"Pour les virologues, les coronavirus restent un mystère"

Développer un vaccin contre le coronavirus risque d'être plus compliqué que cela n'avait été le cas contre la grippe A/H1N1 en 2009.

Le Dr Marc Van Ranst, virologue à la KULeuven, estime que, dans le cas du coronavirus, on se situe face à une situation "bien plus compliquée qu'en 2009", pendant la pandémie de grippe A/H1N1.

En 2009, lors de la pandémie (épidémie mondiale) de grippe A/H1N1, des stocks massifs de vaccins contre ce virus avaient été constitués et les campagnes de vaccination à grande échelle qui suivirent avaient suscité de nombreuses réactions mitigées. Le risque de revivre une telle fièvre vaccinale menace-t-il à nouveau? "Développer un vaccin contre le nouveau coronavirus est effectivement une bonne idée", estime le Dr Marc Van Ranst, virologue à la KULeuven. "Mais la situation actuelle est bien plus compliquée qu’en 2009", s'empresse-t-il d'ajouter.

Le coronavirus n'est pas la grippe A/H1N1

Pour le virologue Marc Van Ranst, "la situation actuelle est bien plus compliquée qu’en 2009" lorsque le virus A/H1N1 sévissait.

À l’époque de l’épidémie de grippe A/H1N1, les grandes firmes pharmaceutiques avaient produit massivement un vaccin. "Il était relativement aisé à produire", se souvient le virologue. "Il s’agissait d’un virus influenza, que nous connaissions déjà bien et pour lequel nous pouvions agir rapidement." Autre facteur important: "Une grande partie de la population née avant 1959 était en réalité déjà immunisée contre ce virus. Ces personnes avaient été exposées préalablement à un virus similaire et avaient donc développé des anticorps spécifiques."

Si les coronavirus ont tendance à disparaître d’eux-mêmes quand la belle saison revient, nous ne comprenons pas vraiment tous les mécanismes sous-jacents.
Dr Marc Van Ranst
Virologue à la KULeuven

Avec le coronavirus nous ne disposons pas de cette protection immunitaire acquise suite à une exposition ancienne. "Nous sommes aujourd’hui tous potentiellement concernés par le coronavirus", reprend-il. "De plus, notre expérience en matière de coronavirus est nettement plus limitée. Notamment en matière de production de vaccins. Le processus de développement est long. Une année environ."

Des risques de mutation?

De là à penser que, lorsque le vaccin sera mis au point, le virus aura muté, rendant le vaccin inefficace? "Ce n’est pas là que réside le problème", indique le spécialiste. "Les coronavirus ne mutent pas aussi facilement. En 2003, lors de l’épidémie de SRAS (induite par un autre coronavirus), les scientifiques avaient intensivement travaillé à la mise au point d’un vaccin spécifique. Mais quand celui-ci avait été au point et prêt à être produit en grande quantité, le virus avait disparu de lui-même, avec le retour des beaux jours", précise Marc Van Ranst. Il concède ainsi: "pour les virologues, les coronavirus restent un mystère. S’ils ont tendance à disparaître d’eux-mêmes quand la belle saison revient, nous ne comprenons pas vraiment tous les mécanismes sous-jacents." 

Et le spécialiste de rappeler également que, chaque année, la grippe fait entre 250.000 et 500.000 morts dans le monde tandis qu’à ce jour, un millier de décès dus au coronavirus ont été comptabilisés.

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