le budget des jeux de Paris se divisera en deux, une moitié pour l’organisation temporaire (assurée par le CIO) et l’autre moitié pour des infrastructures destinées à durer. Une enveloppe que d’aucuns jugent parfaitement irréaliste eu égard aux expériences passées.

Début août, dans les colonnes du magazine Capital, le professeur d’économie Alexandre Delaigue, situait davantage l’addition prévisible sur la crête des 18 milliards. Pour lui, "la réussite prime sur la contrainte budgétaire" et le risque de réputation pour l’Etat organisateur fait que la note, coincée par les délais de réalisation, ne peut que s’alourdir.

Enjeu sécuritaire

Quand le temps sera venu de dresser le bilan, bien après les promesses rassurantes, il faudra en outre constater si tout est bien dans l’enveloppe et non réparti sur d’autres structures étatiques ou régionales. Rien que le coût de la sécurisation de l’événement, contexte international oblige, a été estimé par des experts à un milliard d’euros, soit bien plus que prévu.

En ce qui concerne les recettes, estimées par le CDES (Centre du droit et d’économie du sport), elles se situeraient entre 5 et 10 milliards d’euros, c’est dire si, selon l’expression consacrée, certaines projections se font au "doigt mouillé". Il reste qu’avec l’afflux touristique engendré pendant et après, sans compter les 3,7 milliards de téléspectateurs escomptés, les tiroirs-caisses n’ont pas fini de s’affoler.

Ce mercredi à Lima, la maire de Paris Anne Hidalgo, pouvait déjà engranger un bénéfice pour son image personnelle, un peu écornée dans l’opinion. Celle qui s’était déclarée contre les jeux au début de son mandat avait fini par se laisser convaincre, notamment par le président François Hollande. Pour elle, l’enjeu est dans le calendrier des échéances électorales: les municipales en 2020 et peut-être les présidentielles de 2022.

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